Une nouvelle victoire pour l’Assas Debating Society

L’histoire de l’Assas Debating Society (ADS) a débuté il y a seulement 10 ans alors qu’Assas venait tout juste de devenir membre de la French Debating Association (FDA). Alors la première Université à rejoindre la FDA, rares étaient ceux qui pensaient qu’Assas ferait le poids face aux ‘Grandes’ Ecoles. Et pourtant, dès sa première année, notre Université a remporté le tournoi.

Ce lundi 26 mars 2018, Assas était de nouveau sous le feu des projecteurs pour la finale du tournoi de la FDA après six demi-finales, et trois victoires (2009, 2012, 2015). Alors que la nuit tombait sur l’Hotel de Lassay, le président de l’Assemblée Nationale, François de Rugy, incitait les équipes à s’inspirer du message de Danton : « de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace ». Et de l’audace, il y en a eu. Depuis sa défaite contre Telecom en 2011, Assas était plus que jamais prêt à prendre sa revanche. A cette occasion et pour fêter le 25ème anniversaire de la FDA, un jury impressionnant a fait le déplacement : M.Nolan, Ambassadeur d’Irlande à l’OCDE, Mme Luquiens, membre du Conseil constitutionnel, Mme Meffre, directrice du Département des Affaires Internationales de l’Assemblée Nationale, M. Chantrey, membre du British Community Committe of France et M. Lemoine, ancien secrétaire général de la FDA.

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Le discours d’ouverture de M. De Rugy

Après avoir opposé en demi-finale la motion « This House Believes that experience is more important than intelligence » (Trad. : Ce gouvernement pense que l’expérience est plus importante que l’intelligence), les membres de l’ADS se sont donc retrouvés face à Telecom pour la grande finale. Les deux équipes ont alors débattues sur une motion qui, il faut l’avouer, était bien moins séduisante : « This House Would rather rebuild than renovate » (Trad : ce gouvernement préférerait reconstruire plutôt que rénover). Une telle motion laissait peu de place à la prise de position : il était difficile de trancher pour un OUI ou un NON, de la nuance s’imposait.

La FDA emprunte son modèle de débat à la chambre des communes anglaise avec un Premier ministre pour débuter, trois speakers qui développent chacun un ou deux arguments et un whip pour reprendre les idées soulevées durant le débat. Les Prime Ministers de chaque équipe ont alors chacun introduit la motion et l’interprétation qu’ils en avaient faite. Un problème de définition était à soulever : reconstruire, est-ce construire à l’identique ? S’il fallait reconstruire la BSG, faudrait-il la reconstruire exactement comme elle était ou bien reconstruire un bâtiment ayant pour fonction d’être une bibliothèque ? Telecom et Assas ont eu tendance à retenir la deuxième solution – reconstruire serait détruire puis rebâtir quelque chose de similaire ou avec une fonction identique. Le terme rénover était moins conflictuel et les deux équipes l’ont toutes les deux compris comme un spectre d’actions possibles pour améliorer ou réparer la version originale.

Telecom et Assas n’ont pas hésité à rappeler plusieurs fois que la motion traitait d’une préférence et non d’un choix : reconstruire PLUTOT que rénover. Logiquement, la préférence entre reconstruire ou rénover, ne devait se faire uniquement dans l’hypothèse où il y avait un choix à faire. On se rend très vite compte que la motion perdait en dynamisme puisque le choix de rénover ou reconstruire doit nécessairement se faire en fonction de l’état de dégradation du bien ou de la situation en question. Il était impossible pour les équipes de limiter le débat à, par exemple, de simples situations de ruine. Le risque aurait été que l’équipe adverse ne délimite pas la motion de la même façon et qu’il n’y est donc plus aucun point de clash.

Selon Telecom, le gouvernement, il vaut mieux reconstruire que rénover en raison des moindres coûts et de la possibilité de se libérer des troubles du passé. Pour l’opposition, rénover permettait d’assurer la stabilité politique d’un pays et maintenait les liens avec le passé (faut-il encore prouver que maintenir les liens avec son passé est nécessaire) alors que la soif de reconstruction du gouvernement ne traduisait que les méfaits d’une société consommatrice. Il est amusant – mais non surprenant – de remarquer que le raisonnement de chaque équipe était très influencé par son université d’origine : Telecom, école d’ingénieur, a eu une réflexion beaucoup plus économique, plus pragmatique, alors qu’Assas a vu la motion d’une façon plus philosophique, plus humaine.

Rénover ou reconstruire. Oui, mais quoi ? S’agit-il de constructions architecturales ? De relations simplement ? D’un régime politique ? Il y avait une infinité de possibilités. Bien qu’ayant touché un peu à tous ces sujets, le débat a beaucoup tourné autour de la reconstruction de bâtiments, de choses ou objets tangibles. Certes, ça a conduit à quelques POIs (points of information) ingénieux : “Everyone remembers the architect, but who remembers the renovators?” (Trad: tout le monde se souvient de l’architecte, mais qui se souvient des rénovateurs ?), “The people who walk everyday into a building that doesn’t fall apart ” (Trad: les personnes qui entrent tous les jours dans un bâtiment qui ne s’effondre pas”.) L’équipe d’Assas s’est mieux dégagée de la conception purement matérielle de la motion que Telecom en développant tout un argument sur les régimes politiques. Le troisième speaker, Dwight Dolin-Dolcy, n’a pas manqué de rappeler avec un air narquois que “democracy, you debate about it, you shout about it… but in the end, you make love about it” (Trad: La démocratie, tu débats à son sujet, tu cries à son sujet… mais à la fin, tu fais l’amour à son sujet).

Ce qui manquait au débat était peut-être la réflexion sur la reconstruction/rénovation de soi-même. Est-il possible de se reconstruire/rénover ? Si oui, lequel des deux choix est le plus adapté ? En France, on emploie l’expression “se reconstruire” mais logiquement, il semble évident qu’on ne peut pas reconstruire une personne : on est forcé de faire avec ce qu’il reste, on est forcé de se rénover.

À terme, des remerciements pour un débat animé et une agréable soirée s’imposent tout d’abord à la French Debating Association qui a organisé une très belle et chaleureuse soirée. Mais surtout, félicitations à l’équipe de Telecom composée de Romain Tinh, Matthias Schaeffer, Adriano Del Gallo, Xavier Thompson et Hanady Abboud (votée Best speaker par le jury), et l’équipe d’Assas coachée par Gabrielle Smart et Wren Sellers, et composée de Sara Haxhi, Emma Fourgeaud, Thomas Burgermeister, Dwight Dolin-Dolcy, Hulé Kechician, Romain Devaux, Alexia Penelle et Delphine Corseaux qui a remporté le tournoi et gagné le droit de garder le trophée durant l’année.

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Lucile Nassif

Illustrations : François Jannin, photographe officiel de la FDA

 

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