L’écriture inclusive : l’égalité pour tou·te·s ?

            Après la réforme de l’orthographe, c’est l’écriture inclusive qui vient s’imposer comme le nouveau danger de la langue française. Tout comme l’Académie Française, la plupart des français voient « mal quel est l’objectif poursuivi ». L’idée selon laquelle la langue viendrait façonner les mentalités n’est pas totalement dépourvue de raison, mais dans ce cas précis, ne serait-ce pas opportun de penser que l’écriture ‘inclusive’ serait vectrice d’égalité des sexes?

L’idée erronée d’un langage manipulateur

            Les féministes les plus convaincus sont certains que l’écriture ‘inclusive’ permettrait l’égalité homme-femme. L’idée part du principe qu’inconsciemment, en employant « les écrivains » (forme masculine au pluriel) pour désigner des écrivains et des écrivaines, nous serions influencés à penser que les hommes seraient supérieurs aux femmes et que, de ce fait, nous mettrions les femmes dans l’ombre. Mais les féministes n’essayeraient-ils pas de nous influencer de la même manière en employant le terme mélioratif ‘inclusif’? Ou est-ce juste un moyen de générer un sentiment de culpabilité chez ceux qui seraient contre ? Pour mettre un terme à cette prétendue manipulation du langage, les partisans de l’écriture inclusive proposent d’écrire « les écrivain.e.s » afin de mettre les femmes et les hommes sur un pied d’égalité. Plus symbolique qu’autre chose, on voit alors mal comment cette initiative garantirait une plus grande place aux femmes dans la société.

Une évolution purement symbolique mais inefficace

            A travers l’histoire, les féministes se sont battus pour garantir l’égalité des sexes (droit de vote en 1945, droit à l’avortement en 1975, mixité dans les écoles dans les années 60). A présent, le combat des féministes s’est orienté vers les accessoires du quotidien pour faire évoluer les moeurs. Or, c’est très certainement l’étape la plus compliquée puisqu’il n’y a plus d’objectif concret comme obtenir le droit de vote des femmes. Le combat est alors plus flou, et c’est probablement pour ça que les féministes se réfugient dans les actions symboliques (ex : la féminisation des noms de professions). L’écriture inclusive en est un exemple : il n’y aurait aucun impact direct pour les droits de la femme, mais symboliquement, la place du féminin dans le langage serait égale à celle du masculin.

            La question est alors de savoir si l’écriture inclusive serait efficace pour faire évoluer les mentalités. Il n’y a aucun mal à vouloir utiliser des symboles pour changer les mentalités, mais il ne faut toutefois pas tomber dans l’excès, et c’est malheureusement le cas ici. Finalement, il est assez insultant de penser que les hommes et les femmes se laisseraient si facilement influencer par le langage. Certes, le langage est à la base de toute interaction, mais dans une ère où la place des femmes dans la société ne fait que progresser, il serait très maladroit de penser que nous laisserions de simples accords modeler nos mentalités. En fait, les féministes, par l’écriture inclusive, nous prennent pour des « crétin.e.s ».

Une proposition mal accueillie par l’opinion publique

            Heureusement, rares sont ceux qui ont été séduits par l’écriture inclusive. L’Académie Française est la première à critiquer l’initiative en la qualifiant de « péril mortel » en faisant référence à « cette aberration “inclusive” ». Pourtant, certains sondages laissent penser le contraire, notamment l’agence Mots-Clés qui a publié un sondage affirmant que 75% de la population française était favorable à l’écriture inclusive. En analysant de plus près le sondage, on constate que seulement 12% des sondés avaient compris qu’on parlait de l’écriture inclusive, le reste pensant qu’on leur demandait d’exprimer leur opinion sur la féminisation des noms de profession. Il n’est alors pas surprenant de remarquer que l’agence Mots-Clés milite pour l’écriture inclusive et a même publié un manuel gratuit et disponible en ligne sur l’écriture inclusive.

            De même, il est intéressant de soulever que même parmi les féministes, nombreux sont ceux qui sont contre l’écriture inclusive. Pour Peggy Sastre, docteur en philosophie des sciences, qui défend une approche rationnelle du féminisme, c’est du “terrorisme intellectuel”. Même la secrétaire d’Etat à l’Egalité femmes-hommes, Marlène Schiappa, ne voit pas l’urgence à appliquer l’écriture inclusive.

Un projet difficilement applicable

            L’écriture inclusive est loin d’être facile à employer et son application au quotidien risquerait de rendre l’éducation des plus jeunes encore plus complexe. Tout d’abord, elle rajouterait des difficultés supplémentaires dans l’apprentissage du français pour les élèves de CP. En outre, il y a un risque de confusions pour les élèves des classes supérieures à qui on a appris toute leur vie d’écrire d’une manière et auxquels on imposerait une nouvelle forme d’écriture. Mais surtout, n’est-il pas plus important de combler les lacunes en orthographe ou en vocabulaire avant de rajouter de nouvelles difficultés ? L’écriture inclusive apparaît donc comme accessoire plutôt qu’indispensable. C’est d’ailleurs sur cet argument que le Ministre de l’Education Nationale, Jean-Michel Blanquer, rejette l’écriture l’inclusive : « On doit revenir aux fondamentaux sur le vocabulaire et la grammaire, je trouve que ça ajoute une complexité qui n’est pas nécessaire.»

            Même si nous décidions d’imposer l’écriture inclusive, cela prendrait des années, voire des décennies, pour qu’on l’applique. La plupart des français ne l’emploieraient pas pour la simple et bonne raison qu’ils ont la flemme: l’écriture inclusive rendrait la lecture pénible et l’écriture laborieuse. De plus, fiers comme les français le sont de ‘la langue de Molière’, il faudrait presque être fou de vouloir y toucher. Michael Edward, membre de l’Académie Française, poète et philosophe, pense que c’est « la chair même du français qui est ainsi rongée » et son esprit frappé d’un « bégaiement cérébral ». Il y a derrière nous des siècles d’écriture, de théâtre, de littérature, de journalisme et bien d’autres arts auxquels on ne pourra jamais substituer l’écriture inclusive. Faudrait-il désormais écrire L’étranger.e de Camus ? Certainement pas. Il faudrait donc attendre des siècles pour que l’écriture inclusive compense toutes ces années où elle n’existait pas et s’ancre réellement dans nos mœurs

            A terme, la cause des féministes est certes noble, mais certains des combats qui en découlent, comme celui de l’écriture inclusive, sont dépourvus d’intérêt. Il faut reconnaître que les femmes ont désormais une véritable place dans la société grâce à l’évolution progressive des mœurs au XXème siècle. Bien qu’il soit primordial de poursuivre les efforts déjà accomplis, rappelons-nous que le mouvement féministe cherche simplement à donner les mêmes droits et opportunités aux femmes et aux hommes. Toutefois, les différences indéniables entre les deux sexes ne devraient pas être étouffées, mais au contraire devraient faire naître de cette hétérogénéité une certaine richesse et complémentarité.

Lucile N.

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