Vis ma vie de militant de l’UNI

 


Une fiction garantie sans cliché.
*le prénom a été changé


 

 

7 :30, le réveil sonne.

Hugues*, 20 ans, émerge difficilement de son sommeil, sa main s’aplatit lourdement sur l’appareil qui s’éteint automatiquement. Sur sa table de nuit, les mouchoirs usagés se mêlent aux tracts non distribués.

Hugues vit dans une chambre de bonne, pas plus de quinze mètres carrés avec l’essentiel : la cuisinière (pas la maîtresse de papa mais le meuble), son lit, sa table basse, son étagère remplie de codes civil et pénal et dans le coin sa PS4 avec le tout dernier call of duty où il est déjà prestige 13.

Hugues enfile son t-shirt Balladur qu’il a réussi à récupérer chez un oncle, remet droit son slip et va prendre une douche. Pour cela, il prend l’escalier de service et arrive dans l’appartement de ses parents.

C’est l’heure des consignes pour Pénélopa, une nouvelle femme de ménage mexicaine. Elle est aspirée par le regarde profond de la bourgeoise au cœur durci par ses grossesses, sources de son échec professionnel. Pour exprimer cette rage, elle crie sur Bérénice, 8 ans, qui vient de propulser son bol par terre tout en défiant du regard Pénélopa. Hugues bouscule Louis, son petit frère, lui prenant des mains le pot de nourriture à poisson rouge pour accomplir lui-même son unique tache ménagère de la journée. Il est de nouveau sorti des vapes par son père en pyjama qui lui secoue les cheveux. Il va ensuite dans la salle de bain et prend sa douche en pensant à Pénélopa.

La serviette Chirac 1988 autour de la taille, Hugues se brosse les dents et rase ses quelques poils de duvet à la tondeuse électrique : ça repoussera plus vite. Il se parfume ensuite au déodorant chocolat goyave. En cela il imite les gars populaires de Franklin qui exhibaient leurs muscles dans les vestiaires. Son père lui crie dessus pour qu’il lui laisse la place dans la salle de bain.

Affalé à la cuisine américaine, Hugues prend son thé Fauchon et son bol de crunch devant BFM. Puis le voilà parti, sacoche Louis Vuitton à la main, vers le métro. L’année prochaine, s’il valide sa L2, on lui a promis une smart. Pour l’instant il brave la rue Victor Hugo et prend la station Trocadero, direction Notre-Dame des Champs.

 

C’est une longue journée qui s’annonce pour Hugues qui espère bien pouvoir passer au bar à salade à temps, entre deux tractages. En effet, Najat et le reste du gouvernement socialiste donnent trop de boulot à son mouvement. Sans compter les élections étudiantes qui approchent et les réunions de NouS les Jeunes, le mouvement du seul président de la République légitime, Nicolas Sarkozy.

Posté à l’entrée de Assas, Hugues dévisage la fille là-bas, qui tracte pour les socialopes (enfin l’UNEF). Lui, au moins, son mouvement n’est pas rattaché à un parti politique… Hugues est paré au combat militant : un tract dans la main, l’autre dans la poche, il a laissé son manteau à une place à la BU avec son sac pour faire plus cool, plus détendu. Il porte en effet son pull de l’UNI qui lui colle (littéralement) à la peau, il a apposé dessus un autre autocollant de l’UNI (pour faire comme les syndicalistes à la télé), a un jean faussement délavé deux tailles trop basses et enfin des stan smith qu’il a usé cet été à St Tropez.

Hugues baisse la tête lorsqu’un militant de la Cocarde déchire son tract. Il ronge son frein : lui, Président de la République ou grand avocat d’affaires, on regrettera de ne pas avoir pris son tract sur lequel trône fièrement la signature imprimée en masse de Nicolas S.

Sur son Apple Watch, il voit que c’est l’heure du déjeuner. Bombant le torse (et recollant son étiquette de l’UNI quelque peu malmenée par ce dur labeur) il approche la petite brune qui lui plait. Hugues est persuadé de son succès futur, même si elle est en couple : c’est pas parce qu’il y a un gardien qu’on ne peut pas marquer de but.

Et puis Hugues est célèbre à la fac : il a posté sur tous les groupes de promo, a été spotté, son nom est apparu dans un communiqué des LR (dont il est d’ailleurs membre fondateur). Pour conclure, il a même cru déceler de la malice dans un regard qu’elle lui a jeté tout à l’heure en amphi…

Et puis les hommes politiques sont des séducteurs invétérés avec leur charisme et leur éloquence… Pour la séduire, il lui parle de la loi Travail et de… ah ! Une de ses amies a un problème de cœur elle revient… Pas de galère, Hugues est galant, partage une publication de Hollande Dégage ! et twitte une insulte à Gérard Filoche. Il déjeune ensuite tout seul (avec son pull de l’UNI mais sans l’autocollant perdu dans le hall) à une table du Cujas en lisant le Figaro Magazine qu’il a piqué à son père ce matin. A travers les vitres, il voit un amphi se vider… c’est reparti ! La droite, elle se construit partout, quel que soit le temps, le lieu, c’est grâce au terrain que cette année, Hugues sera enfin élu au CA. Et ensuite, direction l’Assemblée Nationale.

Quelques heures de tractage (et quelques tracts distribués) plus tard, Hugues voit arriver un groupe de 4 blousons en cuir. C’est les antifas, c’est certain, son pote de Tolbiac lui en a parlé. Caché derrière les vitres blindées, Hugues commande son Uber pour rentrer en toute sécurité chez lui (et avoir enfin son chauffeur comme papa).

Le soir, c’est réunion jeunes républicains avec Claude Goasguen. La moitié manque à l’appel mais ce sont des traitres qui soutiennent quelqu’un d’autre que le Président légitime des LR, Nicolas Sarkozy. La réunion a été donnée dans une brasserie traditionnelle et familiale de la place du Trocadero (là où le candidat légitime de l’UMP, Nicolas Sarkozy, avait clamé son discours).

On y parle Bolloré et affaires, parce que le parti est là pour former les jeunes comme lui a appris Geoffroy Didier lors d’une réunion d’appartement. Hugues fait attention à ce qu’il dit : quelques blagues sur les roms, mais on est là pour dénoncer le discours haineux du FN. Ensuite, on trinque à la bonne franquette son verre de coca. A la fin de la soirée, le responsable des jeunes offre sa tournée de demis de Kro. Quelques-uns, alcoolisés, osent même une cigarette.

A 20h, Hugues rentre chez lui exténué. Il repasse en courant par l’escalier de service pour cacher son odeur de cigarette. Il enlève ensuite son pull de l’UNI après y avoir recollé un autre autocollant et se met sous sa couette couleur drapeau français. Avant d’éteindre sa lumière, il jette un regard au poster légitime de Nicolas Sarkozy et s’endort doucement…


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