Cosmétiques, l’image d’une société

Du grec ancien kosmêtikós, « décoratif, ornemental » puis du latin cosmetes, « esclave chargé de la parure, du maquillage », le terme de cosmétique a toujours signifié le fait de modifier son apparence physique, d’en prendre soin, aujourd’hui notamment grâce au maquillage.

Il existe un lien historique indéfectible entre la place de la femme et l’utilisation des cosmétiques. On constate que le maquillage était mal accepté par les sociétés où les femmes ne disposaient que de peu de droits et encore moins de libertés, et inversement.

En effet, les femmes en Egypte antique pouvaient être de puissantes actrices de la société, accédant à des postes tels que médecin, « chef d’entreprise », voire pharaon. Elles étaient de plus considérées égales aux hommes, principe qui mettra des millénaires pour devenir une normalité acceptée de tous (ou presque). Parallèlement, les archéologues recensent la présence de traces semblables aux cosmétiques que nous pouvons utiliser aujourd’hui. Grâce à une multitude de portraits, nous savons que cette pratique était commune aux deux sexes. Ce qui était cependant le plus répandu chez les femmes, était le fard à paupières noir, le « mesdemet ». Il servait à protéger l’oeil du soleil mais également à agrandir leur regard.

Contrairement aux Egyptiens, les Grecs de l’antiquité, ne considéraient que très peu les femmes qui étaient écartées de la scène politique et juridique, destinées à s’occuper du foyer. On ne parlera même pas de la perspective d’égalité des sexes, les femmes n’ayant le statut de citoyen que bien plus tard. C’est donc sans surprise que le maquillage était mal perçu, surtout à Athènes. Philosophe et chef militaire à ses heures perdues, Xenophon décrit le maquillage dans son ouvrage l’Oeconomicus comme une pratique malhonnête car trompant les honnêtes gens sur l’apparence réelle des femmes. Premier à dénoncer la pratique du catfishing, n’imaginons pas sa réaction face aux nombreux tutos make-up Instagram nous apprenant à créer de fausses « vraies » taches de rousseur ou à grossir notre poitrine grâce à un jeu d’ombres et de lumières. Amen au contouring.

La France a cependant une relation plus ambiguë concernant l’utilisation du maquillage. Sous l’ancien régime, les femmes n’étaient pas Marie-Antoinette ou Jeanne-Claude mais fille de « … », ou bien épouse de « … ». Elles étaient manifestement soumises et donc inférieures aux hommes et n’existaient qu’à travers eux.
Les apparences étaient donc d’une importance primordiale, notamment à la cour du roi. Les femmes devaient vite saisir l’enjeu de la représentation pour espérer s’élever en société. Leurs joues s’en trouvaient lourdement fardées de rouge, ainsi que leurs lèvres. Cependant il n’existait pas de différenciation entre les hommes et les femmes concernant l’utilisation de fond de teint. Historiquement, les nobles et les bourgeois se peinturluraient de blanc pour se distancier du peuple, au teint hâlé conséquence du travail en extérieur. Cela leur permettait également de cacher d’éventuelles maladies de peau.

Aujourd’hui, il existe une toute autre dimension du maquillage, considéré comme un art. Cela permet à certaines personnes d’exprimer leur créativité et de laisser libre cours à leur talent. En effet, désormais il existe une multitude de techniques, de textures et de tendances offrant tout un monde de possibilités. Du smokey eyes bien chargé au look nude effet no make-up, le maquillage est devenu monnaie courante au XXIème siècle.
En ce moment, la tendance est au « glass skin makeup » ardemment traduit par nos experts linguistiques comme maquillage peau de verre, qui nous provient directement de Corée. Il semble que l’esthétique épurée du mythe de la beauté naturelle qui domine le monde des cosmétiques asiatique soit parvenu jusqu’en Europe. Pour plaire, le naturel et la blancheur ont toujours été de mise dans les civilisations japonaise, chinoise ou coréenne. Symbole de réussite sociale, les jeunes filles vont jusqu’à s’appliquer des produits blanchissants sous forme de crème plus que douteuses pour respecter ce canon de beauté, étrangement inspiré du format européen.

D’autres s’en servent comme une barrière pour masquer leurs complexes et ainsi affronter le monde extérieur. Le regard des autres, voilà un fardeau avec lequel vivent des millions d’êtres, chaque jour. Ainsi, qu’y a-t-il de plus humain que de redouter d’apparaître tel que l’on est devant autrui ? Comme le dit Sartre dans L’Etre et le Néant, « La honte est honte devant quelqu’un. Autrui est le médiateur indispensable entre moi et moi-même : j’ai honte de moi tel que j’apparais à autrui ». Il apparaît alors que de nombreuses personnes justifient leur utilisation du maquillage par la motivation purement et essentiellement personnelle de se plaire d’avantage, quand, en réalité, leur objectif est de minimiser cette crainte, parfois handicapante selon le degré de mal-être, que l’autre porte un jugement de valeur sur nous.

A travers les époques, le maquillage a su prendre de multiples formes et avoir d’autant plus de significations. Il est donc curieux de constater qu’aujourd’hui il est considéré par une grande partie de la population comme exclusivement destiné à la gent féminine. Le lien entre le maquillage et la féminité semble causer, pour certains, une déplaisance face aux hommes qui se maquillent ; le but n’étant pas de se demander qui a tort ou qui a raison mais plus de noter une dérive sociologique de la vision du maquillage. Bien qu’il était inconcevable pour un homme de se maquiller à l’époque de nos grands-parents, on entrevoit un changement de perspective lors de ces dernières années.

Sublimer son apparence ? Se dénaturer ? Où que l’on se positionne quant aux cosmétiques, il est indéniable que le maquillage ne cessera jamais d’exister et d’évoluer. Le réel doute demeure quant à notre utilisation personnelle de celui-ci.

 

Camille Germain

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