Primaires : de l’autre côté du périph’

Paname ?

En ce jour de second tour de la primaire de la droite et du centre, un favori inattendu semble planer au dessus de l’élection : François Fillon. En réalisant la surprise, il s’est attiré la lumière médiatique qui ne lui veut pas que du bien. Peut-il déjouer la machine qu’il affronte en parlant droit au peuple ? 
La réponse se trouve-t-elle de l’autre côté du périph’ ?


François Fillon : le candidat du peuple ?

L’ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy s’est fait discret durant les longs mois qui ont précédé les débats télévisés. Avec une belle fin de campagne, il est devenu troisième homme annoncé¹ puis large vainqueur du premier tour².

Cette avance considérable a bousculé le candidat encensé de la caste médiatique : Alain Juppé. Une large partie des scribouillards parisiens s’est donc mis en tête de lutter contre l’ultra-turbo-libéralo-réac Fillon.

Google Actualités — florilège

Tous les axes de son programme et de sa personnalité sont passés en revue à travers le prisme du bien et de la moralité. Est-ce bien productif ?

François Fillon n’a pourtant pas atteint les 44% en réalisant des scores de dictateur africain dans les bastions réactionnaires de France. C’est une très large majorité de la carte électorale qui a porté le sarthois à un tel niveau.³

Carte des résultats par départements — 1er tour — Le Monde

Une belle frange du peuple français de droite — et quelques intrus qui ont bien voulu participer aux frais de campagne⁴ — a accordé sa confiance à François Fillon. En restant hors des querelles de plateau et en parlant au peuple, il a su devenir son candidat légitime. L’électorat est cependant volatil et le septuagénaire bordelais n’est pas encore à enterrer.

Peut-il alors conserver cette confortable avance sur son rival Alain Juppé malgré l’offensive médiatique orchestrée tant par les équipes du maire de Bordeaux que par certains journaux plus attachés à leur ligne éditoriale et à leurs subventions qu’à leur déontologie ?


Le périph’ : une barrière insurmontable ?

Image du film Banlieue 13 — Ultimatum

Derrière l’image du périphérique parisien repose un combat politique qui n’a rien de novateur. Celui du peuple face à ses élites en lesquelles il ne croit plus.

Plus encore, sont tenus pour responsables des échecs économiques et politiques tous ceux qui incarne de près ou de loin “l’élite”. Alors quand une partie de la presse, des intellectuels et des célébrités s’est liguée contre la campagne de Fillon, celui-ci n’a pas manqué de tirer à vue.

Des tweets de Pierre Bergé⁵ aux couvertures de Libération⁶, tous semblent visés des boulets rouges savamment propulsés par François Fillon dans ses dernières interventions publiques. Le “petit microcosme” qu’il dénonce sur RTL lui rend-il service en l’attaquant ?

La lassitude et le dégoût des nombreux français qui ne se reconnaissent plus dans leurs représentants, qui méprisent certains intellectuels qu’ils nomment “bien-pensants” et qui font chuter les ventes de presse porteront-ils davantage Fillon ?

C’est une forme de populisme que l’anti-parisianisme, pratique de surcroît car les habitants de la capitale ne semblent pas le sanctionner par le vote, sans doute n’y voient-ils qu’une dénonciation du sérail.

Un populisme de dénonciation donc, pas franchement innovant, pas vraiment nocif, plutôt efficace.

Une matrice néanmoins usée

Si l’image du périphérique fait mouche, elle fait néanmoins référence à une matrice usée, dépassée. La fameuse “caissière du Prisunic⁷” du boulevard Saint-Germain a-t-elle d’autres préoccupations au cœur que la caissière du Super U de Belleville-sur-Vie ?

Peut-être fallait-il dénoncer directement la source des rires que le candidat-favori a dit essuyer. Certains journalistes, intellectuels et politiques bien loin des soucis de “la France d’en bas”.

Tous pensent aiguiller la France et ses “petites gens”, éduquer le peuple, lui rendre service.

Les gens se vengent des services qu’on leur rend.

— Louis-Ferdinand Céline


[1] Premier débat de la primaire, Ipsos, 16 oct. 2016

[2] Un sondage donne Fillon vainqueur, Ouest-France, 25 nov. 2016

[3] Les résultats de la primaire, Les Décodeurs Le Monde, 21 nov. 2016

[4] Sans la participation des électeurs de gauche, François Fillon aurait probablement remporté la primaire dès le premier tour, Atlantico, 21 Nov. 2016

[5] Pierre Bergé compare les électeurs de François Fillon à la “France pétainiste”, L’Express, 24 Nov. 2016

[6] Quand Libération voit Thatcher à travers le visage de François Fillon, Atlantico, 22 Nov. 2016

[7] Alain Juppé évoque “Prisunic”, des magasins qui n’existent plus depuis 2002, L’Express, 13 Nov. 2016

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