Paris est à nous – critique

Attention, ceci est une critique qui contient de nombreux spoilers sur l’œuvre. Vous êtes prévenus mais cela ne vous empêche pas pour autant de le regarder afin de vous faire une opinion par vous-même.

 

            Paris est à nous, initialement appelé Paris est une fête, est un film indépendant dont le projet a été lancé par une bande d’amis. Leur pari était de faire un long-métrage avec des moyens budgétaires restreints. Le projet a été depuis son lancement financé via une plateforme de financement participatif. Grâce aux donateurs, ce long-métrage a pu voir le jour et être présenté à l’écran.

            La bande-annonce de lancement annonçait ce projet comme prometteur et laissait voir aux spectateurs un film tourné en 2015, entièrement en direct de Paris. Ce film se déroule principalement en même temps que les événements liés à Charlie Hebdo, ainsi que d’autres mouvements sociaux tels que Nuit Debout. Au milieu de cette agitation, une histoire d’amour prend place entre Anna, une jeune femme à l’esprit libre et à l’avenir incertain et Greg, un jeune homme plutôt terre-à-terre et ambitieux à l’avenir professionnel prometteur. Une histoire plutôt légère qui ne fait que s’alourdir par la succession des clichés qui l’entourent.

Aux premiers abords, le scénario fait rêver et apporte un regard moderne sur la société d’aujourd’hui. Ce film est avant tout un film expérimental qui mêle couleurs, sons, et esthétisme de tout genre. L’histoire d’amour n’est qu’un élément de fond comparé à tout ce qui compose réellement l’œuvre cinématographique.

            Les personnages ne sont que très peu développés malgré les nombreuses occasions de le faire. Les dialogues sont terriblement creux dans l’ensemble et n’apportent aucun élément clé au film. Durant la plus grande partie du temps, une voix off fait part des pensées d’Anna. Toute la narration ne rapporte que les impressions et sentiments qu’elle éprouve, reposant sur un fond de discours pseudo-philosophique digne d’une publication Tumblr. Le personnage masculin n’est jamais davantage développé et il est presque impossible pour le spectateur de s’identifier ou d’éprouver une once d’empathie pour ces personnages, qui semblent constamment filmés au plus haut pic de leurs émotions sans jamais y apporter de quelconques explications au pourquoi du comment.

            La façon dont les scènes sont raccordées fait difficilement sens, laissant le spectateur face à une incompréhension totale du scénario et un vertige omniprésent.

            On sent l’actrice en fuite constante de quelque chose qu’elle-même ne semble pas saisir. Beaucoup de scènes sont tournées lors de manifestations ou de mouvements de groupe, qui, en temps réel avait un sens et une visée précise au moment où cela se déroulait ; tandis que dans le film, ces événements n’apparaissent aux spectateurs comme n’ayant pour seule utilité un décor à sensation que les scénaristes s’obligeraient presque à incorporer au scénario afin d’y ajouter ce « sentiment d’urgence » si familier au personnage principal. Ces multiples scènes tournées au milieu d’événements sociaux, en ne donnant aucun contexte qui puisse éclaircir leur utilité, leur font perdre tout sens et, au contraire, les privent de toute sensibilité.

            C’est ainsi que le discours de Hollande, et la marche de Charlie Hebdo ne deviennent que des lieux d’exploitations pour les scénaristes. Les scènes filmées à ces endroits n’apportent rien d’utile à l’histoire et ne la fait en rien progresser. Filmer là, au bout du compte, n’a pour seul but l’esthétisme tant recherché par les producteurs.

            Que le film soit un film expérimental, n’excuse pas le fait que celui-ci manque cruellement d’un fil directeur, et que mis à part ce côté esthétique très travaillé et valorisé, celui-ci est dénué de tout sens et de toute émotion.

            Néanmoins, le film contient des éléments qui auraient pu le rendre meilleur. Notamment la musique, qui elle, est très réussie. Toutes les bandes sons ont été réalisées pour le film, parmi lesquelles quelques-unes sont jouées par un orchestre engagé pour l’occasion.

            Le but de ce projet était de filmer dans des conditions réelles afin de ne pas perdre une miette de tout ce qu’il se passait à Paris en 2015. Ce qui a, tout compte fait, porté préjudice au film car même si l’idée est innovatrice et originale, le jeu d’acteur médiocre et la pauvreté des dialogues ternissent l’idée de départ. La spontanéité des dialogues reflète quelque part la faiblesse de ce projet qui se voulait trop réel.

            Ce film expérimental pourrait être interprété comme un coup de bluff. Il ne manque pas d’en mettre plein les yeux et de réjouir notre ouïe. Il n’empêche que dans le fond, à défaut de l’aspect sonore et visuel impressionnant, le film sonne malheureusement creux à l’esprit. Ce n’est pas un film qui fait réfléchir, ni sur les relations humaines, ni sur des questions sociétales. Il n’y a aucune mise en jeu, ce qui semblait être un point majeur dans la publicité du film.

 

Elsa Coutheillas

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