Et si la porte Saint Martin nous remontait Tartuffe l’an prochain ?

Le metteur en scène allemand Peter Stein, figure emblématique du théâtre des cinquante dernières années, présente jusqu’à fin décembre au théâtre de la porte Saint Martin son adaptation du Tartuffe de Molière.

Rappelons tout d’abord l’histoire de la pièce pour les quelques-uns qui ne seraient pas familiers de ce classique. Dans cette comédie, Molière nous livre l’histoire de Tartuffe, un homme présenté comme pieux mais qui s’avère être en réalité un hypocrite jouant la comédie comme personne. Quand la pièce commence, Tartuffe (interprété ici par Pierre Arditi) a déjà fait tomber sous sa coupe Orgon (Jacques Weber), et sa mère Madame Pernelle. Tartuffe réussit à merveille à manipuler Orgon. Ce dernier en vient même à lui offrir en mariage sa fille Marianne, alors même que notre faux dévot tente de séduire l’épouse de Orgon bien plus jeune que lui, Lemire.

Il est important de préciser que l’histoire est parfaitement intelligible pour le spectateur qui ne la connaitrait pas, et c’est là beaucoup plus que ce que nous offre la plupart des mises en scènes actuelles. On comprend l’histoire. Mais on n’a guère grand-chose de plus à dire en sortant de la salle.

On attendait avec impatience le duo Weber/Arditi mis en scène par Stein, surtout parce qu’il s’agit de la deuxième mise en scène de Tartuffe à un an d’intervalle à la porte Saint Martin. Après la mise en scène baroque à n’en plus pouvoir de Michel Fau l’année passée, où Michel Bouquet forçait l’admiration, magnifique en Orgon, Stein nous donne cette année un plat fade. Entre le trop et le pas assez on ne sait lequel est le moins à déplorer, cependant il faut remarquer au moins que Fau avait fait une tentative qui est à saluer. Ici il n’y a pas de proposition, c’est gentil et inoffensif, et c’est à se demander si le metteur en scène avait vraiment quelque chose à dire.

On se retrouve sur les bancs d’un cours de théâtre, mais pas dans le meilleur sens du terme : les acteurs jouent juste, mais il n’y a pas grand-chose derrière. Les choix de mise en scène ne sont pas justifiés, et n’apportent rien de particulier à l’œuvre. Dans les décors nous sommes là encore à l’opposé total de Fau, avec une structure blanche aseptisée qui dénote avec les costumes qui, là encore, ne disent rien et semblent sans autre fonction que celle d’habiller. On ne comprend pas le souci de marquer une évolution du temps qui passe avec les lumières, dans une pièce qui est sensée respecter une unité de temps. Les acteurs sont corrects mais on s’attendait à plus de Weber et Arditi.

Les alexandrins, suscitant tant de divergences d’opinions quant à leur utilité et technique, sont malheureusement abandonnés ici. On pardonne cependant Stein, qui a plus de 80 ans, se frotte pour la première fois à Molière, trop méconnu en Allemagne. En septembre 2018, Stein disait au journal Le Monde qu’il voulait un Tartuffe réaliste. Il a atteint son objectif dans la mesure où la pièce est intelligible. Tout repose sur le texte de Molière, ainsi tout n’est pas perdu. Cependant en allant au théâtre on s’attend en général à un peu plus qu’une lecture améliorée. La mise en scène n’a pas grand intérêt et ne marquera sans doute pas les mémoires.

Cette œuvre reste l’une des plus jouées, vue et revue, avec de grandes mises en scènes de Louis Jouvet, Antoine Vitez, Jacques Lassalle ou encore Ariane Mnouchkine. Difficile de sortir du lot et d’apporter quelque chose de nouveau aujourd’hui.

 

A.H.

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