(Tribune) Ces grévistes qui nous emmerdent

Grande manifestation, révolte populaire. 

La presse de gauche est en ébullition, les jeunes se rêvent en révolutionnaires de 68, les syndicats ont affûté leurs slogans. Tout est prêt. Solidaires, la CGT, Sud, CNT, CFDT, FO, l’UNEF, FSU, l’UNL et tout ce que l’alphabet peut compter de lettres et de vacanciers t’ont lancé un appel commun contre la démoniaque loi El Khomri. Loi qui, comme nous le savons tous, a été adoptée grâce aux voix de droite après que le gouvernement ait ignoré les revendications syndicales, et tout cela sous la pression du MEDEF.

Car non, la loi n’est pas adoptée, son examen a même été repoussé, mais déjà le digne peuple de gauche (celui qui peut se payer un jour de grève et qui connait toutes les charges pesant sur son patron) est dehors, agitant des pancartes et vidant les stocks de merguez, bio et végétaliennes s’il vous plait, du supermarché du coin.

Attention à toi, militant, à bien mettre «  les étudiant-e-s dans la rue » sur des pancartes financées par les apparatchiks frondeurs du PS, sans oublier le « -e-s », au cas où certains confondraient la manifestation avec le défilé solitaire et désagréablement bruyant d’un seul étudiant machiste sur les boulevards de notre capitale. Car oui, chaque détail compte dans ce monde où toute loi touchant à la société est un progrès, mais où toute tentative de réforme du monde du travail est considérée comme une menace. Prenons par exemple un détail intéressant. Les organisateurs.

A mon extrême gauche, Caroline De Haas. Elle a le même prénom que Mademoiselle Fourest, et à peu près le même caractère et les mêmes combats. Sur son Twitter, un mot, fort, pour la décrire : Féministe. Cette féministe convaincue (qui ne s’est pas insurgée de la légion d’honneur donnée au, très féministe lui aussi, Prince Saoudien) est à la pointe du mouvement. C’est en effet elle qui a lancé la pétition contre la loi, qui veut organiser des primaires et qui chasse tous les sociaux-traitres, bref, une véritable épine dans le pied de ses anciens copains du PS.

On a aussi le nouveau Dany le Rouge, ici Willy (alias William Martinet). C’est le président de l’UNEF, le syndicat qui fournit à la France tout prix Nobel de Solferino. Pas de chance pour lui, la série Baron Noir a eu un réel succès et les journalistes n’ont pas tardé à connaitre celui qui, pour de vrai, tirait les ficelles. Rappelons qu’en effet, il ne faut pas prendre le jeune et fringant William pour le nouveau Mitterrand : placé à la tête de la structure lors d’un putsch piloté par Pouria Amirshahi (député de la 9ème circonscription des français de l’étranger et qui – ça alors ! – vient juste de quitter le PS), le dévoué étudiant obéit au doigt et à l’œil à ceux qui le financent… ces mêmes n’étant pas très favorables à Manuel Valls.

Mais bon, ne tapons pas sur l’UNEF, les élections arrivent à grand pas et notre journal ne doit pas prendre position. Surtout que cette mobilisation soudaine n’a vraiment rien à voir avec les élections qui approchent. Pas vrai ?

A propos d’élections, intéressons-nous au cercle vicieux qui anime nos très chers syndicalistes, ces hommes et ces femmes dotées d’un don du compromis inouï. Bon, on vous l’avoue, on fait dans la caricature (sauf pour l’UNEF) mais parfois cela fait du bien de se lâcher et comme on vient d’Assas, on se fera dans tous les cas insulter de petits merdeux.

Les syndicalistes sont avant tout aujourd’hui des frustrés. Déjà parce qu’un cheminot ne peut pas profiter de ses jours de grève pour partir en vacances car il n’y a plus de trains. Ensuite parce qu’après deux siècles de plaintes pour gagner des droits, leurs revendications sont allées trop loin et qu’aujourd’hui le retour de bâton fait que leur lutte n’est pas pour acquérir mais pour défendre leurs acquis… ou privilèges -selon les points de vue. Les syndicats partagent aujourd’hui beaucoup de défauts avec nos politiques. Déjà parce qu’ils sont déconnectés de la réalité économique, hormis certains secteurs ou certains syndicats « réformistes » telle la CFDT.

Mais surtout parce que la grève n’est pas un moyen de combattre les inégalités, mais de permettre leur survie. Si tout allait bien, les syndicats disparaîtraient. Il faut donc créer le conflit pour avoir une raison d’être. Il faut aussi montrer au prolétaire qu’on le défend contre le patronat (celui qui n’existe plus car il est parti en Chine) et qu’on est là pour lui, qu’il s’inquiète pas, qu’on va faire un bon pichet de grève (oui vous avez bien lu) et que comme ça lui, il oubliera pas de voter pour nous.

Car quand on va chercher des voix, on ne fait pas forcément ce qui est bon pour l’électorat : le modèle syndicaliste doit donc être revu d’urgence car les « partenaires sociaux » perdent de leur sens, et leurs actions de leur symbolique. La loi El Khomri en est le parfait exemple. Il n’y a eu aucune vraie grève depuis 2012 et le gouvernement s’est peu à peu droitisé, sans pourtant faire de mouvement trop brusque pour déclencher un mouvement social. Aujourd’hui, c’est le moment de remobiliser après les multiples échecs et de mettre la pression sur un président tiraillé entre le risque de démission de son Premier Ministre et le risque d’une primaire qui le forcerait à se gauchiser pour gagner.

Les syndicats défendent-ils l’économie française ? La réponse est non, ils défendent les travailleurs, et leurs ennemis sont le patronat, nous en conviendrons, mais aussi ceux qui servent d’argument au MEDEF. Et ceux-là sont tous simplement les chômeurs, cette masse qui, sans cesse grossi, et à qui la réforme amorcée par Badinter et Lyon Caen est censée profiter. Car eux, les chômeurs, s’en fichent d’être licenciés, puisqu’ils n’ont pas d’emploi.

La politique de l’offre à destination des entreprises est certes impartiale mais permet de baisser le coût du travail, de le rendre plus flexible mais aussi d’offrir une sécurité juridique aux entreprises. Bref, tout cela semble dépasser les syndicats qui, en effet, ne trouvent pas leur compte dans le réalisme économique qu’il nous sied d’acquérir.

 

Reste à savoir si la mobilisation sera un succès. On ne va pas jouer aux devins, Jacques Attali est bien meilleur que nous, mais la gauche de la gauche s’est souvent révélée aussi incapable de se rassembler que de gouverner. Et puis Caroline, William et les autres finiront bien par rentrer dans les rangs de Solferino. La soupe y est tellement plus bonne que dans la rue…


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