Des échelles

Qu’est-ce qu’une échelle ? Instinctivement, on me répond que c’est ce qui m’aide à atteindre les objets en hauteur. Ça commence bien. Il est vrai que cette réponse est logique : une échelle nous aide à aller plus haut, à atteindre un objectif où l’on a besoin d’une aide extérieure. Mais cela nous aide également à mesurer toutes sortes de choses : distance, valeur, douleur, violence. Les échelles font partie de notre société depuis très longtemps, sans que l’on s’en rende compte, alors même qu’on ne savait pas allumer un feu, on avait conscience d’une certaine échelle de sécurité vis-à-vis des animaux sauvages, ou bien de loyauté envers son clan.

Lorsque l’on pense à une échelle, on peut donc se dire que cela permet plus de hauteur. Plus de hauteur concrète, avec une échelle comme celles vendues chez Monsieur Bricolage, qui permettent d’améliorer, de faire des travaux, de progresser d’un certain point de vue. Aussi progresser d’un point de vue intellectuel, comme si l’on accédait toujours à plus de connaissances, placées sur une sorte d’échelle philosophique, avec des paliers, qui nous donnent toujours accès de nouvelles connaissances au fur et à mesure de notre escalade. Et n’oublions pas l’échelle sociale, qui elle nécessite de vraies connaissances en alpinisme si l’on ne veut pas y laisser une partie de sa vie.

Et si l’on peut aller plus haut, pourquoi pas plus bas ? L’échelle peut aussi nous faire descendre, parfois de façon violente, où l’on se prend au passage tous les échelons sociaux, à l’exemple d’un mariage roturier mal vu par notre belle société si ouverte. Sauf que cette éventualité est rare, l’envie de tomber n’est pas commune, ni même un objectif. Qui aurait envie de régresser, de faire moins bien, de viser moins haut ? En somme, d’être une version moins bonne de soi-même ?

En allant plus haut, en choisissant la première solution, on choisit de grimper, échelon par échelon, et d’atteindre un but fixé, un examen ou bien une gouttière. Mais dans des cas plus originaux, comme la douleur, cela signifierait-il que le but est d’avoir plus mal, de même qu’avec la violence ? Serait-ce un début de réponse à la violence croissante de notre monde ? Il se pourrait que notre quête de progression, à tout prix, ai comme conséquence un retour à des interactions primitives. De toute évidence, certaines échelles ne sont pas comparables, mais pas pour autant incompatibles, puisque nous vivons d’ores et déjà avec les deux. Et il ne faudrait pas non plus les étudier de la même façon, puisque qu’elles ne sont pas comparables. En allant plus bas sur certaines échelles, comme celle de la douleur, le résultat est positif, on a moins mal. Mais avec les échelles classiques que l’on a à l’esprit, comme celle de l’ambition professionnelle ou du niveau social, cela est négatif.

Essayons un instant de visualiser autrement : si descendre d’un ou plusieurs échelons sur une échelle d’ambition n’était pas un échec, mais une réussite ? Il faudrait y voir une façon d’aider quelqu’un d’autre à atteindre un objectif, de façon désintéressée. Ou bien en ayant un emploi ou un cursus moins important, une façon pour nous de faire autre chose, de voyager, de se mettre au dessin, d’intégrer une association, de mettre son savoir au service d’autres. Ce ne serait alors plus un échec, mais une succession de petites victoires personnelles.

Alors peut-être y a-t-il un paradoxe dans l’échelle. En bonne application d’une suma divisio, je dirai qu’il y a deux facettes : vers le haut et vers le bas. Je dirai même qu’il n’existe que ces deux solutions, parce qu’on ne peut pas stagner, ni être hors des échelles, quelle qu’elle soit, sauf peut-être lorsque l’on est en train de tomber.

Loin de moi l’idée de théoriser les échelles, il s’agit simplement d’un constat, qui pourrait s’appliquer à une part de nos sociétés. Pourrait-on se détacher des échelles de pensée classiques, et en laisser des plus modernes prendre le pas ? Arriverions-nous à penser autrement pour faire autrement ? Est-on seulement capables d’entrevoir une autre forme de bonheur et de prospérité ? Apprenons à prendre des risques, à faire preuve d’un peu de courage, à prendre en compte de nouveaux points de vue, de nouvelles façons de concevoir le monde qui nous entoure pour rendre chaque but plus désirable pour chacun.

Juliette B-J

Photo d’illustration : La Décoratrice, Alastair Magnaldo

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