Donald Trump sera président


12787455_10208913512780758_1367774294_o_editedParti vivre aux Etats-Unis, Quentin Curchod a vécu avec les autochtones la présidentielle de 2012. Titulaire l’année suivante d’un bac américain, il a donc acquit au cours de ces années une connaissance d’un pays parfois surprenant dans ses pratiques électorales. Quentin, c’est une âme de colon puisque lassé des plaines américaines, il n’a rien trouvé de mieux que d’aller se balader dans la toundra sibérienne. Il nous écrit aujourd’hui un billet sur le favori inattendu des primaires républicaines.


Trump sera président. C’est une quasi certitude.

Sauf attentat contre sa personne ou scandale sexuel de dernière minute, il prêtera serment. Ce mardi le confirmera encore (l’article a été écrit avant le Super Tuesday, ndlr), comme les semaines et mois à venir. Trump écrase, broie, supprime ces adversaires. Il exulte. Il survole le jeu. Il comprend les gens comme il sent les bonnes affaires immobilières.

Celui qui n’a pas compris qu’il applique sa méthode commerciale à succès pour la présidence américaine n’a pas tout assimilé du personnage. Il analyse le marché, persuade les investisseurs et ravit l’appel d’offre. Il dissèque la demande des électeurs, considère l’offre républicaine, s’adapte, et remportera l’élection. Trump le financier. Il sait le pouvoir extraordinaire de la prophétie auto réalisatrice: on fini par spéculer sur une valeur anecdotique, sur une niche stagnante.

Pourquoi ? Parce qu’un expert influent de la bourse en martèle son importance. Trump l’averti le sait aussi et l’applique. Lui qui répète, à ses débuts avec culot désormais avec aplomb, qu’il ne peut être que le prochain président. Et pas n’importe lequel, le meilleur jamais créé par dieu: il n’en n’ira pas autrement. Trump est une prophétie construite par Trump lui même. Trump est dorénavant synonyme de victoire. Qui le proclame ? Lui même. Inlassablement. Imperturbablement. Il sait que sa stratégie boursière est la bonne. On mise sur lui, sur la valeur la plus bruyante, la plus connue. Elle devient commune. Elle monte. Enfin une valeur refuge, stable, hermétique à la volatilité des cours. Elle rapportera.

« Trump est une stratégie commerciale appliquée à la politique »

Trump la bulle spéculative. Et puis Trump la marque. La communication c’est le nerf de la guerre. Après le jeu Trump, sorte de Monopoly des années 90 dégoulinant de narcissisme, Trump se lance dans une série télévisée pour se mettre en scène virant des gens. C’est délicat, on ne change pas. Trump est devenu familier. On le convoite. On s’y attache sans en prendre tout à fait conscience. Il incarne la hargne, la réussite. Qui n’aime pas cela ? On veut s’identifier. Enfin la fin de nos vieilles habitudes de consommateur raisonné. Enfin un peu de transgressif bon marché. Trump c’est une stratégie commerciale appliquée à la politique. Une innovation. On s’y presse par curiosité d’abord. Mais Trump est une entreprise. Elle capte. Agressive. Terriblement intelligente. Elle préfigure une suite. Elle s’adresse à une demande et ruine la concurrence. Trump c’est l’implantation de Burger King en France: qu’on aime ou pas, peu importe, c’est inéluctable.

Alabama, Arkansas, Géorgie, Massachusetts, Tennessee, Vermont, Virginie… Les résultats sont tombés ce matin. L’expansion du mythe se confirme. Il dérobe les Etats, séduit les opportunistes. Sarah Palin, Chris Christie, Jeff Sessions, la liste des ralliements s’allonge. Elle continuera de s’étirer à mesure que les États tomberont dans l’escarcelle de l’ogre Trump.

L’insatiable Trump qui dépense sans compter quand les autres candidats sont en états de siège. Ils redoutent la fin des vivres, le tarissement des aides financière. Le racolage auprès des lobbys s’essouffle. Pourquoi miser sur des perdants ? Lui peut vivre indéfiniment sur ces deniers personnels. L’entreprise lucrative qu’il est devenu peut se permettre de vendre à perte. Il ne s’en prive pas. Il débourse en publicité négative, spécialité américaine particulièrement abrutissante, quasiment autant que tous les candidats républicains réunis. Et encore, c’est un avant goût.

« Il se réserve pour Hillary »

Il se réserve pour Hillary. Le vrai duel. La mère de toutes les batailles. Les minorités arbitreront. Hispaniques, latinos américains, afro-américains, il faudra jouer selon les nouvelles règles. Trump peaufine sa stratégie, fini les outrances, les clivages entretenus, les polémiques réfléchis. À ce petit jeu il apposera bientôt la carte du rassembleur. Vous verrez ! Il pressent mieux que personne le nouveau marché à conquérir. Il devine les attentes, un Trump conservateur mais modéré, assagi, conciliateur. On lui demandera pour gagner de se renier lui même, de désavouer sa personnalité clivante. Bref d’arrêter de nous faire du Trump. Les risques en balance ? Décevoir les conservateurs ou réitérer l’expérience malheureuse d’un certain Mitt Romney. Le grand écart. Un dilemme. Une invraisemblance. À l’image du personnage.

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