Le cigare du mois n°3 : le plaisir dans la longueur…


12297807_10204804751752801_507220154_oAixois, Alexandre Khanoyan aime la vie, c’est-à-dire les cigares, les costumes, l’alcool et l’éloquence. La finesse de sa plume n’a d’égale que la beauté d’une barbe soigneusement entretenue, qu’il caresse en regardant s’effondrer devant lui ce monde bien trop barbare…


Mes très chers cancéreux, je tiens à m’excuser pour mon absence en janvier, mois milles fois maudit où microbes et maladies accompagnés d’une procrastination à toute épreuve m’interdirent toute séance de dégustation de vitole, séances que je m’inflige dans le seul but de vous dénicher le cigare à fumer ce mois, preuve de mon sens du sacrifice et de mon amour de la virgule, sans laquelle cette phrase eut été bien plus courte.

Si le dernier article de cette chronique s’intéressa aux Robusto, seule catégorie où l’on aime les petits gros, je vous propose ce mois-ci de se pencher sur des modules à plus fières allures !

Les longs et fins cigares sont cependant un ancien standard. Il était autrefois courant de trouver des Grands Panatella, ces cigares de 19cm dont le diamètre n’excédait pas celui d’un petit corona ! Aujourd’hui, il n’en reste plus que trois dans le catalogue cubain, dont un, le mythique Fundadores de Trinidad dont la production fut récemment arrêtée. A noter qu’il existe encore de nombreux stocks de ce cigare de légende, et je ne peux que vous inciter à le tester (les autres étant l’Especiales de Montecristo et le Lanceros de Cohiba, tous deux étant décevant face au Fundadores).

Il faut comprendre que les cigares trapu ont le vent en poupe, pour la simple raison qu’ils sont beaucoup plus facile d’accès pour le débutant. Un cigare large est roulé de manière aérée. Poser ses lèvres dessus suffit à en extraire quelques bouffées de fumées (voir le néanmoins excellent Horacio Del Monte de l’article de Novembre). Mais plus un cigare est long et fin, plus il devient difficile de le rouler, et plus le tirage sera difficile.

Mais on introduction tire en longueur et il faut bien commencer ce qui vous intéresse, bande d’ingrats, soit les tests.

Le Montecarlos de Por Larranaga (Cubain ; 3.80€)

Le cigare pour le café de ce mois est un Panatella de 16cm pour un diamètre de 1,3cm : plus long mais plus fin que l’ultraclassique Corona. Il ne paye pas trop de mine dans sa cape maduro relativement sèche et sa bague bien sobre, on en douterait presque qu’il vient de l’île de Fidel. Por Larranaga est d’ailleurs une marque qui perds de l’intérêt au fil des ans, et des 3 cigares qu’ils produisent encore, le Montecarlos est l’unique qui vaut le coup d’œil.

L’allumage n’augure également rien de bon avec une amertume assez prononcées lors des toutes premières bouffées. Il devient cependant très rapidement crémeux et se dévoile peu à peu, tout d’abord sur des notes boisées assez classiques mais non moins efficaces, avant de devenir plus original dans son second tiers avec des notes de cacao. Le dernier tiers est quant à lui assez plat.

Ma critique peut paraitre assez négative au premier abord, mais le deuxième tiers de ce vitole est probablement l’un des plus intéressant qu’il ait été de fumer pour un petit module. Rappelons qu’il s’agit là d’un cigare à 3.80 € : au quotidien, il vous changera des Milles Fleurs et autres Petits Corona !

8-9-8

Le 8-9-8 de Partagas (Cubain ; 12.90€)

Ah Partagas ! L’une des plus célèbres marques cubaines, qui contrairement à nombre de ses confrères, n’est pratiquement jamais décevant, et ce malgré un catalogue d’une vingtaine de module. Amateur de puissance, je ne peux que vous conseiller de vous enfiler tous les Partagas et les Bolivar (le grand concurrent en termes de puissance) que vous pourrez rencontrer.

Partagas est d’ailleurs l’un des champions cubains des modules larges et aérés qui sont tellement à la mode ces dernières années. Le P2 est une ode aux formats aérés qui vous arrachent la gorge au 3° tiers. Le E2 est un magnifique double toro, dont le diamètre cause de nombreux problèmes de mâchoires. Le D4 est l’un des cigares le plus vendu de par le monde, tant il est vénéré pour son rapport Qualité/Prix en Robusto. Le Lusitania est quant à lui LE symbole phallique que le courageux puceau s’enfile pour prouver au monde qu’il vaut quelque chose (Oui, c’est un Double Corona, tout est dans le nom). Mais si Partagas produit un cigare qui vaille le coup, ne cherchez pas plus loin, je vous présente le 8-9-8.

Que se cache-t-il donc derrière cette étrange série de chiffres (je sais, j’ai déjà perdu les pénalistes, mais qu’importe, ces gens-là ne méritent pas leur cancer de la gorge) ?

Le 8-9-8 est un Lonsdale. Retenez bien ce terme, il désigne un module de cigares aux dimensions parfaites pour la dégustation : 17cm pour un diamètre de 1,7cm. Long sans nécessiter un trépied, fin sans se consumer en un rien de temps, le Lonsdale est simplement élégant.

 

Et dans cette catégorie, force est de constater que le Lonsdale brille. Il surclasse par ailleurs le Cohiba Siglo V, qui a tout de même l’audace de vendre à 7€ de plus.

Pour peu que vous ayez un peu d’expérience dans la chose, le 8-9-8 est simplement l’un des meilleur cigares sur le marché. On ne le recommandera cependant pas aux débutants, puisque son tirage peut se révéler compliqué, et à cause du véritable défilé aromatique qu’il nous livre, et dans lequel on se perd aisément.

Il m’est d’ailleurs assez difficile de vous résumer cette orgie gustative, je tenterai donc l’analyse suivante :

On débute avec des notes de terre, d’humus, de café et de poivre gris. Les notes de café persisteront jusqu’à la fin, mais le cigare perdra au fur et à mesure de sa suavité. Le deuxième tiers est nettement plus dynamique et vigoureux. On sent qu’on est bien sur un Partagas, on ne nous à pas menti sur la marchandise et la dégustation devient rodéo. Le café tire sur le Moka, les notes boisées, qui jusqu’à présent s’étaient fait très discrètes viennent à présent en renfort en tirant sur le cèdre. Et pourtant, malgré tout cela, je suis certain de passer à côté de nombreuses subtilités. On reste facilement bête, le cigare planté dans un coin de la bouche, à décortiquer, analyser ce que l’on fume. Je n’oserai même pas vous parler du troisième tiers, tant il est fusion de saveurs. L’amertume des derniers centimètres vient cependant mettre fin au bonheur de l’amateur et l’on quitte ce cigare avec une seule envie, celle de s’y replonger, accompagné d’un vieil amargnac, jusqu’à qu’il nous livre tous ses secrets.

Plus cancéreux que moi, tu meurs !


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