Voter contre ne suffit pas.

(Nous rappelons que les opinions de nos contributeurs n’engagent qu’eux et ne lient en aucun cas la rédaction de la Pravd’Assas, ndlr)


Il y a très exactement 15 ans, un véritable coup de tonnerre ébranlait le ciel bleu azur de la vie politique française. Une incompréhensible convulsion populaire propulsait le Front National au second tour de l’élection présidentielle, provoquant l’indignation générale et la parution d’une chanson de Saez. L’heure était grave, et les électeurs furent envoyés en masse soutenir « le seul candidat véritablement démocrate », Jacques Chirac, afin de « sauver nos valeurs ».

Le combat s’annonçait rude, et ce fut pour toute la classe politique l’occasion de s’engager. « Sauvez la République, et nous tirerons des leçons de nos échecs », suppliaient pêle-mêle députés et élus de tous bords, dans un appel relayé par médecins et artistes, agriculteurs et chroniqueurs sportifs, personnalités fameuses et anonymes.

Cela a beau ressembler à un scénario de mauvais film, tout se déroula ainsi, dans le soulagement général. Bien des démocrates convaincus étaient soulagés d’avoir accompli un devoir citoyen. Et bien que, du fait de ma jeunesse, je n’en aie aucun souvenir, le spectacle était – parait-il – de toute beauté. Quel élan splendide soulevait alors la France ! Tous unis contre un extrémisme nauséabond, avec l’impression d’avoir remporté un combat déterminant pour notre pays, et la conviction d’avoir sauvé la République.

Plus jamais ça, jurait la Nation apaisée, plus jamais ça.

Mais le répit fut de courte durée, et en quinze années complètes on ne compte plus les scandales politiques et les échecs retentissants. Sarkozy et Bygmalion, Cahuzac et la Suisse et Thévenoud avec l’administration… Tous les partis de gouvernement semblent touchés, la corruption des élus faisant fi des belles promesses, des déclarations repentantes et des dénégations forcenées.

Et c’est alors le moment de tenir notre grand rendez-vous quinquennal avec ce qui nous sert de démocratie. Mais cette fois-ci, étrangement, cette démocratie que nous affectionnons tant semble avoir disparu sans laisser de traces, alors que le débat s’efface devant les résultats d’un premier tour très disputé.

Et en effet, alors qu’une situation semblable à celle de 2002 se présente, les premiers appels à voter contre le Front National n’ont pas tardé à s’élever.

Cela me révulse.

Voter contre ne suffit pas, voter contre ne suffit plus. Voter contre nous rend bien indigne de nos Lumières que nous sommes si prompts à invoquer, des valeurs dont nous sommes si fiers, et de la devise que nous avons inscrit, dans notre orgueil, sur le fronton de chacun de nos édifices publics.

Si le Front National n’est pas un parti démocratique, comment se fait-il que nous le laissions encore se présenter à chaque élection ? Pourquoi n’est-il pas tout simplement interdit ? Il est inconcevable qu’on s’élève contre ce parti et ses partisans, au prétexte qu’on veut bien le laisser jouer à notre jeu, mais qu’on refuse qu’il en gagne une partie.

Car soyez-en conscients, si cela venait à arriver, les conséquences en seraient assurément terribles. Facebook serait inondé de longs statuts moralisateurs commençants par les mots « J’ai mal à ma France », Twitter de hashtags #PasMonPrésident, et Instagram de photos de nourriture. Le tocsin résonnerait en permanence, l’état de siège serait décrété, et il ne nous resterait plus qu’à attendre reclus dans nos caves la survenance proche de la 3ème Guerre Mondiale et des rafles de juifs et d’homosexuels.

Ce ne serait rien de moins que « la fin du monde tel que nous le connaissons », et d’ailleurs, s’il y en a qui l’ont compris et parfaitement intégré, ce sont bien nos hommes politiques. Quand on y pense, quel loto extraordinaire quand l’on sait que maintenant, à chaque élection, locale ou nationale, il a une forte probabilité de tomber contre un candidat représentant le Front National. Et quand cela arrive, quel bonheur ! Il n’y a alors plus besoin de faire campagne, plus besoin d’imprimer de tracts, plus besoin de soumettre des arguments au débat. Les citoyens s’occupent de tout, et les électeurs feront le reste. A force de répéter depuis 15 ans que le FN est un parti intrinsèquement mauvais, voici que tout le monde a intégré la leçon, et la fait à son prochain.

C’est beaucoup trop facile. Comment notre pays peut-il se contenter de cela ?

Comment un argument qui n’en est pas un peut-il mettre en balance un scrutin si important ?

Cette histoire de front républicain me prend la tête. Qu’on arrête de nous dire de faire barrage, qu’on arrête de nous prendre pour des putain de castors, et qu’on s’attelle véritablement à répondre aux questions que pose celle qui représente à ce jour, et ne vous en déplaise, les opinions de 7 679 493 français.

On nous vante la France comme étant le berceau de la démocratie moderne, un pays dont les valeurs démocratiques et républicaines ont illuminé le monde il fut un temps. Et pourtant, en votant contre un parti au simple prétexte que ce dernier serait « xénophobe, raciste, islamophobe et homophobe », vous êtes véritablement ceux qui nous renvoyez à l’âge des ténèbres.

Que l’on arrête de réduire ce scrutin à une opposition manichéenne entre l’amour de l’Union Européenne et la haine de l’étranger, entre l’entrée dans la modernité et le retour au servage, entre la mondialisation et le protectionnisme. Reprenons les arguments des parties en présence calmement, recréons le cadre d’un débat qui semble ne plus exister, et soyons les citoyens, soyons le peuple que nous souhaitons être, et que nous avons été.

Que l’on porte ce débat sur les arguments en présence. Que l’on porte ce débat sur le terrain des idées. Que l’on porte ce second tour sur les oppositions au sein des programmes. Que l’on mette en évidence les contradictions de chaque candidat, et que l’on fasse honneur à notre démocratie, si décatie soit-elle.

Je réclame que l’on me donne le débat de fond auquel moi, Citoyen de France, estime avoir droit.

Je réclame que l’on me donne le débat de fond que vous, Elus de France, me devez.

Voter contre ne suffit pas.

Guillaume Blanc


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