Claude Lelouch ou la beauté du « nous »

« Claude Lelouch, retenez bien ce nom, vous n’en entendrez plus jamais parler ».

 

Il y a quelques jours, nous apprenions que Claude Lelouch était de retour à Deauville en compagnie de Jean-Louis Trintignant et Anouk Aimée pour tourner la suite d’Un homme et une femme, cinquante-deux ans après le film qui a lancé la carrière du réalisateur. Portrait d’un metteur en scène qui a dit non à la Nouvelle Vague pour faire du cinéma d’auteur un genre populaire.

Caché, par sa mère, dans les salles obscures pour échapper à la Gestapo, Lelouch se passionne pour le cinéma pendant la Seconde Guerre mondiale. Par la suite, son père lui offre une caméra et il part filmer la vie quotidienne en URSS. En 1957, il se retrouve par hasard sur le tournage de Quand passent les cigognes de Mikhaïl Kalatozov. Le génie ainsi que l’avant-gardisme de l’auteur le subjuguent et le conquièrent, il a trouvé sa mire : être réalisateur. S’ensuivent de nombreux échecs, dont la sortie désastreuse du Propre de l’Homme affublée d’une critique acerbe – des prédicateurs du Grand cinéma – aujourd’hui largement démentie : « Claude Lelouch, retenez bien ce nom, vous n’en entendrez plus jamais parler » publiée en 1960 dans les Cahiers du cinéma.

La même année, Lelouch fonde sa société de production Les Films 13. Mais son projet de tourner Un Homme et une Femme se voit mis en difficulté. En effet, après ses précédents – dits – ratés, il peine à réunir les fonds pour tourner ce film. Au point que certaines scènes seront tournées en noir et blanc, les pellicules de couleur étant trop couteuses. Malgré tout, le film est sélectionné in extremis pour le Festival de Cannes de 1966, et remporte la Palme d’Or.

Un Homme et une Femme, c’est l’amour naissant entre deux personnes ; c’est le cinéma dans le cinéma (les flashbacks, le monde du cinéma, etc.) qu’on retrouvera dans Les Uns et les Autres ; c’est aussi les acteurs qui gardent leur prénom, le jeu délicat, réaliste et défiant l’instantané, les gros plans, les hésitations, une main dans les cheveux, en somme : un tableau de la réalité d’où émane une beauté que l’on ne sait peut-être plus voir.

Lelouch, ce n’est pas seulement un nom, il est une façon de filmer asymétrique, nouvelle et épurée. Ses gros plans balayent les frontières entre nous et le personnage, des émotions mises à nues, des gestuelles qui semblent dérisoires mais révélées par la caméra.

En 1981, Lelouch revient en terre cannoise avec Les Uns et les Autres, considéré comme son chef d’œuvre. Ce film fleuve, de plus de trois heures, nous plonge au cœur de la vie et des conséquences que provoque la Seconde Guerre mondiale au sein de familles allemande, russe, française et américaine. A nouveau, le génie du réalisateur se traduit par des histoires qui s’entrecroisent, des acteurs qui jouent plusieurs rôles, le sublime Boléro de Ravel, ou encore de la danse. Ici, l’atrocité de la guerre et la légèreté de la danse ainsi que les émois amoureux s’opposent, mais ils s’unissent aussi pour illustrer l’antagonisme et l’ambiguïté de l’Homme.

Malgré la tendance de certains « pensifs penseurs » à railler le cinéma lelouchien depuis les années 2000, ne pouvons-nous pas y reconnaître un cinéma à la fois épuré et grandiose, drôle et tragique, malicieux et naïf ? Oui, Claude Lelouch ne raconte pas grand-chose dans ses films, mais il le fait si bien ! Et cela rend son œuvre unique : le cinéma de Lelouch c’est un cinéma qui nous raconte.

 

Alice BASKURT

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