Interview de Pierre Crocq, responsable du centre Assas


x240-rPz (2)Professeur incontournable de Paris II, responsable du Centre Assas, directeur de plusieurs masters, Pierre Crocq est connu des étudiants pour l’influence qu’il exerce dans notre université après l’avoir servie des dizaines d’années. Une interview exceptionnelle pour débuter ce cycle de rencontre avec les professeurs qui enseignent dans notre institution.

L’interview étant longue, voici l’ordre des sujets pour vous permettre d’accéder au plus vite à la question qui vous intéresse.


1 – Présentation

2 – Vision de Paris II

3 – Travaux du centre Assas

4- La place des associations politiques à Assas

5 – « l’affaire » BestAssas

6 – L’élection du Président de l’Université


 

Pouvez-vous vous présenter ?

J’ai plusieurs rôles au sein de notre université. Enseignant les institutions judiciaires en première année, je suis aussi professeur de droit des contrats et de droit des sûretés. Je dirige également trois diplômes en formation continue : un Master 2 de droit notarial, un Master 2 de droit et fiscalité des entreprises et un diplôme d’université relatif à la médiation.

S’agissant de la gestion administrative de l’université Panthéon Assas, je suis directeur du Centre Assas, et ce depuis 1996, ce qui fait notamment de moi l’interlocuteur des associations d’étudiants. Cela signifie également qu’en cas d’atteinte à l’ordre public, j’agis au nom du président qui m’a donné une délégation de pouvoirs à cette fin. Si aujourd’hui Assas est devenu très calme, ce dernier rôle était, à mon arrivée, beaucoup plus important, notamment en raison d’affrontements politiques parfois violents que nous avons stoppés, avec le Président Bernard Teyssié, en fermant tout simplement l’une des deux entrées du Centre Assas (rue ND des Champs) et en plaçant des agents de sécurité à l’entrée de l’autre. Il est alors devenu plus difficile de pénétrer dans l’université et, si besoin, beaucoup plus facile d’y retenir d’éventuels fauteurs de troubles le temps que les forces de l’ordre arrivent.

Enfin, je suis également directeur de l’IEJ, directeur du collège de droit et responsable du plan licence (ce qui recouvre toutes les innovations qui ont été créées en licence, au cours des dernières années, et, notamment, la mise en place du parcours réussite ou celle des ateliers de professionnalisation).

 

Quels sont les trois adjectifs pour définir un bon assassien ?

Intelligent, travailleur et faisant preuve d’ouverture d’esprit.

 

Que préférez-vous à Paris II ?

C’est le fait que notre université soit quasiment mono disciplinaire. La liberté de gestion y est donc unique ! Ici, on est dirigé par des enseignants de sa spécialité, ou d’une spécialité proche, lesquels comprennent nos besoins.

« Laissons de la liberté aux universités ! « 

L’un des grands problèmes actuels des universités résulte d’une tendance gouvernementale à croire que toutes les disciplines devraient obéir aux mêmes règles et entrer dans un même moule normatif. Il me vient tout de suite à l’esprit cette étrange idée suivant laquelle une thèse devrait se faire nécessairement en trois ans. Pour la biologie, c’est peut-être exact, mais pour un juriste cela n’a pas de sens, la plupart de nos thèses requérant en pratique quatre ou cinq ans de travail. Pourquoi devrait-on avoir le même critère pour toutes les disciplines, alors qu’elles ont, chacune, leurs spécificités ?

Cela génère des normes inadaptées aux besoins : laissons de la liberté aux universités, donnons-leur enfin une vraie autonomie, laquelle n’existe pas aujourd’hui, et respectons les besoins de chacune des disciplines !

 

Si vous deviez changer une chose à Assas ?

A priori, rien ne me vient à l’esprit de manière évidente. Quand je pense à Assas, ma réaction naturelle est d’abord de me dire que je m’y sens bien. La preuve en est qu’après y avoir fini mes études, j’ai toujours voulu y rester. Les rapports des enseignants avec l’administration y sont excellents et il en va de même des relations que nous pouvons avoir avec nos étudiants, lesquels trouvent facilement un emploi à la fin de leurs études. On aurait, dès lors, bien mauvaise grâce à ne pas être satisfait, même s’il y a, sans doute, comme partout, des choses à modifier pour améliorer encore davantage notre enseignement.

Beaucoup d’étudiants se posent la question de la date de fin des travaux, et de ce que tout cela donnera…

Les travaux devraient se terminer avant l’été et le nouveau bâtiment, actuellement en fin de construction, sera une grande salle dans laquelle les étudiants pourront s’installer, avec une ambiance de convivialité. Elle sera organisée en plusieurs petites cellules où ils pourront s’isoler pour discuter ou travailler. Cette salle sera polyvalente, puisque l’on pourra déplacer le mobilier pour les besoins d’un colloque ou de l’organisation d’une réunion.

« L’environnement d’Assas est agréable »

Il faut ici se souvenir de ce qu’était le Centre Assas avant les travaux : le fossé est considérable ! Hier, dans le métro, un ancien étudiant m’a dit qu’étant revenu récemment à Assas, il n’avait pas reconnu l’Université, tant les changements sont importants. Il avait, en effet, connu la bibliothèque au 6e étage (une véritable fournaise en été), l’absence de restaurant et un hall sous-utilisé d’une hauteur colossale. Le Centre Assas ressemblait alors à une gare : on y passait, on prenait son cours et on repartait le plus rapidement possible, car rien ne donnait envie d’y rester !

Aujourd’hui, je constate que les étudiants restent à Assas, car l’environnement y est devenu agréable, la bibliothèque est parfaite (même si l’on aimerait toujours qu’il y ait plus de places) et les étudiants ont à leur disposition des banquettes où s’asseoir, un restaurant, une cafeteria et même, chose inconcevable il y a quelques années, des prises électriques ! Les travaux ont complètement changé l’état d’esprit au sein d’Assas. D’un simple endroit de passage, d’où l’on s’enfuyait dès le cours terminé, on a fait un campus où il est agréable de rester.

C’est un changement que les nouveaux étudiants ont du mal à percevoir, tout simplement parce qu’ils n’ont pas connu la situation précédente, mais quand on peut faire la comparaison, on se dit que c’est un très beau travail. Quant à la question du plafond du hall, qui fait le bonheur de Spotted, c’est un écran gigantesque où l’on peut diffuser ce que l’on veut. Il sert essentiellement à faire varier l’ambiance pour rendre le hall encore plus agréable et notamment être utilisé lors de diverses manifestations, ce qui veut dire que grâce à ce plafond, on louera plus facilement le hall et que ce que certains prennent pour du gaspillage est en réalité un investissement.

On parle d’affrontements politiques violents dans l’histoire d’Assas. Quelle place l’administration donne-t-elle aujourd’hui aux associations politiques ?

Si on observe les élections étudiantes à Assas, on remarque – et notamment lors des dernières élections – une baisse très nette des résultats des associations politisées, laquelle traduit une désaffection générale de la société et des étudiants à l’égard de la politique. La place et la représentativité de ces associations s’en sont trouvées fortement réduites.

« Ce qui importe à l’administration, c’est que les étudiants puissent étudier dans les meilleures conditions possibles « 

En revanche, les associations engagées au service des étudiants, sans but politique national, ont, elles, rencontré beaucoup plus de succès et cela sans doute parce que les étudiants ont pensé qu’elles contribuaient davantage à l’amélioration de leur vie au sein de l’université. Quant à l’administration, elle regarde tout cela d’un œil à la fois neutre et extérieur et ce qui lui importe, c’est que les étudiants puissent effectuer leurs études à Assas dans les meilleures conditions possibles, ce à quoi l’activité associative peut contribuer d’une manière efficace.

 

Pourrait-on avoir la réaction de l’université, ou du moins votre avis personnel sur « l’affaire » BestAssas ?

 

BestAssas, c’est seulement un bon sujet de cas pratique en droit des personnes ou en droit de la responsabilité (une responsabilité qui n’est pas celle de l’administration, étrangement réceptionnaire d’une plainte, mais de l’étudiant créateur du site ou de celle de l’hébergeur).

BestAssas est surtout révélateur de plusieurs phénomènes. Révélateur, tout d’abord, de l’importance prise aujourd’hui par les réseaux sociaux, avec un effet multiplicateur qui confère souvent une importance démesurée à certains problèmes.

 » BestAssas est un phénomène révélateur »

Révélateur aussi du manque de précautions prises par ceux qui déposent des renseignements et des photos sur internet. Ces photos, sauf erreur de ma part, ont été mises sur Facebook par ceux-là mêmes qui se plaignent de leur diffusion. Bien évidemment, leur réutilisation ne peut théoriquement avoir lieu sans le consentement des personnes concernées, mais il reste à faire respecter la règle et BestAssas ici ne fait qu’attirer l’attention sur les dangers qu’il peut y avoir à placer des photographies de soi sur internet.

BestAssas est surtout révélateur d’une grande difficulté à peser l’importance des problèmes et à les hiérarchiser. Était-il nécessaire de contacter la presse pour s’offusquer de ce problème ? Est-ce que cela méritait vraiment un traitement médiatique sur BFM TV ou dans l’Obs ? Était-ce proportionné et nécessaire ? Je regrette que l’on ait monté en épingle cette histoire, alors que, par ailleurs, se pose aujourd’hui le problème de la survie des facultés de droit !

J’aurai préféré une dépêche dans l’Obs ou BFM sur la question, autrement plus importante, de la sélection en Master 2. Va-t-on vers la remise en cause de cette sélection ou vers son maintien ? Les déclarations politiques sont contradictoires et nous sommes actuellement dans l’incertitude la plus totale. Or, si on ne maintient pas la sélection, le risque est simple : le M2 sera ouvert à tous, mais c’est un M2 qui ne vaudra plus grand-chose ! Le fleuron des facultés de droit disparaîtra tandis qu’à côté les grandes écoles pourront se prévaloir de formations sélectives, porteuses d’emplois, de ce fait, et donc attrayantes pour les étudiants. Les étudiants vont donc fuir les facultés quitte à devoir payer des frais d’inscription particulièrement importants et cela, c’est beaucoup plus important que BestAssas.

 » L’enseignement juridique est en plein bouleversement « 

Cela l’est d’autant plus que l’enseignement juridique connaît actuellement une phase de bouleversements, non seulement avec cette question de la sélection en Master 2, qui menace sa survie même, mais aussi avec le projet de création d’une école nationale du notariat (dont l’accès sur dossier aboutit à remettre en cause l’utilité des Masters 2 de droit notarial en dépit du fait qu’ils donnent d’excellents résultats) ou encore avec le projet de création d’un examen national d’entrée au CRFPA, lequel génère un risque important de désaffection pour les petits IEJ au profit des plus gros, de Sciences Po ou de certaines prépas privées.

À terme, tout ceci va poser la question de l’existence même de certaines facultés de droit et j’aimerais que, plutôt que de se préoccuper de BestAssas, les associations d’étudiants s’intéressent davantage à ces bouleversements importants que nous sommes en train de vivre.

Pourriez-vous brièvement nous parler de l’élection du président de la faculté ?

Monsieur Leyte se présente pour un second mandat, tandis que M. Braconnier a lui aussi annoncé sa candidature. Ce sont aujourd’hui les deux seuls candidats à ma connaissance, mais d’autres peuvent toujours se déclarer. Le Président sera tout simplement élu par le Conseil d’Administration de l’université un peu avant l’été ( voir ici http://www.u-paris2.fr/1262705625360/0/fiche___article/&RH=ORGA ) et vous noterez la présence des représentants étudiants au sein des électeurs : d’où l’importance particulière des élections des représentants des étudiants cette année !

 

Revenons donc à ces élections étudiantes : quelle vision l’administration a-t-elle sur elles ?

 

Les élections des représentants étudiants aux conseils centraux me font penser à celles des conseillers prud’homaux : elles risquent de finir un jour par être supprimées tant la participation est faible !

 » Il faut que les étudiants se mobilisent lors des élections ! »

Le parallèle est sans doute provocateur, mais c’est à dessein, car cette faible participation a pour conséquence que les élus étudiants n’ont qu’une faible représentativité, laquelle réduit leur poids lorsqu’ils prennent la parole au sein des conseils. En outre, une faible participation génère le risque d’élection par des minorités de faveurs, ce qui n’est évidemment pas souhaitable.

Il faut donc que les étudiants se mobilisent pour participer davantage à ces élections, car leurs représentants doivent être représentatifs ! Pour favoriser cela, il serait utile d’introduire le vote électronique : c’est parfaitement réalisable, mais encore faudrait-il que les textes en vigueur le permettent.


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