« CE TRIBUNAL QUE L’HOMME SENT EN LUI EST LA CONSCIENCE »


11038385_952586941428626_4599150081063612683_nAgathe Cayuela a connu comme beaucoup la Pravd’Assas par internet. Cette juriste, férue de Wagner, Nietzsche et du café crème (en terrasse, s’il-vous-plait!),  habite dans la belle ville rose de Toulouse, où elle a commencé par étudier aux Beaux-Arts. Nous lui avons donc proposé de contribuer à notre journal par ses talents de philosophe et d’amatrice inconditionnelle d’art et de littérature…


« Ce tribunal que l’Homme sent en lui est la conscience »
Et quel tribunal terrible que celui de la conscience, – car il n’existe pas de sursis pour le coupable.

Coupable ? Quel sens donner à cet adjectif ? La culpabilité sous-entend la faute.
Pendant son incessant procès, Joseph K. n’aura de cesse de s’exclamer devant le juge
« Coupable ! Mais comment est-il possible pour un homme d’être coupable ? », – Kafka avait déjà bien entendu le sens de la morale écrasante qui condamne sans appel.
Que dois-je dois faire ?
Qu’aurais-je dû faire ?
Y a t-il une limite à mes actes ?
Voilà les questions fondamentales, éthiques, de la morale.
Et pourtant, «  Y avait-il encore un recours  ? Existait-il des objections qu’on n’avait pas encore soulevées  ? Certainement – la logique a beau être inébranlable, elle ne résiste pas à un homme qui veut vivre » Oui, assurément : Joseph K. voulait vivre.

La morale, c’est à dire la distinction grotesque entre le bien et le mal, entre le bon et le mauvais. Distinction d’abord liée au contexte, à l’éducation, colonne vertébrale qui nous enseigne ce qu’il convient de faire et ce qu’il faut mépriser. Mais cette distinction s’opère à un second niveau, instinctivement, presque viscéralement. En effet, pour Kant il existe deux types d’impératifs : l’impératif hypothétique, qui nous dit que si nous voulons ceci, nous devons faire cela, et l’impératif catégorique qui nous dit seulement que nous devons cela, quoi que nous voulions ou désirions.

Mais quel impératif pourrait bien contraindre le coeur de l’homme ?

« La morale est une faiblesse de la cervelle » écrivait Rimbaud.

Nietzsche. Nietzsche, inévitablement. Nietzsche, le poète lyrique, l’exalté de l’humanité, fils de pasteur et critique intempestif de la morale dans la seule volonté de pousser l’homme « à se surmonter lui-même. » C’est un des concepts clef du philosophe allemand : le surhomme, ou ubermensch en allemand. Il ne s’agit pas d’un dieu, ni même d’un « homme supérieur », comme on a voulu tant de fois le faire croire. Il n’est jamais question de supériorité dans l’oeuvre nietzschéenne, oeuvre profondément humaine, enracinée dans l’humanité. Il est plutôt question d’élévation, – notamment avec cette phrase sublime, « l’homme est une chose qui doit se surmonter » : le surhomme, c’est alors celui qui, en dépit de ses faiblesses, de sa conscience, de sa morale, de son existence, se surmonte, par sa volonté propre. La volonté, tout comme le choix, tiennent une place prépondérante dans la philosophie de la morale. Pour Nietzsche, l’origine de la morale se trouve dans le ressentiment, le sentiment de faiblesse ou d’infériorité face à la cause générant cette frustration. N’est-il pas en effet plus simple de vivre et de se conformer à la morale ? C’est ce que Nietzsche appelle la « morale d’esclave », c’est à dire une morale qui nous empêche de nous accomplir dans notre totalité, – qui limite l’homme à ce qu’il devrait être au lieu de le pousser à « être ce qu’il est. »

Et peut-on contenir l’homme ?

Mais Nietzsche va encore plus loin, il propose une alternative radicale à la morale : le nihilisme. Nihil, en latin, c’est ce qui n’existe pas, c’est le rien. Ainsi, le nihilisme n’admet aucune morale établie, en tous cas, « le nihilisme est non seulement la croyance que tout mérite de périr, mais qu’il faut détruire. » Cette destruction est loin d’être infructueuse : en effet, détruire est ici l’acte de création par excellence. Acte de création, parce que refus obstiné des certitudes et des vérités. Or, la morale est pleine de certitudes et de vérités, – et cela n’a aucun sens.

L’intérêt de la vision nihiliste chez Nietzsche, c’est que la destruction offre sur ses ruines le retour en puissance du corps, des plaisirs, de la danse et du jeu. C’est une existence spontanée, qui a pour vocation de nous éloigner de nos vies hypothétiquement médiocres, monotones, déprimantes. Nous aspirons à plus, et c’est vers ce plus que Nietzsche nous mène, – dans le chaos, il nous engage à devenir des « étoiles dansantes. »

« J’aime ceux qui ne sont pas réduits à chercher au-delà des étoiles une raison de décliner […] mais qui au contraire se sacrifient à la terre »
Une existence fidèle au monde donc, – à la vie souvent absurde, incompréhensible, mais à laquelle nous appartenons intrinsèquement, inexplicablement.

Et la vie ! La vie, – la vie que l’on n’arrête pas, – et les tambours de la joie qui résonneront encore sans cesse, dans le vide et dans la mort.

Dansez donc autant que vous le pouvez, car mener une existence morale importe peu,
 Ce qui importe en vérité, c’est de pouvoir vivre avec ses actes.

 


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