Moi Journaliste

Ce vendredi 3 février, le journal La Croix publiait un dossier sur la perte de crédibilité des médias français. La confiance des citoyens envers les journalistes n’a pas été aussi faible depuis 2002, l’année où, malgré tous les pronostics et sondages, l’extrême droite était présente au second tour de la présidentielle.

Parmi les trois pages de l’article, un chiffre a attiré particulièrement mon attention : 67% des Français pensent que les médias ne sont pas indépendants face aux pressions des partis politique et du pouvoir.

Ce chiffre m’a fait penser à l’étrange relation qu’ont entretenu François Hollande et les médias ces cinq dernières années.

Journaliste et politique, deux intérêts distincts

Les objectifs des politiques semblent à première vue antithétiques à ceux des journalistes. Les uns agissent quand les autres contrôlent. C’est pourquoi, jusqu’à il y a dix ans, la relation entre les Présidents de la Cinquième République et les journalistes était teintée de méfiance et donc de distance.

Charles de Gaulle, par exemple, ne se souciait que très peu des médias. Et pour cause, ils étaient muselés par l’exécutif. Il avait même un journaliste attitré nommé Michel Droit à qui il accordait des interviews emplies de complaisance. François Mitterrand, lui, classait les journalistes en deux catégories : ceux qui savent écrire et les autres. Sous la présidence de Nicolas Sarkozy, le rapport entre l’exécutif et les médias a commencé à évoluer. Les journalistes étaient omniprésents dans le quotidien du président mais il ne voyait en eux qu’un moyen de se glorifier et de satisfaire son ego.

« Le rédacteur en chef de toute la Presse française »

La relation entre François Hollande et les journalistes est beaucoup plus complexe et pour cause, c’est une relation ambiguë qui dure depuis plus de trente ans. François Hollande fut entre 1985 et 1986 l’un des rédacteurs de la rubrique économique du journal « Les Matin de Paris ». Peut-être est-ce de là que lui vient son intérêt particulier pour le monde des journalistes.

Depuis ses débuts en politique, il a toujours voulu plaire aux détenteurs du quatrième pouvoir. Avant son investiture à l’Elysée, cette connivence se traduisait par le nombre important de « off  » qu’il accordait aux journalistes. Cette pratique consiste à tenir une discussion informelle avec un journaliste afin de lui donner quelques informations intéressantes tout en gardant l’anonymat. Ces propos sont introduits dans les articles de presse par des expressions tels que « Selon un proche de … ».

Par ses indiscrétions, François Hollande a pu se créer un réseau de journalistes prêt à l’écouter.

Il fut également, dit-on, l’un des grands informateurs du Canard Enchainé. Cela ne parait pas absurde lorsqu’on l’entend vanter son intégrité morale lors des bilans de son quinquennat. Pour avoir tant alimenté les colonnes des journaux pendant près de trente ans, les journalistes lui ont attribué le surnom ironique mais affectueux de « rédacteur en chef de toute la presse française. »

De l’admiration à la destruction

Ce lien particulier lui a permis, il y a cinq ans, d’être porté par toute une partie de la presse française. Sa spectaculaire ascension lors de la primaire de la gauche et sa préoccupation pour la liberté de la presse en ont fait un candidat soutenu par les médias. Il souhaitait contraster avec Nicolas Sarkozy qui avait mis en émoi l’ensemble des journalistes avec sa réforme de l’audiovisuel public. D’ailleurs, dans sa célèbre tirade « Moi Président de la République », le cinquième point était : » je n’aurai pas la prétention de nommer les directeurs des chaînes de télévision publique, je laisserai ça à des instances indépendantes. » Il avait également annoncé qu’il organiserait des conférences de Presse beaucoup plus régulièrement que son prédécesseur. Une promesse qu’il ne tiendra finalement pas.

Et puis, François Hollande a déçu. Les journalistes se sont détournés de lui, des « Unes » de journaux de tous bords le tournant en ridicule ont été publiés sous son quinquennat.

En voici quelques exemples :

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Ironiquement, lui qui affirmait pouvoir manipuler les journalistes à sa guise, dans le livre Conversations privées avec le Président, a dû abandonner l’idée d’un second mandat à cause d’un autre livre écrit par des journalistes : « Un président ne devrait pas dire ça ».

Les conséquences de l’instabilité de cette relation médiatico-politique

En réalité, cette nouvelle relation s’inscrit dans un processus beaucoup plus large. L’omniprésence de l’information et des médias ces dernières années a créé une interdépendance entre les journalistes et les Hommes politiques. Or, les médias et les politiques traversent en même temps une période de crise. Les français se détournent de la politique et n’ont plus confiance envers leurs journalistes. Alors, ils se tournent vers les réseaux sociaux pour s’informer mais ils ne sont pas dupes et savent que ce terrain est miné de fausses informations. Toujours selon l’enquête du journal La Croix, 73% des personnes qui s’informent sur les réseaux sociaux ne font pas confiance aux informations qui y circulent. Alors, comment peut-on s’informer correctement ? Pour répondre à cette question, c’est un système entier qu’il faudrait repenser.


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