Les Normcores, ces bobos refoulés

Mardi, Libération se plaçait en faveur de la cause bobo dans un article intitulé « Et si on fichait la paix aux bobos? ». C’est vrai que les insultes fusent, un peu plus et on oserait plus sortir son jus de goyave à la « pause dej » en public. Les amalgames se font de plus en plus fréquents : une moustache et pas grand chose de plus feront de toi le hipster type -ou portugaise-. Des écouteurs en bois de hêtre japonais et c’est l’épidémie bobo.

Aujourd’hui, c’est sans taquiner l’amalgame bobster que nous proposons une réconciliation entre ceux qui se partagent le tout Paris.

Un troisième rival a fait son entrée sur la scène fashion, foodies et autre instaconnerie, balayant d’anciennes querelles : maintenant tu bois ton jus papaye-goyave-poussière de fée et tu te tais.

Place aux Normcore. Contraction de « normal » et « hardcore », ce phénomène a vu le jour il y a quelques temps dans les rues de Soho.

Sa définition (parce que oui, ça en a une) : Attitude sociologique de jeunes gens souhaitant montrer leur normalité.

Aux antipodes de l’hipsterisme selon certains, il est le reflet évident d’un bobsterisme excessif pour d’autres. Décryptage.

On en a vu des touristes mal sapés, sandales Geox, chaussettes Decathlon, Bob vissé sur la tête et petite chemise manches courtes. Cette simplicité outrageante s’est transformée en mode.

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En gros le hipster taille sa barbe négligée, le bobo repasse ses jeans boyfriend, le Normcore a en plus le bon gout de se saper comme un sac.

Néanmoins, ne pas confondre le Normcore avec le pauvre type. C’est ce goût de la mesure qui s’empare du Normcore à chaque fois qu’il craque pour une polaire Gap vert kaki. Le Normcore ne fait pas de folies, il connaît la valeur des choses et ne s’embarrasse pas de futilités fashion. De toutes façons il naît fashion.

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Quelle différence avec le bobo alors ? Si le bobo privilégiera13149872_579657458859898_1934140900_n.jpg des vêtements informes c’est pour leur lin des Caraïbes qu’on ne trouve que chez Muji trois mois par an. Quant au Normcore, c’est chez Kiabi qu’il trouvera ses plus beaux articles.

Ode au non style et au bas de gamme, le Normcore a un goût du risque que le bobo sait mesurer. Et oui, le hipster ose les noeuds pap’ en verre soufflé, le bobo le foulard indien rapporté d’Alaska, le Normcore quant à lui ose l’immonde polaire Quechua que tu vomissais dans tes jeunes années ou…

La birkenstock.

Presque aussi polémique qu’Alain Finkelraut à Nuit Debout, elle illustre parfaitement la limite entre Boboisme et Normcorisme.
Une chaussure à la limite de l’indécent puisque cousine des tatanes de mémé qu’on doit supporter à la plage.

Concept simple qui semblerait convenir à la tendance Normcore : pas trop chère, pas trop belle (faut pas déconner quand même), jusqu’ici elle semblerait convenir à nos adeptes du « je porte des horreurs mais comme je suis beau tout me va ». Malheureusement trop mode…

En bref : Normcore = style pauvre type sans l’effet mode.

Du Jean à la coupe non identifiée aux chaussettes qui se dressent jusqu’à Saturne, tout y est pour en faire un parfait plouc. Mais OÙ se cache donc son style?
Concrètement le Normcore n’a aucun style et c’est ce qui fait tout son charme : un hipster qui s’ignore en somme.

Rester mesuré tout de même, le Normcore n’est pas un fashion Kamikaze.

Ce hipster fatigué de voir son clone à chaque coin de rue prône la différence par l’indifférence dans une société qui recherche l’originalité. On oublie les K-Way fluo qui font de toi un stabilo et on préfèrera le ciré Gamm Vert de papi. Moins ton style sera ostentatoire et plus tu seras dans le ton.

Toutefois on perçoit différents degrés qui rendent le Normcore plus ou moins tolérable.

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1) Le hipster à la retraite
L’époque où ses chemises péruviennes étaient encore signe d’une grande originalité étant révolue cet adepte du « think good feel good » se dit que finalement il préfère feeler good sans se prendre la tête vestimentairement. (Ok les jus orange fraise il peut pas s’en passer et il cèdera parfois à l’appel d’un revers à la cheville).

2) Le bobo qui s’ennuie
Lassé de traverser Paris pour des espadrilles tressées à la main par des abeilles, de toutes façons tout le monde pense que tu les as achetées sur le marché. Plus la peine de faire des kilomètres jusqu’au Marais à pieds (en plus tu vas les flinguer tes shoes). Soyons normaux mais cette fois-ci pour de vrai = cet été tu mets des tongs.

3) Le Normcore sans glaçons

L’être non mesuré. Lui il prend tout en XXL au cas ou son corps fluet ne passe pas par le trou de la manche de son tee-shirt loose qu’il a en blanc, blanc cassé, blanc copie blanche, gris, gris béluga, gris panthère de chine. Plus il aura l’air d’un épouvantail et mieux ce sera. Bah oui le Normcore pur jus est beau, et il le sait.
C’est un peu comme mettre une princesse à la Cour des miracles. T’inquiète qu’elle va buzzer Blanche-Neige.


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From Novembre magazine. Photo: Nicolas Coulomb


Une simplicité qu’il est en somme le seul à percevoir. Quoi qu’il en soit il est persuadé d’être unique, unicité renforcée par cette absence de personnalité vestimentaire. Comment le différencier alors… Rassurons nous, le véritable plouc ne s’empresse pas de commander un virgin mojito qu’il se fera livrer à domicile sitôt finie sa virée shopping chez Tati.


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