« The handmaid’s tale », une série bluffante entre réalité et science-fiction

À l’occasion du Super Bowl, Hulu a diffusé des premières images inédites de la saison 3 de « La servante écarlate », fiction particulièrement attendue qui devrait sortir en avril prochain. Le teaser est conçu comme une vidéo de promotion de la nouvelle et terrifiante dictature « République de Gilead » qui s’est installée aux Etats Unis. Spot interrompu par cet avertissement de June « Wake Up America ». C’est l’occasion de revenir sur cette adaptation du roman de Margaret Atwood « The handmaid’s tale » qui captive et ce tant les tendances terrifiantes de notre réalité s’immiscent dans un récit de science-fiction ; où les problématiques et dérives contemporaines tournent au cauchemar : condition féminine, instabilité politique, pollution et fertilité.

 

 

De la dégradation de l’environnement aux crises du capitalisme : Les Etats Unis sombrent dans l’obscurantisme

En 1985, Margaret Atwood peint une société américaine où les femmes ont peu à peu perdu tous leurs droits et où la dénatalité galopante est LA préoccupation du régime. La pollution atteint des degrés tels que la poignée de femmes encore fécondes, vêtues de rouge, est assignée à la reproduction, réduite à un esclavage d’un genre nouveau. En effet, assurer la pérennité de la population est la grande priorité des dirigeants stériles de la république de Gilead, gouvernée par la secte politico religieuse des « Fils de Jacob » qui a pris le pouvoir lors d’un coup d’État.

The Handmaid’s tale laisse l’horreur et la passion de son récit nous envahir insidieusement. Elle commence par nous immerger dans le quotidien et l’intimité d’Offred et de ses semblables avec des répliques aussi glaçantes qu’ironiques et des cadrages qui transmettent à merveille le sentiment d’enfermement et de négation de soi. En toile de fond le scénario ne laisse pas le spectateur sur sa faim et lui laisse entrevoir la lente descente aux enfers de la société américaine libérale.

 

Phallocratie et société paranoïaque

Dans cette version dystopique et totalitaire des États-Unis (la République de Gilead), les opposants, les homosexuels, les médecins pro-contraception et les prêtres catholiques sont condamnés à mort par pendaison et exposés à la vue de tous.

Le nouvel ordre moral, basé sur une lecture littérale de la Bible, est imposé à tous. Les relations hommes-femmes sont strictement encadrées. Les femmes sont au mieux des épouses, au pire des esclaves sexuelles comme Offred. Dans cette société, le viol est élevé au rang de tradition. Les handmaids qui osent éprouver ou désirer sont humiliées (sorte de « slut-shaming »). Toutes doivent se soumettre à des « cérémonies », véritables viols ritualisés, sacralisés au nom de la survie de l’humanité et légitimés par la religion.

Le retour en force des extrêmes religieux et politiques dans les sociétés occidentales est loin de nous être étranger. Ces dérives, mises talentueusement et subtilement en scène, donnent à la série une dimension profondément réaliste, incroyablement captivante.

 

Lutte et lueurs d’espoir

On revit avec Offred les temps où elle avait le droit de lire, de travailler, d’avoir un nom, un mari, une fille… Hier banalités, aujourd’hui punies de mort.

La violence de la série est avant tout psychologique. Parachutés dans ce monde terrifiant, on se raccroche à l’espoir, la lutte et l’amour qui subsistent. La série laisse ainsi poindre quelques rayons de soleil, traces d’humanité renaissantes. Tantôt résignée, tantôt révoltée ; Offred cèdera-t-elle à la révolte ?

Les prestations des acteurs, puissantes et justes subliment le tout. La grandeur de cette série réside dans son réalisme et sa finesse. Elle est dérangeante et percutante car elle rapproche l’impensable du possible.

C’est une incontournable et sa renommée n’est plus à faire : en janvier dernier elle a été sacrée meilleure série dramatique de l’année lors de la 75ème cérémonie des Golden Globes Awards 2018.  Une récompense bien méritée. Il s’agit d’une véritable révélation pour Elizabeth Moss (Offred), qui en dit plus par son jeu que par ses répliques. Une performance saluée mêlant générosité et retenue. Elle excelle en faisant d’Offred et de June (son identité de femme libre) deux femmes différentes qui finissent par se retrouver, se mêler.

Mais, au-delà de cette création d’un monde, c’est la question du rôle et de l’avenir des femmes que pose, avec force, ce roman et cette série inoubliables. Questions retentissantes à la veille de l’élection de Donald Trump et du mouvement MeToo. Conte terrifiant, avertissement contre les dérives conservatistes, The Handmaid’s tale est aussi un appel à aimer, et à se battre contre ceux qui réfutent un monde pluriel et complexe. « Wake up America ! »

Léa Sousa

 

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