Street style de Novembre – Jean Val Jean, 3ème année de licence en droit public

Comment définirais-tu ton style ?

              C’est tout simplement le style du vagabond. En fait, il repose sur le hasard. C’est assez paradoxal car on pense généralement que mon style est très élaboré et très défini, qu’il porte en lui une forme de revendication ou de rébellion, mais ça n’est pas du tout le cas. Il repose surtout sur des considérations avant tout esthétiques, et presque fortuites.

           En réalité, on voit d’emblée que je me fournis essentiellement en friperie. Lieu dans lequel j’aime errer jusqu’à m’y perdre. La plupart du temps j’y passe par hasard avec des amis, pour tuer le temps. Au départ, on ne fait que regarder, sans envie particulière d’achat, puis finalement on essaie des trucs, souvent des vêtements importables d’ailleurs. On les essaie sans trop de conviction, presque par amusement en essayant ce que l’on croît immettable… Et puis finalement la pièce nous surprend. On y prend goût et on se rend compte qu’elle rend pas si mal. Puis on se vanne et se provoque, en se disant que jamais on assumera de porter un truc pareil. Et puis en fait, on se dit que si elle est en friperie, par définition, c’est que quelqu’un l’a porté et l’a assumé, et qu’après tout, c’est notre tour de la porter et de l’assumer.

Quels sont tes trois indispensables ?

              La pipe, car je bannis le jetable et notamment les cigarettes dont le coton du filtre nécessite des années pour disparaître. La pipe ne produit que de la cendre, qui n’a pas besoin de se décomposer, elle est déjà décomposée !

         Le Zippo, qui lui aussi est plus durable, étant conçu à partir d’un minéral, sans plastique, et qui n’est pas jetable. Et c’est l’avantage des objet non-jetables : c’est qu’ils peuvent être chargés d’une valeur sentimentale, porter des souvenirs et ne pas finir dans n’importe quelle déchetterie. Et il peuvent également devenir des objets de style, car il existe des pipes et des Zippos pour tous les goûts, qui vont bien au-delà des simples personnalisations de couleurs pour les briquets. Ils peuvent même être personnalisables et participer ainsi à la construction d’un style personnel et unique.

         Enfin, quitte à engendrer des réactions violentes, il se trouve que j’aime les habits en peau de bête ! Cuir, daim, et même fourrure. Ils sont indispensables, en veste, surtout en chaussure, et pourquoi pas en pantalon, car ils s’entretiennent et permettent de consommer de manière plus durable. J’ai un perfecto depuis mes 16 ans et il date des années 80 ! Aucune de mes vestes en cuir n’est neuve. Ce n’est que de la récupération et ce sera toujours mille fois plus « écoresponsable » que tous les jeans bio du monde. Vous n’imaginez pas les quantités de vêtements qui vous attendent en friperie, et que vous pourrez conserver toute votre vie.

          Pour moi, il est bien pire d’acheter de tas de jeans en coton à bas coût tous les mois que de porter du cuir car la culture du coton est particulièrement consommatrice d’eau, entraînant l’assèchement de nombreux lacs en Russie et en Chine. Les vêtements en coton nuisent, à mon avis, bien plus à la planète que l’usage de cuir pour les vêtements. Même raisonnement pour les baskets fabriquées à base d’hydrocarbures.

          L’ultra écologisme tombe parfois dans une lutte qui est tout autre et qui dessert voir contredit le mouvement : la lutte contre la violence envers les animaux. Ce qui conduit à vilipender celui qui porte peaux et fourrures, alors qu’ils porte des vêtements à base de coton ou de synthèse d’hydrocarbure, matières les moins écologiques qui soient. Et je pense que le pragmatisme invite à préférer le sacrifice de certaines bêtes plutôt que la disparition d’écosystèmes entiers emportant dans leur chute d’innombrables espèces uniques au monde qui ne reviendront jamais…

Quelle est selon toi la pire faute de goût ?

        Il faut que votre style s’élabore presque par un hasard, un heureux hasard, spontané et authentique. Il ne faut pas partir avec des idées prédéfinies en matière de style, qui forcément seront déçues à moins d’aller directement se fournir chez un tailleur. Si vous n’évitez pas cette volonté d’être conforme en portant des modèles prédéfinis, qui le plus souvent sont bien trop repris et manquent cruellement d’originalité, vous tomberez à mon sens dans la pire faute de goût : celle qui est d’une banalité exacerbée au point qu’elle n’est même plus flagrante. La pire faute de goût serait peut être celle qui ne se remarque même pas, qui n’existe même pas tant sa banalité l’empêche d’être ne serait-ce que remarquable…

      Ce serait donc d’acheter des vêtements trop classique, pour qu’il finissent comme tant d’autres au fond de votre placard, au point que vous en oubliez même leur existence.

     C’est pour cela que je conseille vraiment d’aller en friperie parce que là-bas, ce n’est pas toi qui choisis l’habit mais c’est lui qui te choisi. Car finalement, vous y allez sans a priori,  les choses se font de manière naturelle. Vous évitez les fautes de goût, vous y entrez comme une main innocente, qui ne piochera et ne ressortira qu’avec une pièce qui vaut la peine d’être portée, une pièce unique, distinguée, et notable.

 

Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui n’oserait pas vraiment porter ce qu’il aime ?

      D’après moi, il faut surtout se méfier de l’esprit de parcimonie, et surtout de cette police de la modération qui sévit tant, composée de ceux qui tente de réglementer l’habillement en bannissant l’excès, en vous prétendant qu’il y aurait un devoir de mesure en matière de mode, interdisant le « too much », et prohibant une originalité dont ils sont ne sont pas capables. Rappelez vous que ces individus ne sont personnes et que vous ne devez avoir d’autres limites que celles que pose l’ordre public. Autrement dit, vous êtes libres de vous vêtir comme bon vous semble. N’obéissez pas aux codes : Messieurs, laissez pousser vos cheveux et Mesdames, coupez les, si cela vous sied.

    N’écoutez que vos caprices en matière de style. À titre d’exemple, en ce qui me concerne, j’étais en section cinéma et j’adorais les westerns, je vouais une réelle admiration pour les costumes des personnages des films que j’étudiais. Étant d’origine italienne, comme le patron de ma friperie favorite, nous partageons cette espèce de lubie italienne que tout le monde connaît pour les western. En effet une grande partie des westerns les plus connus ont été réalisées par des Italiens : les « spaghetti western ». On a donc une fascination pour une culture qui n’est pas la notre, ou du moins qui l’est devenue par une forme de réappropriation culturelle. On m’a d’ailleurs accusé, à ce titre, d’être l’auteur de « cultural appropriation ». Rappelez vous de l’adage « nul ne plaide par procureur », car cette appropriation, que certains qualifient de manque de respect pour une culture, m’a permis de rencontrer en plein Paris une authentique représentante du peuple Sioux, et donc de la culture appropriée. Elle était ravie de me voir porter les motifs et couleurs de sa tribu, bien loin de se sentir insultée, comme certains donneurs de leçons ignares l’affirment.

       Et enfin mon dernier conseil, sans doute le plus important : n’ayez pas peur de vous distinguer ! Rappelez vous que vous êtes à la fac, c’est à dire des anonymes. Personne ne vous force à vous habiller comme des avocats, du moins pas encore… Vous y serez peut être contraints plus tard et ce toute votre vie durant. Alors profitez de cet anonymat tant que vous le pouvez, pour vous rendre sur votre lieu de travail ou plutôt d’étude (pour l’instant), en portant ce que vous souhaitez ! Et je finirai en citant le professeur Conte qui au début de la plupart de ses introductions disait que : « penser c’est distinguer, alors distinguons ». Cette formule transposée à notre sujet, on pourrait dire que finalement, s’habiller c’est se distinguer. Alors distinguez vous !

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