Pourquoi admirons-nous un tableau ?


12736342_10207694895986222_718850418_n.jpgErwan, breton (de Nantes) a posé ses valises dans le quartier de Montparnasse. Bon vivant, il arpente les rues de ce quartier habité par les fantômes de Picasso, Matisse et de la belle Kiki. Eternel assassien (du moins jusqu’en Master 1…), il a suivi en parallèle des cours d’histoire de l’Art chez nos « amis » de la Sorbonne.


 

L’autre jour, je suis tombé sur une phrase dans une brochure de Musée : « Venez admirer au musée le chef d’œuvre ‘’les Nymphéas’’ de Claude Monet ». Phrase banale vous me direz, et bien d’après moi, elle est révélatrice de notre relation à l’Art aujourd’hui.

  • « Venez admirer le chef d’œuvre » : l’œuvre sacralisée

L’avènement de l’Art est arrivé ! Les institutions, les acteurs de la sphère artistique, l’histoire de l’Art ont tous les uns après les autres sacralisés l’œuvre d’Art. A ce propos, on peut retenir trois manifestations de ce phénomène de sacralisation de l’œuvre.

D’abord, les œuvres d’art ont été retirées de la circulation des objets ordinaires. On n’achète pas un tableau en même temps que son canapé-lit, on acquiert l’Art chez des antiquaires, dans des galeries ou dans des maisons de vente qui mettent en scène le théâtre des enchères. L’Art est vendu dans un paradigme spécifique qui a ses codes. Le cercle restreint d’amateurs et la méconnaissance que l’on a pour le marché de l’Art corroborent ce rapport de domination de l’Art.

Par ailleurs, chaque détail renforce la dévotion que l’on prête à l’œuvre : du gant blanc utilisé pour déplacer la toile de maître au panneau « ne pas toucher ». L’exemple le plus frappant est peut-être le dispositif organisé autour de certains tableaux comme la Joconde : barrières, alarmes, agents de sécurité, vitre de protection… protègent ces objets devenus quasi mystique.

Enfin, le prix de l’Art est symptomatique de cette sacralité de l’œuvre : impossible d’estimer objectivement une œuvre, celle-ci ne répond pas aux critères classiques des objets ordinaires. Concevoir qu’un tableau en lui-même (qui n’est qu’un châssis peint) puisse valoir plusieurs millions d’euros est absurde. L’Art dépasse notre objectivité.

  • « Au musée» : un lieu de culte pour l’œuvre

Il y a donc un lieu consacré à l’admiration : le musée. A l’admiration de quoi ? ASans titre l’admiration d’objets sacralisés : les œuvres d’art.

Marcel Duchamp a tenté de désacraliser l’Art avec son célèbre urinoir : Fountain ; l’urinoir : un objet profane qui était aux antipodes d’une quelconque sacralité. Pourtant, en l’introduisant dans un musée, l’urinoir est devenu sacré malgré lui. C’est donc bien que le musée renforce ce culte de l’Art.

La tentative de Duchamp a échoué, pour preuve : si je détruis l’urinoir de Duchamp, je risque la prison ; si je détruis un urinoir, j’encoure au maximum une amende.

  • « De Claude Monet» : l’artiste, le prophète de l’Art

L’artiste, c’est lui qui fait de ses œuvres des objets dignes d’admiration. On va voir un tableau d’abord parce qu’il est de la main de tel artiste ou de tel artiste. Dès lors, l’artiste devient gage de qualité de l’œuvre : plus l’artiste est connu, plus l’œuvre sera admirable.

Les affaires de faux soulignent cette extase que l’on a pour l’Artiste, le vrai. Le faussaire Wolfgang Beltracchi qui a trompé le marché de l’art pendant des dizaines d’années a réussi à introduire des copies de Georges Braque, Max Ernst, Kees Van Dongen, … certaines rejoignant même les murs de musées. En 2010, lors de la découverte de ces faux, leur valeur s’est effondrée et l’admiration du public qui va avec.

Par cet exemple, on voit bien que derrière l’œuvre, c’est l’artiste qui est adoré !

Un tableau déclaré faux n’a plus de raison d’être, sa substance sacrée lui a été extraite. L’émotion que l’on pouvait avoir devant un tableau déclarée de la main d’un artiste disparaît si son authenticité est remise en cause par la suite. L’émotion ne vient donc pas du rapport direct entre l’objet exposé et le spectateur mais de son authenticité. Ainsi, l’émotion provenant d’un tableau devient autorisée par son authenticité et non spontanée comme nous le pensons. Autrement dit, nous admirons d’abord un tableau parce qu’il est de tel artiste, avant de l’apprécier pour ses qualités intrinsèques : sa composition, ses couleurs, …

  • Indignez-vous !

Face à ces objets sacrés, plus possible de s’insurger, le faire serait un blasphème ! Les artistes reconnus ont été sanctifiés par l’histoire de l’Art et nous, visiteurs, nous tombons dans une admiration aveugle.

Qui oserait dire que la peinture de Renoir est dénuée d’esthétisme ?

Et pourtant, certains ont franchi le pas ! En octobre dernier, un collectif a organisé à Boston une manifestation anti-Renoir. En réaction à ce rassemblement, des acteurs du monde de l’Art s’étaient soulevés contre cette remise en cause du talent de ce peintre, comme si l’on bafouait une idole.

Chacun a son avis sur la question et là n’est pas l’essentiel, mais cette initiative est à saluer du seul fait qu’elle nous pose cette question : pourquoi admirons-nous un tableau ?

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Une réflexion sur “Pourquoi admirons-nous un tableau ?

  1. Article qui introduit des réflexions intéressantes, mais c’est dommage que l’on ne reste qu’à la surface du sujet, en s’arrêtant le plus souvent au stade des constatations avec des exemples qui sont vus et revus. Pour les ready made par exemple, il aurait été certainement opportun de dire qu’au delà du caractère sacré de l’oeuvre, il y a une remise en question de ce qu’est une oeuvre. L’art religieux n’est pas non plus évoqué, pourtant le lien très intime entre le sacré et l’art remonte aux origines mêmes de la création artistique. Mais bon, pour cela, il aurait au moins fallu prendre la peine de définir clairement la sacralisation. Il y a une confusion complète dans cet article entre la sacralisation par le public et celle par le marché de l’art, or l’auteur semble oublier que tout spécialement dans l’art contemporain, des oeuvres « sacralisées » par le marché de l’art ne le sont pas toujours pas le public.

    Il n’empêche que c’est un bon article de vulgarisation bête et méchante pour des juristes avec une faible culture artistique.

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