LE VOL NUPTIAL

(Nous rappelons que les opinions de nos contributeurs n’engagent qu’eux et ne lient en aucun cas la rédaction de la Pravd’Assas, ndlr)


Je n’étais qu’une  »Aileron » riche de mon incompétence lorsque s’ouvrit à mes yeux la passion de l’aéronautique. Celle-ci avait le panache et la vigueur de Jean de Flaghac, président des Ailes d’ Assas. J’aurais pu l’admirer pendant des heures, me renseigner sur lui pendant des nuits, mais nous devions partir tôt le lendemain pour l’aérodrome de Tours. En un battement d’ailes, j’étais éprise de ma nouvelle passion et pour rien au monde je ne l’aurais lâchée. Oh! Que j’étais heureuse à l’idée de monter au septième ciel avec Jean,Théophile et Martin. Avec eux, je savais que dès mon premier vol j’en prendrai plein la vue! Déjà dans la voiture, mes trois braves pilotes m’invitaient à comprendre la valeur des délicieux nuages de lait. Quelle douceur de vivre! Ils me disaient que les nuages étaient le pâle reflet de l’éternité et que s’ils venaient à disparaître, la vie viendrait à flétrir elle aussi. A bien les regarder, ces volumes blancs qui bougeaient dans le ciel étaient aussi indomptables qu’un missile Air-Air voulant pénétrer la carlingue d’un avion de chasse. Je dois admettre une chose néanmoins: je n’avais pas encore les atouts d’une  »professionn-aile » pour saisir instantanément les nuages qui valent la peine d’être regardés. J’étais jeune, inexpérimentée et sans doute un peu intimidée. Pourtant, je n’avais pas peur. Le soleil resplendissait et j’étais entourée d’experts. Que demander de plus pour une première fois en l’air!

Après avoir vérifié le fonctionnement de l’avion, nous pûmes décoller à bord d’un DR-400. C’est Jean qui tenait les commandes et les deux autres garçons m’avaient nommée co-pilote pour l’occasion! Quelle chance inespérée! En un quart d’heure nous survolions Chenonceaux et tous les châteaux qui vivent au-dessus de la Loire. Au-dessus de Beaugency, Martin voulut tester mes aptitudes psychologiques. Il fit une blague en simulant une fuite. Quelques gouttes se mirent à couler timidement sur le siège où j’étais acculée depuis le début du vol. Mon dieu! Quelle fut ma stupeur! J’en frémis encore, croyez-le. Ma réaction fut de sauter en parachute de plus de 36000 pieds, mais les portes de l’appareil étaient condamnées. Heureusement d’ailleurs, sinon je serais morte asphyxiée et gelée en moins de 4 secondes ! Acrobaties après acrobaties, tout l’avion finit par partir en vrille. Mais moi, qui suis aussi indomptable que les éléments, je n’avais pas peur de ces prouesses périlleuses. J’en tirais même partie! Remis de nos émotions, le Capitaine Jean me coinça le manche imposant entre les mains. J’étais tellement fière de porter une telle responsabilité, que je mis des gants pour ne pas abimer quoique ce soit! Au fur et à mesure de l’effort, mes doigts commençaient à glisser sous l’effet de la sueur. J’avais chaud! Mes yeux devaient rester rivés sur l’objectif ! Je ne voyais que ça ! Je ne pensais qu’à ça! Alors que le cap était fixé et que nous volions vers Orléans, Jean me gronda en me disant que je bougeais trop vite le manche et que tout le corps de l’avion tremblait à chacune de mes hésitations. Il fallait selon lui, que les commandes soient gérées de façon plus douce afin de prévenir d’éventuelles pannes qui pouvaient faire tousser l’appareil. Quelle sensation! Quelle ivresse! Avec cette barre que je ne voulais plus lâcher, que je tenais avec dextérité, je me sentais maitresse de l’univers. Oui, vraiment! Je me sentais pour la première fois libre et incontrôlable!

Si pour Tchékov «l’Homme est un animal assis dans la fange entrain de regarder les étoiles» le pilote est lui, à l’image de St-Exupéry et du petit prince: il est assis sur son étoile, et parle d’amitié en regardant de gentils moutons blancs depuis des vitres embuées. J’étais alors cette petite princesse éloignée de 1000 miles de toutes réalités. Tous les bonheurs ont une fin malheureusement, et ma jouissance se termina à la nuit venue. Nous étions épuisés par cette journée en l’air et nous devions redescendre pour la soirée! Plus on descendait et plus j’avais hâte de raconter à mes copines et à mon amoureux ce que j’avais accompli avec Jean, Théophile et Martin ce jour là.

Sur le tarmac, alors que prenait fin la piste des étoiles, toute l’association des Ailes d’Assas s’était réunie pour me féliciter! J’avais passé avec brio mon baptême de l’air ! Aujourd’hui encore, je remercie ces trois merveilleux garçons de m’avoir fait découvrir de pareilles sensations! J’ai enfin connu l’extase de voler. Cela m’a permis de trouver au fond de moi-même, des choses qui n’auraient pas pu se dévoiler sur notre fameux plancher des amoureux.

J’ai adoré cette journée et je conseille à tout le monde de vivre ça, au moins une fois dans sa vie !

Si je suis hôtesse de l’air aujourd’hui, et si je vis de ma passion pendant encore de longs jours, c’est sûrement grâce aux Ailes d’Assas ! Alors merci du fond du… «coeur» (ndlr) à cette association dévouée corps et âme à l’aéronautique !

Théophile de Proyart


La Pravd’Assas est aussi sur Facebook :

https://www.facebook.com/lapravdassas/

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s