Plaidoiries, un réquisitoire contre notre société

 

Il y a quelques années, Matthieu Aron rassemblait les plaidoiries ayant forgé l’histoire de notre temps. Depuis quelques mois, sous la direction d’Eric Théobald, Richard Berry donne vie à cinq d’entre elles au théâtre Antoine. Retour sur cette représentation, côté cour d’Assises :

La salle est plongée dans le noir, des écrans s’abaissent. Quelques lignes défilent pour rapidement nous conter l’histoire de l’affaire Courjault. Une lumière, et la plaidoirie de l’avocat Leclerc débute. Successivement, Richard Berry incarnera Maitre Varaut (procès Papon), Maitre Lombard (procès Ranucci), Maitre Mignard (procès Zyed et Bouna) et enfin Maitre Halimi. Cinq procès, cinq avocats, pour un seul et même costume : la robe. Une robe, pour plusieurs ténors qui revêtent l’ardu rôle de défenseurs de cas bousculant leurs époques. Toute la difficulté de l’exercice demandé à Berry réside principalement en ce point : faire vivre ces procès dans leur singularité afin de nous permettre de revisiter la particularité historique qui les encadre. Richard Berry s’en sort très bien, mais pas brillamment.

L’effort de transmission est remarquable. Richard Berry déploie toute son énergie pour faire corps avec chacun des avocats. Il déclame avec vigueur, prend chaque affaire à bras le corps et fait tout pour nous tenir en haleine. L’intentionnalité est louable, les discours sont bien récités et la diction est de qualité. Seulement, au regard de la singularité de chaque procès, Berry passe quelque peu à côté. Aucun cas ne ressemble à son voisin, et pourtant le ton, la gestuelle et le rythme sont quasiment identiques à chaque fois. C’est en cela que la performance du comédien trébuche sur le chemin de la représentation. Maitres Varaut et Mignard ne défendent pas du tout les mêmes cas, et pourtant nous voyons le même avocat sur scène. Cela a quelque chose de troublant et brouille légèrement le réel propos qui se voile derrière les plaidoiries qui se jouent devant nos yeux. En effet, si on demande à un avocat de défendre un cas, chaque affaire raconte une histoire sur notre société et ses maux qui la tourmentent, et cette dimension se perd à cause cette homogénéité.

Pour autant, Richard Berry est honnête dans sa performance. Cela peut sembler dérisoire, mais bien rares sont les comédiens qui parviennent à maîtriser l’excès d’énergie que procure la scène, et qui parfois reste en coulisses. Là où nombre de comédiens ne font qu’osciller entre cet état de presque euphorie et celui de presque mollesse, Berry parvient à en faire la synthèse, et ce, toute la représentation durant. Cela rend le moment passé agréable pour le public et lui permet de créer une symbiose avec le comédien.

En quelques mots, Richard Berry nous retrace ces cinq procès avec vigueur et franchise, en essayant de s’imprégner au mieux du difficile métier d’avocat, avec pour seul bémol une trop forte ressemblance entre les prestations. La séance est levée.

Axelle Konini

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