Mes Stan Smith comme outil de culture

 


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Estéban Georgelin est le relecteur incontournable de la Pravd’Assas. Bien trop investi dans des associations, il profite de cette plateforme pour écrire des articles durant ses insomnies. Quota vendéen, libéral, vulgaire et névrosé, bienvenu dans son petit monde tordu.


 

Amis consuméristes râleurs en quête d’unicité : laissez-moi porter mes Stan Smith en paix.

Combat sans valeur, loin des nobles causes que défendent les autres contributeurs, je revendique aujourd’hui la défense de cinquante ans de culture à mes pieds. Je vais par ailleurs le revendiquer avec sérieux, second degré et autodérision, mais avec sérieux surtout.

Modèle sorti en 1964, nommé Stan Smith en 1978, la paire de sneakers blanches qui divise aujourd’hui n’est pas née hier.

Elle a traversé un demi-siècle et est aujourd’hui portée par moult jeunes gens à la recherche de confort et de simplicité. D’aucuns diront qu’elle ne laisse plus transpirer que les pieds et un modèle économique capitaliste au marketing millimétré. Ils n’ont que partiellement tort. Des courts de tennis aux magazines de mode, la tête de l’iceberg est connue de tous.

Des banlieues à Canal Street – la construction d’un symbole ? :

Avant d’être cet objet de mode incontournable, mes belles Stan Smith ont été portées par les plus grands. Il est des paires de sneakers qui marquent des générations de jeunes. Loin des Richelieus et autres Derbies, les Adidas Superstar et Nike Requins font partie de celles-là.

Il y en a une cependant qui a su laisser une empreinte indélébile dans l’histoire de la culture hip-hop en France : la Stan Smith.

En 1994, dans Je danse le Mia, le groupe IAM en reconnaissait déjà l’héritage, se souvenant avec nostalgie de l’omniprésence des Stan Smith dans les boîtes de nuit des banlieusards « au milieu des années 80 » :

«  Stan Smith aux pieds, le regard froid » Akhenaton

Pour les parisiens pure souche qui ne reconnaissent pas l’héritage d’IAM et demeurent sceptique, c’est Lunatic qui prend la relève six ans plus tard dans un album inoubliable, Mauvais Œil.

« Traîne dans mes Stan Smith blanches » Ali

De 1974 à 2000, la Stan Smith s’est imposée dans cette culture alternative comme un symbole partagé de tous, de Marseille à Paris, d’un album inoubliable l’autre.

Au début des années 2000, elle est un succès commercial incontesté, on la décline sous toutes les formes, on la réédite en 2007 et dépasse très largement le simple cadre des sportifs et autres rappeurs.

En 2009 est lancé le site Canal Street dédié aux cultures urbaines dans lequel nombre de ces artistes portent fièrement les chaussures de la marque aux trois bandes. Deux ans plus tard les Stan Smith disparaissent progressivement jusqu’à l’arrêt de la production.

De Jean-François Copé à l’éventuel rejet – quel avenir pour mes chaussures ? :

Surprise ! Les marketeux et pubards d’Adidas réalisent un coup de maître en rééditant un modèle disparu l’espace de quelques années. Un véritable retour ?

Non. C’est sans doute là que se méprennent les haters d’un nouveau genre, la fashion police qui ne voit en mes Stan Smith qu’un manque effroyable d’inventivité.

Les rappeurs, les danseurs hip-hop, les grapheurs, les hommes de l’ombre, eux, n’ont pas abandonné la paire blanche pour autant.

Dans Arc-en-ciel pour daltoniens/Peine de Maure, le formidable duo fraternel La Caution persiste et signe dans un morceau devenu culte avec l’œuvre de Soderbergh (Ocean’s Twelve, Laser Dance). Dans Thé à la menthe, six ans après Lunatic, le flambeau passe toujours de scène en scène :

« J’cavale en Stan Smith, Adidas »

Cependant, le retour est réel pour le grand public. A la manière de Jean-François Copé, tout le monde les arbore :

copé stan

Alors, quel avenir pour mes Stan Smith ? Quelques mois, quelques années de banalité assumée pour qu’elles retombent finalement dans le domaine réservée de la culture urbaine ? Sans doute.

En tout cas les rappeurs, eux, ne les ont pas rangées au placard pour autant. Puisque cette tribune n’était qu’un moyen de partager quelques morceaux et de souffler après un premier semestre éprouvant, en voici un dernier exemple. Morceau de Lucio Bukowski débutant sur un sample issu de l’inoublable Un singe en hiver, le symbole des Stan Smith est ici dans le refrain :

« Les rêves enfoncés dans des Stan Smith de cent lieues »

Vous saurez désormais que mes Stan Smith sont un outil de culture, un symbole de l’héritage hip-hop, un relais que les plus urbains des français se passent de génération en génération.

Ne comptez pas sur moi pour les mettre au placard.


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