La mort ou Konbini

(Nous rappelons que les opinions de nos contributeurs n’engagent qu’eux et ne lient en aucun cas la rédaction de la Pravd’Assas, ndlr)


 

Cela fait maintenant plus d’un an que je ne me résous pas à me désabonner de Konbini. Symptôme d’une époque, s’il en est. Mais je crois dans le même temps signe de bonne santé, puisqu’il est tout à fait sain, voire hygiénique, de continuer à se frotter avec des formes radicales de médiocrité. Sans cela, on se coupe de toute pensée basse et on ne reconnaît pas, par contraste, la pensée haute, la pensée noble, la pensée profonde. C’est un défouloir, en somme – comme le sport. Quand par exemple on déprime et qu’on se sent un peu con : hop ! Un petit coup d’œil sur Konbini et là on se sent résolument intelligent et profond. En un mot, c’est un bon antidépresseur et l’on sait bien que, nous, Français, nous en avons besoin.

kobini

Au début, Konbini n’était qu’une des hydres de ce réseau social bleu que nous connaissons trop. Mais, rapidement, il en vint à devenir l’un des symboles de celui-ci. Ou, en tout cas, un symbole révélateur. Mon but n’est pas d’accabler ces pauvres journalistes hypsters en herbe, mais bien plutôt de prendre leur cas pour mettre en lumière ce qu’ils représentent. En un mot, la nouvelle façon, pour toute une jeune génération nourrie au Fast & Curious et au Speech, d’accéder à « l’information ». L’information, ici, ne désigne plus la culture, mais bien une forme de « vague », une mouvance, un mode de vie, un « lifestyle ». Leur slogan n’en est que l’ultime symbole, tout est pop, tout le devient, tout doit le devenir – en tout cas tout ce qu’ils nous présentent : c’est-à-dire pas grand chose.

Des Fast & Curious, il n’est presque pas nécessaire de mettre au jour la médiocrité : résumer une pensée (pire, une personnalité) en une alternative. C’est quasiment fascisant : tu es plutôt blanc ou noir ? Cette absence de nuance va te définir. C’est sûr que c’est pas bien compliqué. Le but du jeu étant de répondre le plus vite possible, instinctivement. En bref, sans réfléchir. C’est hilarant en plus.

En parlant d’humour, c’est une des spécialités de Konbini : rien ne vaut ces « interview sandwichs » où des quinquagénaires roots sur le retour style Florent Pagny sont interrogés pour savoir combien de joints ils fument (encore…) par jour. L’astuce, la combine, étant de remplacer le nom Marie Jeannette par « sandwich ». C’est là qu’on voit les années d’étude à l’ESJ ou au CELSA. Et puis c’est tordant.

Il y a aussi le côté journaliste d’investigation : depuis qu’ils ont raboché l’autre imbécile de Quotidien, ils pensent qu’ils ont tout ce qu’il faut pour pouvoir traiter des vrais sujets genre sauver les loutres ou interroger avec des yeux de chat une actrice porno sur les harcèlements qu’elle subit.

Et l’on pourrait continuer ad vitam aeternam : la reprise chaque jour de « faits marquants » comme la morts de centaines de dauphins au large d’une quelconque terre, accompagné d’un petit jugement de valeur nourrie à la moraline censé nous faire oublier toute forme d’esprit critique ou d’analyse. C’est fort. C’est presque une machine à rendre les gens idiots. Ou une machine à les abaisser à leur niveau. Si j’étais un adepte des théories du complot style grand remplacement, je dirais que c’est une « Kombine » pour nous rendre con. Orchestré par qui ? Sûrement un complot judéo-maçonnique, comme d’habitude.

Le grand tort de ce média n’est pas lui-même. Qu’il soit si nul importe peu. Ce qui importe, c’est qu’il est représentatif d’un rapport non-hiérarchisé à l’information qui, de plus en plus, se fait par l’intermédiaire de ce réseau social bleu. Comme je l’ai dit, plus qu’un média, Konbini s’affiche comme le porte étendard d’un mode de vie, d’une approche sur les choses dénuée d’esprit critique ou d’esprit d’analyse, mais se résumant à se faire le héraut de la bonne conscience. La bonne conscience comme modèle intellectuel et politique ? Les réseaux sociaux n’ont pas fini de nous dé-cultiver et d’in-cultiver les générations nées avec.

Antoine de Persil

 

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