Journalisme onirique et pléonasmes

Au jour d’aujourd’hui, je décide de rédiger par écrit mon plus mauvais cauchemar : considérez cela comme un cadeau gratuit de ma part. Il s’agit d’un rêve impliquant Nadine Morano, des tortues géniales et géantes, un lance-porcs géant et d’autres choses encore. Ma principale priorité ici sera de vous décrire le plus fidèlement possible le rêve en question, ce hasard imprévu de mon subconscient qui a divagué tant et si bien qu’il a mis en commun ces divers protagonistes qui, dans la vie de tous les jours, ne sont par malheur jamais traités ensemble – même dans les médias d’information en continu. Je ne me livrerai ici, toutefois, qu’à un bref résumé de ce rêve.

Dans mon rêve donc, que je soumets aux lacaniens, jungiens et freudiens, Nadine Morano ne marchait pas à pied, mais chevauchait une immense tortue en rase campagne. Elle était encore plus rouge que d’habitude, bien mal fagotée et portait une fausse perruque. Les orteils de ses pieds bien mis à l’étrier, elle vociférait des menaces aux alentours munie, dans sa main gauche, d’une sorte de lance-patates géant qui, en vérité, ne servait pas à balancer de simples pommes de terre, mais des petits porcinets. Il me semblait la voir de mes propres yeux aussi distinctement que si je ne rêvais pas. À un certain moment donné, je crus même avoir la preuve probante que j’étais en état de veille. Puis, me rappelant les paroles de Descartes – « j’ai ici à considérer que je suis homme, et par conséquent que j’ai coutume de dormir, et de me représenter en mes songes les mêmes choses, ou quelquefois de moins vraisemblables, que ces insensés lorsqu’ils veillent. Combien de fois m’est-il arrivé de songer la nuit que j’étais en ce lieu, que j’étais habillé, que j’étais auprès du feu, quoique je fusse tout nu dedans mon lit ! »[1] – je m’apaisais et me convainquais de mon état de songe. Son attitude, cependant, me plongeait dans le mutisme le plus total : pourquoi chevauchait-elle cette tortue géante ? Pourquoi balançait-elle des petits porcinets avec son patator ? Et pourquoi vociférait-elle des mots incompréhensibles en criant aussi fort ?

C’est alors que, moi personnellement, j’entrais en scène. J’étais aux commandes d’un cabriolet décapotable. En musique de fond, on semblait inaugurer pour la première fois l’ouverture de la Symphonie du Nouveau Monde de Dvořák – je croyais reconnaître l’interprétation de Karajan, mais je ne m’y attardais pas tant je sentais le danger potentiel. Bientôt, je talonnais la tortue de près. Je savais d’instinct quelle était ma mission. À l’instar des T-47 Snowspeeders de Star Wars dans leur combat contre les TB-TT, je savais qu’il me fallait détacher un câble autour des pattes de la tortue géante que chevauchait Nadine, un câble qui, si j’arrivais à le dérouler trois tours autour de ses pattes, la ferait alors tomber et la stopperait dans son étrange croisade. Dans le même temps, je sentais que le rêve devenait instable, qu’il était tel un Mikado japonais tenant en équilibre précaire, et qu’il faudrait bientôt me réveiller au son du bip sonore de mon réveil. Entre deux alternatives, la droite et la gauche, j’optais pour la gauche, pensant ainsi énerver Nadine Morano, non par mes paroles verbales, mais par mes actes. Elle m’avait vu, et commença sans raison rationnelle à m’applaudir des deux mains et à s’esclaffer de rire. Dans un dernier baroud d’honneur, au bout des trois tours, je lâchais le câble et la tortue géniale et géante se prit les pieds dedans. Nadine disparut dans les fumées soulevées par la chute de la tortue géniale et géante. J’avais rempli ma mission, j’avais payé ma part d’écot dans le sauvetage de l’humanité. L’aubade du matin, aux échos sonores, résonnait déjà de mon réveil, et m’appelait vers de nouvelles aventures plus réelles sinon moins rocambolesques.

– Au jour d’aujourd’hui.
– Rédiger par écrit.
– Mauvais cauchemar.
– Cadeau gratuit.
– Principale priorité.
– Hasard imprévu.
– Vie de tous les jours.
– Médias d’information.
– Bref résumé.
– Mal fagotée.
– Fausse perruque.
– Marcher à pied.
– Orteils de pied.
– Voir de ses propres yeux.
– À un certain moment donné.
– Preuve probante.
– Mutisme le plus total.
– Crier fort.
– Moi personnellement.
– Cabriolet décapotable.
– Inaugurer pour la première fois l’ouverture.
– Danger potentiel.
– Talonner de près.
– Tours autour.
– Mikado japonais.
– Son du bip sonore.
– Paroles verbales.
– Entre deux alternatives.
– Raison rationnelle.
– Applaudir des deux mains.
– S’esclaffer de rire.
– Dernier baroud d’honneur.
– Payer sa part d’écot.
– Aubade du matin.
– Échos sonores.

Antoine Silvestre de Sacy

[1] Descartes, Méditations Métaphysiques, I

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