Des bienfaits de l’acharnement médiatique

On se frotte les mains

Alors que François Fillon a annoncé avant-hier midi qu’il continuait sa campagne présidentielle, il fallait bien s’attendre à un déferlement médiatique condamnant sa décision. Les premières réactions politiques ont suivi quasi immédiatement la déclaration. Depuis hier matin, certains appellent à parrainer Juppé. Beaucoup quittent le navire. Peut-on néanmoins tirer un quelconque bénéfice d’une situation d’adversité avec la presse ?

Oui.

L’époque est folle. En 2017, être frontalement contre les médias n’est pas une fatalité de carrière, cela peut même être utile. Encore faut-il savoir s’y prendre.

Certains font de cette adversité un choix de campagne, c’est le cas aux États-Unis de Donald Trump, je vous invite à relire le brillant article de ce jeune auteur :

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En France, Marine Le Pen s’impose en meneuse de jeu de la critique médiatique. Cette posture est d’autant plus évidente pour elle qu’elle semble être la cible première et principale des attaques journalistiques. A tort ou à raison cependant, ce billet ne pose pas en juge du contenu mais en observateur de la méthode.

Une posture anti-médias largement réaffirmée

A l’inverse, de manière logique et constante, les médias ne suffisent pas à faire une élection. Une forte présence médiatique ne reflète pas nécessairement la réalité des sondages et projections.
Au regard des chiffres posés par Marianne dans l’article “BFMTV diffuse autant de Macron que de Fillon, Hamon, Mélenchon et Le Pen réunis !”, la candidate en tête des sondages est diffusée presque 7 fois moins que Emmanuel Macron. Choix de l’intéressée, certes, mais qui ne semble pas lui causer de tort dans sa campagne bien huilée jusqu’ici.

Source : Marianne — Powered by Piktochart

S’il est donné que les médias ne font pas une élection, il n’est pas pour autant évident que leur adversité peut être utile.


Pourquoi ?

Les causes des bienfaits de l’acharnement médiatique sont diverses. La défiance des citoyens envers les représentants et les institutions, le développement des médias parallèles sur internet, la facilité de propagation de rumeurs simili-complotistes : tout y est pour un socle anti-médiatique solide.

L’abaissement général de la qualité des médias et l’effondrement du niveau intellectuel d’une grande partie des journalistes viennent huiler ce phénomène. 
Il est prévisible quand certains s’enferment dans des caricatures du “camp du bien” (cf. article de H16 pour Contrepoints) que des citoyens se positionnent en opposition à de pareils clichés.

Même les plus atypiques des soutiens de François Fillon comme Frigide Barjot lancent des pétitions de soutien face au “désastre démocratique”. 
Pour défendre le candidat face au complot médiatico-judiciaire dénoncé, l’on organise même des marches. Tout un programme. So 2013.

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A la vérité, pour représenter graphiquement l’effectivité positive et négative de l’acharnement médiatique, il semble que de manière schématique (donc absolument non mathématique), l’on soit face à une courbe de Gauss.

Par efficacité on entend capacité à discréditer le candidat ciblé, par intensité l’on envisage tant la virulence que la durée des attaques.

Courbe de Laplace-Gauss schématique

Il est de bon sens que des attaques médiatiques de faible intensité ont peu d’effets. Macron n’a pas souffert des accusations qui le nommaient dans une affaire de détournement de fonds de Bercy peu relayées.

En revanche, il a clairement été constaté récemment qu’un lynchage médiatique intense et de longue durée entraînait une réaction inverse, de doute d’abord envers la bonne foi des médias puis de soutien face à l’acharnement. L’enquête annuelle Kantar TNS pour la Croix montre une réalité simple : en un an, la confiance des Français dans la télévision a baissé de 9 points, 7 pour les journaux, 3 pour la radio.


Quelle réaction ?

Face à cette nouvelle tendance de media-bashing, les réactions sont multiples.

Il y a bien évidemment les habitués comme Jacques Attali qui pensent que les médias n’en font pas assez. Fine lecture.

En reportant à plus tard les critiques raisonnées qu’ils devraient lui adresser dès aujourd’hui, en traitant le Front National comme un parti démocratique et fréquentable, ils risqueraient d’etre considérés par l’Histoire comme ses alliés objectifs.

Il y a ceux qui ne changent pas de casquette, qui redoublent d’efforts, qui s’accrochent et espèrent. Pourquoi pas ?

Le procès du “tribunal médiatique” instruit par François Fillon et ses soutiens dans le “Penelope Gate” n’est pas une offense faite aux médias, mais aux citoyens

De manière plus générale, il y a une prise de conscience de la méthode.

La presse et les intellectuels figurent au premier rang de ceux que le FN désigne comme ses adversaires. Selon Marine Le Pen, les « médias ont perdu la confiance des Français ». Il n’est donc pas étonnant de l’entendre s’en prendre à la presse ou aux « médias officiels », selon le vocabulaire frontiste.

Et enfin il y a ceux qui au-delà de la prise de conscience, font un travail de remise en question et de compréhension, sur l’exemple de Donald Trump et du traitement journalistique.

Les mêmes médias qui couvrent de fange la fâcheuse sphère et les fake nauséabonds d’Internet n’hésitaient pas à pratiquer la coprophagie médiatique, comme si, pour contester la légitimité du président impie, les pires moyens devenaient légitimes, dans la grande tradition géométrique et variable de la gauche morale.


Ensuite ?

La seule question qui vaille. Où cela mène-t-il ?

La priorité absolue, c’est la prise de conscience. Derrière ce travail de sape des campagnes électorales des candidats jugés incompatibles avec la justepensée journalistique, il y a une violence symbolique. L’on parle de “lynchage médiatique” aux termes de Guy Coq et Charles Conte, ce qu’ils décrivent comme remplaçant du pilori moyenâgeux.

Il ne s’agit pas d’arrêter la critique, de tuer les lignes éditoriales, les prises de position politique. Il n’est cependant plus envisageable de tacler chacune des sorties de Marine Le Pen et de François Fillon pour ensuite se plaindre de leur faible enthousiasme envers les médias.

Par ailleurs, si Marine Le Pen a possiblement déjà fait le chemin suffisant pour être renforcée par les attaques journalistiques, il n’est pas inconcevable que François Fillon le fasse à son tour. L’on commence à voir fleurir dans les meetings du porte-étendard des Républicains des militants farouchement remontés envers la presse.

S’il peut enfin sembler bénéfique d’attaquer frontalement les médias, il paraît néanmoins difficile de s’en priver complètement. Cette construction par opposition peut fédérer et consolider un socle électoral mais n’est pas suffisante à la victoire.

Le jeu de l’information n’est pas la pierre angulaire d’une élection. Le vrai problème est ailleurs. Le conseiller Jean-Luc Mano le disait ainsi :

Les gens qui vont voter FN le font en fonction des difficultés rencontrées dans leur vie et non sur le fait que les journaux ne sont pas gentils avec leur candidat.

A presque 50 jours avant le premier tour de l’élection présidentielle, les médias peuvent toujours s’adoucir… Belle sinécure que de résoudre les problèmes du quotidien pour empêcher tout vote FN.

Pendant ce temps, d’autres festoient sur les erreurs des uns…


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