Chronique d’une danseuse #4 : L’ange des chorégraphes, Pina Bausch

Qui connait Pina Bausch ? Il y a bien évidemment les danseurs cachés dans cette université, mais aussi ceux qui ont eu l’immense privilège de suivre des cours d’allemand pendant leur scolarité. Mais aussi ceux qui regardent Arte ou France 5. Ceux qui ont des personnes cultivées dans leur entourage. Ceux qui lisent cet article ? En somme, quasiment tout le monde. Et c’est une victoire pour le monde de la danse contemporaine.

Cette chorégraphe, et aussi danseuse, allemande est morte d’un cancer avant l’été 2009. Raison de plus pour ne pas fumer, vous allez mourir avant la période des shorts courts et des bikinis. Elle a fondé la compagnie de danse Tanztheater Wuppertal, qui danse toujours aujourd’hui. Même si la plupart des danseurs de la compagnie originelle ne dansent plus, il en reste comme Dominique Mercy, Nazareth Panadero ou encore Fernando Suels Mandoza. Les danseurs ne repartent pas de chez elle, ils restent pour transmettre son héritage. Dans les interviews faites de ses danseurs, tous parlent de sa sévérité et de son intransigeance. Mais les œuvres qu’elle produit ne laissent pas de doute : c’est avec elle que la danse contemporaine s’exerce dans toute sa beauté. Cette troupe passe régulièrement à Paris, au Chatelet. A chaque fois, les places partent aussi vite que pour le concert de U2.

Mais pourquoi un tel engouement pour quelque chose d’aussi étrange ? C’est ce que vous vous demandez n’est-ce pas ? Effectivement, la danse-théâtre n’est pas ce qu’il y a de plus facile à appréhender. Il ne s’agit pas comme en lyrique de faire dans le narratif sublimé par la danse et les prouesses techniques. En créant chacune de ses pièces, car il s’agit de pièces et non de ballets chez Pina, elle cherche au plus profond de chaque danseur, crée un véritable rôle de composition pour chacun, ils ont tous leur moment sur scène, sans que cela n’altère le fil rouge de la pièce.

Entre les moments solos, les duos, trios, tous prenants à leur façon, il y a de formidables unissons : les rondes à la Pina Bausch. Il y en existe des connues, comme celle sur les quatre saisons, où les danseurs marchent en mimant d’un seul geste le soleil, la feuille qui tombe, le frisson du froid, l’herbe et recommence, en étant tous les uns derrière les autres, en marchant sinueusement. Mais il en existe bien d’autres, comme dans Viktor. Celle-ci ne traduit pas la béatitude, mais une affreuse sensation d’oppressement, où l’on veut juste s’en échapper, que les danseurs partent de la scène. Pina, par la répétition de gestes très simples, arrive à faire passer n’importe quelle émotion.

Alors vous avez peut-être vu des extraits bizarres, où il y a soit de la terre, soit des fleurs, soit de l’eau qui recouvre la scène. Ou bien des passages où les danseurs hurlent, ou bien restent totalement immobiles. Peut-être n’était-ce pas le meilleur choix. Ces moments sont les plus beaux, oui, mais lorsque l’on a vu le reste, lorsque l’on a compris qu’il ne s’agit jamais d’une histoire racontée en dansant, mais toujours d’un thème. Les relations humaines, l’amour, la violence, le mort. Voilà ce qui construit les œuvres de Pina. Elle a créé quelque chose qui ne s’éteindra jamais, quelque chose qui continuera à inspirer chaque danseur, et chaque chorégraphe, quel que soit son style de prédilection, parce qu’elle a su être universelle.

Juliette Berthou-Jugan


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