La Rubrique de Culture Générale #1

L’explorateur

« Que savons-nous du monde, de l’univers qui nous entoure ? Les moyens que nous possédons pour recevoir des impressions sont ridiculement peu nombreux, et notre connaissance des objets qui nous environnent est infiniment restreinte. Nous ne voyons les choses que de notre point de vue, et nous n’avons aucune idée de leur vraie nature. Avec cinq faibles sens, nous prétendons appréhender le cosmos complexe et sans limite. »

-Howard Philip Lovecraft

Mais ici, ce sont les audacieux qui écrivent et qui lisent, toujours en quête d’un savoir plus grand, avide de comprendre leur monde, ses mécanismes et ses rouages. Le savoir est à portée de main.

 

Sciences

Nous connaissons tous le « Big Bang » cet évènement cosmique qui aurait marqué le début de l’Univers il y a plus de 13 milliards d’années. Dans les faits, il s’agit d’une affaire un peu plus complexe qui mérite, afin d’être relativisée, que l’on se penche dessus à nouveau.

Vous le savez peut-être, l’Univers est régi – toujours, selon nos connaissances actuelles – par quatre forces fondamentales. Ces forces fondamentales sont les interactions responsables de tous les phénomènes physiques que nous connaissons.

La plus puissante est l’interaction nucléaire forte, c’est elle qui maintient la cohésion des atomes, et permet à notre univers de comporter des structures plus complexes que les quarks.

Ensuite vient l’électromagnétisme. Cette interaction est à l’origine de tous les phénomènes impliquant de particules chargées électriquement, c’est à dire l’électricité, le magnétisme, la lumière et tant d’autre.

Un peu plus complexe, l’interaction nucléaire faible. Elle aussi régit des interactions à l’intérieur des atomes. C’est cette force qui permet aux particules dites subatomique de modifier leur nature sous certaine condition et d’entraîner, entre autres, une fission nucléaire.

Enfin, nous arrivons à la plus connues de ces quatre : la gravitation. Il s’agit de la plus faible des forces fondamentales mais c’est elle qui a donné une forme ronde à la plupart des corps stellaires, qui définit l’orbite de tous les objets, et qui a sculpté la forme de l’univers. Par cette force, tous les objets possédant une masse – notamment les pommes et la Terre, peu importe que Newton soit en dessous – s’attirent.

Mais il en est où notre Grand Boum ? diraient nos amis québécois. Notre compréhension de ces forces est assez tardive, à l’exception de la gravitation que nous comprenons depuis Newton. Or son modèle a fini par devenir obsolète et, à l’aune de nouvelle observation, Einstein élabora la relativité générale au début du XXème siècle. Cette théorie permet d’établir que la gravité déforme l’espace-temps, expliquant ainsi l’expansion de l’univers, décrivant son évolution au travers du temps sous l’effet de la force gravitationnelle.

Dans les années 1940, des scientifiques se sont amusés -TPMP n’arrivant que dans plus de soixante ans, on faisait avec les moyens du bord- à calculer l’évolution de l’univers observable en remontant le temps. Celui-ci est de plus en plus petit, de plus en plus dense, et de plus en plus chaud, jusqu’au point où sa taille est quasi nulle, sa densité et sa température infinie. Voilà notre Big Bang. Depuis plusieurs observations sont venues confirmer ce modèle.

En voilà une solution pratique mais que serait la vie sans un peu d’amertume ? Nous avions dit que le Big Bang avait été calculé par la relativité générale donc en prenant seulement en compte la gravitation. Or il arrive un stade où l’univers est si dense, que la matière présente subit en même temps les trois autres forces fondamentales ignorées jusqu’alors. Le Big Bang, mathématiquement vrai, devient physiquement faux.

Ce moment s’appelle Mur de Planck.

(Histoire de l’Univers, développement de la matière)

A l’heure actuelle, à défaut d’avoir un modèle adéquat réunissant ces quatre forces nous ne pouvons établir ce qui s’est passé en amont du Mur.

 

 

Art

Pour comprendre notre sujet, il faut se poser deux questions. Le Moyen-Age était-il une période digne d’intérêt ? Peut-on dire qu’une poignée de porte est une œuvre d’art ? Si vous avez répondu oui, vous avez réussi à faire abstraction de sept siècles de philosophie, félicitations.

Depuis la Renaissance, les standards antiques et notamment grecques sont au fondement de l’art. Les colonnes, les représentation orthogonales et mathématiques, la symbolique et les références d’avant notre ère font foison, à croire que l’humanité a fait un bon entre 476 et 1300. D’abord l’art de la renaissance, puis classique et néo-classique : le soleil ne se couche jamais sur l’empire de la culture méditerranéenne et de sa sacro-sainte division entre art et artisanat.

Nous sommes désormais en 1860, au cœur de l’ère Victorienne. L’occident se couvre d’usine, ses marchés s’inondent de produits sortis des usines, et ses esprits n’ont plus que le Japon en tête. C’est aussi la période où de grands noms comme Violet le Duc, Victor Hugo, et autres amateurs d’Histoire, se penchent sur ces ruines qui ponctuent nos villes tel Notre-Dame de Paris et nos campagnes tel le château de Carcassonne. En réaction au révisionnisme et à l’apparente austérité de l’art néo-classique – vous autres non-provinciaux avec vos immeubles Haussmannien – des artistes d’Angleterre puis de tout l’occident ont décidé d’innover.

Une image contenant bâtiment, extérieur, terrain, personne

Description générée automatiquement

(Serment des Horaces, David, 1785, style néoclassique)

 

Les entrées de métro de fer forgé et de verre, les hôtels d’Horta à Bruxelles, la Sagrada Familia, Klimt, certaines façades parisiennes, pourvu qu’on y prête attention, les traces sont encore visibles à ce jour.

On remet au goût du jour nature, fleurs, branches et forêts aux allures mystiques, peuplées d’étranges créatures et de déesses païennes. Les repères antiques s’érodent.

Chaque objet devient une œuvre d’art, l’artiste -moyennant un épais carnet de chèque- conçoit jusqu’à la moindre poignée de porte, les couverts et les tasses. La barrière entre art et artisanat s’efface.

On ne cache plus rien. Les matériaux bruts comme la pierre de taille et le fer, autrefois couvert de marbre ou de feuille d’or, sont fièrement exhibés à la vue de tous. Le matériau devient le sujet du beau, et l’architecture un art en soit.

Le bouleversement est aussi intellectuel, nous sommes au commencement du design. Plus que jamais l’art est à la portée de tous et les grands architectes conçoivent des villes industrielles entières, à la pointe de la technologie et de l’art. L’art, privilège des uns est devenu quotidien de tous.

Pensez-y quand vous passerez aux galeries Lafayette, au métro porte Dauphine ou encore devant le Castel Beranger, rue La Fontaine dans le 16eme.

(La maison Losseau, Belgique, achevée en 1909)

(Galerie Lafayette, 1912)

 

 

Histoire

Aujourd’hui on va fêter en retard l’anniversaire du Sud Soudan. Depuis 2015, nous sommes quelques 197 États reconnus par l’ONU, quelques-uns restant matière à débat ou bombardements. Et pourtant, en 1945, pour signer la charte de l’ONU ils n’étaient pas plus d’une cinquantaine. Il faut dire qu’un des avantages de l’impérialisme à l’ancienne était les cartes simples, à la règle pour trancher les continents.

Suprêmement ce n’est pas l’Europe qui a formé le plus vite ses États-nations mais bel et bien l’Amérique du sud. Avant 1808 Le continent américain comprend plus ou moins quatre pays. Le Canada, les États Unis, le Brésil portugais et l’Empire Espagnol. Du Mexique à l’Argentine, la couronne ibérique règne par le biais de gouvernements militaires loyalistes. La classe.

(Evolution de l’état des colonies durant l’émancipation : En rouge et orange : les régions fidèles à la couronne ; en jaune les territoires disputés et en vert les républiques proclamées.)

 

Puis un corse se pointe et transforme l’Espagne en territoire franco-administré. Dans ce contexte, les gouvernements coloniaux font face aux réclamations indépendantistes de la petite bourgeoisie sud-américaine. De la déposition de Ferdinand VII à sa restauration en 1814, le Venezuela, la Nouvelle Grenade (actuels Colombie et Équateur), le Chili, l’Argentine et l’Uruguay déclarent leur indépendance.

La plupart de ces républiques sont matées ou succombent à la guerre civile durant la décennie qui suit, apparaissant et disparaissant au gré des escarmouches et des coups d’État. D’une part, l’armée d’Argentine traverse la cordillère des Andes pour libérer le Chili, et d’autre part, Bolivar -héros de l’indépendance- mène une guérilla pour libérer le nord du sous-continent, de l’Équateur au Venezuela. Au même moment l’Espagne est au bord de la guerre civile entre absolutistes et libéraux, l’armée de la métropole se mutine, les régiments coloniaux désertent, les villes succombent à l’insurrection. Bolivar, profitant de la crédulité des libéraux espagnols, parvient à diriger le rythme de la guerre en obtenant trêves et concessions. Peu à peu, l’Empire s’effondre échappant définitivement au contrôle de la couronne.

En 1826, alors président du Venezuela, Bolivar propose au congrès de Panama de créer une union de républiques-sœurs du continent pour agir en bloc avec le reste du monde. Ce projet ne dépassera jamais le stade d’idée et de discours, si ce n’est plus récemment dans l’Alliance Bolivarienne pour les Amériques, projet alternatif de coopération économique au modèle étasunien. Il faut croire que personne n’aime les cartes simples.

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Philosophie

La première règle en philosophie est qu’il faut maîtriser le philosophe lv2. Vos mots ne sont pas les leurs, ils ne sont pas comme nous – ou plus exactement, nous ne sommes pas comme eux -. Si je vous dis matérialisme, il ne sera pas ici question d’accumuler sans fin des biens matériels – on se garde ça pour une prochaine publication -. Le matérialisme est en fait une école de philosophie, opposée à l’idéalisme et ses célèbres représentant comme Descartes ou Kant.

Engels le définissait comme « la conception de la nature telle qu’elle est sans aucune addition étrangère », et bien avant lui le grec Héraclite : « Le monde est un, n’a été créé par aucun dieu ni par aucun homme ; a été, est, et sera une flamme éternellement vivante, qui s’embrase et s’éteint suivant des lois déterminées ».

De manière plus rigoureuse, cette école de pensée repose sur trois points.

Premièrement, le monde est matériel, tous ses phénomènes sont le produit de la matière, sous ses différentes formes, et de ses actions. Cette matière suit des règles prédéterminées, ou plutôt dont elle est elle-même porteuse, et n’a besoin d’aucun « esprit universel » à son origine ou pour l’ordonner.

En opposition à l’idéalisme, qui postule que le monde n’existe que par notre perception et notre conscience, le matérialisme part de ce principe que la matière, la nature, l’être, est une réalité objective existant en dehors et indépendamment de la conscience. La matière est la donnée première, source des sensations, des représentations et de la conscience, celle-ci n’étant qu’une donnée secondaire et dérivée. La conscience est en quelque sorte le reflet de la matière. Sous sa forme développée, la pensée n’est que produit d’un organe : notre cerveau. Il ne peut donc exister de séparation entre matière et conscience. Ce raisonnement est sans doute une des plus grandes controverses de la philosophie, séparant d’une part les matérialistes, et de l’autre les idéalistes. D’une part, ceux qui postulent l’antériorité de la matière, d’autre part ceux qui postulent l’antériorité de la conscience.

Toujours en opposition à l’idéalisme, le matérialisme envisage le monde non pas comme un ensemble de « chose en soi », et la connaissance comme une matière futile et hautement subjective, mais le monde comme une réalité parfaite intelligible et susceptible d’être connue par l’humain. Le matérialisme reconnaît que notre savoir, étayé par l’expérience et vérifié par la pratique, est une connaissance objective. Il n’est de chose vouée à échapper à la compréhension humaine indéfiniment, mais plutôt des concepts et des objets de nature encore inconnue, mais qui seront découverts en temps voulu par les moyens de la science et de la pratique.

Le matérialisme est donc une école de pensée fondamentale en philosophie -de même que l’idéalisme – et ce depuis des millénaires. Elle a connu aux siècles précédents de profonde avancée, principalement dans la doctrine dialectique que nous étudierons lors d’une prochaine publication.

 

 

           (Engels)                                     (Buste d’Héraclite)

 

N’oubliez pas de chérir et de répandre la connaissance.

Kilian Cochet

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