On a rencontré… l’Observatoire de la Justice Pénale


Vendredi, 19h30, alors que les bancs d’Assas dégrossissent à la vitesse d’une peau de chagrin, nous retrouvons Robin, un ancien de la fac, en terrasse près de Port Royal. Allure de dandy moderne, barbe de trois jours et casque de scooter à la main, ce jeune homme vient nous présenter son dernier projet. Élève avocat, en Master 2 à Dauphine et à la Sorbonne (« en même temps, sinon on s’ennuie »), il se rêve pénaliste, arpentant les cours d’Assises de France et de Navarre. Robin est, comme tous les avocats, un révolté à jamais insatisfait. « Il y’a un vrai soucis avec la justice pénale en France, le débat est binaire, c’est soit le tout carcéral, soit les abolitionnistes (ceux qui souhaitent supprimer la prison, ndlr) ». La déchéance de nationalité ? « Un enfumage ». Les prisons ? « Une réforme est urgente ». Réforme justement, Robin a lancé avec une équipe de jeunes avocats L’observatoire de la justice pénale afin de « faire trembler les idées reçues et les postulats, apporter quelque chose de nouveau au débat public ».


Arriveras tu à nous décrire en moins d’une phrase cet Observatoire de la Justice Pénale ?

L’Observatoire, c’est le regroupement de citoyens passionnés par la justice pénale et désireux de faire avancer le débat public en la matière.

Qui a créé cet observatoire, et quand ?

L’Observatoire est tout jeune puisqu’il n’a que deux semaines ! A l’initiative de ce projet, nous sommes deux élèves avocats et une étudiante, mais très rapidement, de nombreuses personnes sont venues s’agréger !

Pourquoi t’es-tu lancé dans ce projet ?

On est parti d’un constat, il n’y avait pas de think tank consacrés à cette question, spécialisé et indépendant de tout courant politique. Pourtant de nombreux cerveaux se penchent sur des questions de droit pénal, réfléchissent sur des sujets pointus mais ils n’avaient pas de vitrine pour exposer leurs réflexions et en débattre. Notre projet était donc de créer un lieu ou cette « matière grise » pouvait se retrouver pour échanger sur cette discipline passionnante.

Le débat public sur la justice pénale est souvent assez binaire, on a trop souvent tendance à classer les opinions en deux catégories, les sécuritaires de droite et les laxistes de gauche. En regroupant des individus d’opinions politiques et d’horizons professionnelles diverses, de l’avocat au gardien de prison, de l’universitaire au militant du GENEPI, en passant par le responsable associatif et l’élu local, nous essayons de confronter les idées de chacun pour en obtenir le meilleur. L’objectif est, grâce au débat d’idée, de faire évoluer les réflexions, d’aller le plus loin possible sur chaque sujet, en s’affranchissant des doctrines imposées, afin de proposer quelque chose de nouveau et de cohérent.

Tu dis que tout le monde peut participer, mais n’y a-t-il pas un minimum de prérequis pour écrire sur ce sujet ?

Le leitmotiv de l’OJP c’est d’éviter d’être un entre soi de juristes. Ceux qui participent au projet ne sont pas tous agrégés, ni avocats. Le point commun de nos membres est la passion pour la matière pénale, et la volonté de faire évoluer le débat public.

Quels sont les projets précis de l’Observatoire ?

Pour le moment, on propose des articles rédigés par les membres sur le thème de la justice pénale : contribution, comparaison, actualité, questions de droits, histoire du droit pénal, tout y passe. Cela va des récents débats sur la déchéance de nationalité, en passant par les ordalies et châtiments corporels et jusqu’à la sociologie carcérale.

On propose également à nos membres d’élaborer des propositions de réformes, n’engageant que sa plume et non celles des autres membres. Ce qui est intéressant, c’est qu’il est tout a fait envisageable qu’un autre membre n’adhère pas du tout à la proposition et effectue une contre proposition. C’est la tout l’intérêt d’un think tank, la liberté de parole, le débat d’idée.

Il est question de faire des tables rondes, des colloques, éventuellement une newsletter mais pour le moment on reste sur un format numérique. Internet permet une bien meilleure accessibilité de l’information que les « revues » papier classique, le plus souvent réservées aux bibliothèques et librairies spécialisées.

Un combat qui te tient à cœur aujourd’hui ?

Aujourd’hui on parle beaucoup de créer de nouvelles places en prison, c’est à mon sens une proposition étonnée et extrêmement artificielle. Aussitôt seraient elles crées, celles ci seraient remplies. Pourtant, il existe une alternative qui a déjà fait ses preuves en Europe : proposer pour les « petits délits » des peines alternatives par exemple. Plutôt que de creuser le déficit public avec de nouvelles constructions, je pense plus judicieux de systématiser le recours au bracelet électronique, à la semi liberté ou au contrôle judiciaire pour les délits les moins important, notamment les atteintes envers les biens. Il y a évidemment d’autres combats à mener que ce soit l’accès de l’avocat au dossier durant la garde à vue ou encore les moyens trop faibles de la justice pénale d’urgence dans certain tribunaux (Bobigny par exemple).

Vous pouvez retrouver l’Observatoire de la Justice Pénale sur leur site internet : www.justicepenale.net

Ou bien sur Facebook : https://www.facebook.com/obsjusticepenale/?fref=ts


La Pravd’Assas est aussi sur Facebook :

https://www.facebook.com/lapravdassas/

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