La fascination des peintres pour l’Orient au Musée Marmottan Monet

Depuis une semaine, le Musée Marmottan Monet consacre une exposition aux peintres européens qui, fascinés par l’Orient, ont réinventé leur peinture. On assiste alors à une véritable révolution picturale à travers deux thèmes : la figure féminine et le paysage. Malgré leur vision parfois éloignée de la réalité, leurs tableaux nous font voyager dans cette région baignée de soleil, aux teintes rouges, ocres ou bleutées, dans les hammams, les palais ou les vallées.

Dès 1798, débute l’importante campagne de conquête en Orient, menée par Napoléon. En outre, grâce au développement de nouveaux moyens de transports tels que le bateau à vapeur et les chemins de fers, le voyage devient plus facile, plus envisageable pour les peintres. Ainsi naît une fascination chez les artistes pour la Méditerranée, c’est l’avènement de l’orientalisme.

Femmes fantasmées, scènes sublimées, en passant par le renouvellement des couleurs, la géométrie des formes jusqu’à atteindre les premiers pas de l’abstraction… Découvrons ensemble cinq œuvres qui témoignent de cet éblouissement pour l’Orient.

Eugène Delacroix (1798-1863), La Mort de Sardanapale, (esquisse), vers 1826-1827, 81×100 cm, huile sur toile, Paris, musée du Louvre :

Eugène Delacroix - La Mort de Sardanapale.jpg

Ce tableau, c’est l’Orient des passions, et l’une des œuvres les plus scandaleuses de Delacroix. En effet, le peintre y dévoile un Orient rêvé et frénétique. Inspiré par une pièce dramatique de Lord Byron, Sardanapalus, il rejette certains codes du classicisme et ce qu’il appelle la « peinture raisonnable » pour se plonger dans un irréalisme absolu. Il imagine ainsi le suicide du roi Ninive s’immolant, entouré de ses hétaïres. Son Orient est violent, excessif, érotique. La passion et la mort se déchaînent sous ce coup de pinceau impétueux transformant les corps en flammes, tandis que la palette de couleur semble nous ouvrir les portes de l’apocalypse. Seul le roi contraste dans ce paysage sadien, pour mieux traduire son cynisme face à sa mort certaine. Baudelaire écrira ainsi en 1863, « Delacroix était amoureux de la passion et froidement déterminé à chercher les moyens d’exprimer la passion de la manière la plus visible ».

 

Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780-1867), La petite Baigneuse, 1828, 35×27 cm, huile sur toile, Paris, musée du Louvre :

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            Ingres est le peintre par excellence qui a fantasmé l’Orient. En effet, il n’est jamais allé au-delà de l’Italie. Pourtant, inlassablement obnubilé par la représentation du corps féminin et de l’érotisme qui s’en dégage, il inventa la figure de l’odalisque, la femme de harem. Malgré quelques éléments orientaux comme le turban ou les étoffes soyeuses, sa beauté idéale, révélée par la peau laiteuse, reste cependant très occidentale. Il faut savoir que les peintres peinent à trouver des modèles orientaux. De fait, dans un contexte de colonisation de l’Algérie, les artistes sont indésirables. Les peintres ont alors fait poser des modèles européens et ont bâti l’archétype de la figure féminine orientale, à travers l’odalisque notamment. La petite Baigneuse est sans doute l’un des tableaux qui atteste le plus de l’image rêvée que portent les Romantiques sur les femmes d’Orient : une femme sensuelle et lascive. Ainsi, Ingres représente cette odalisque dans une atmosphère qui regorge de volupté.

 

Jules-Alexis Muenier (1863-1942), Le Port d’Alger, 1888, 46×32 cm, huile sur toile, Paris, musée d’Orsay :

Le voyage oriental de Muenier au cours de l’année 1887 annonce une légère rupture dans l’œuvre de l’artiste. Plus habitué aux paysages provinciaux de la Haute-Saône, la découverte de l’Algérie est pour lui l’occasion de métamorphoser sa palette de couleurs. D’une ambiance bourgeoise et pastorale de ses premières scènes paysannes, il bascule vers des tons pastels de bleu, de rose, de blanc. L’attention n’est pas tant portée sur le détail que sur la géométrie des formes. Le paysage est épuré, la blancheur absolue. Il en ressort la lumière éblouissante de l’Afrique du Nord. Cette lumière supplante le port et devient le vrai sujet du tableau. Eugène Fromentin, paysagiste et écrivain, s’étonnera même : « C’est une sorte de clarté intérieure qui demeure, après le soir venu, et se réfracte encore à travers mon sommeil. Je ne cesse de rêver de lumière ; je ferme les yeux et je vois des flammes, des orbes rayonnants, ou bien de vagues réverbérations qui grandissent » (Un été dans le Sahara).

 

Paul Lazerges (1845-1902), Caravane près de Biskra, Algérie, 1892, 80×100 cm, huile sur toile, Nantes, musée d’Arts :

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            L’oasis de Biskra connaît un engouement touristique dès lors qu’il est relié par voie de chemin de fer à Alger en 1888. Cette station thermale, qui accueille de célèbres visiteurs comme Matisse, Gide ou Maurice Denis, est aussi un lieu où les visiteurs naviguent entre prostituées et vallées désertiques. Dans ce tableau, Lazerges dépeint le voyage de bédouins en caravane, survivants de ce nomadisme en déclin à cause notamment du régime colonial. La palette de couleurs utilisée par le peintre, sobre, sans contraste, dévoile sa nostalgie d’un temps qui s’éteint. Cette marche au crépuscule, ces vallées sans fin, ce sol caillouteux nous emmènent dans cet oasis à la lisière du Sahara et réveillent en nous l’envie de s’enfoncer dans ce paysage mélancolique.

 

Vassily Kandinsky (1866-1944), Oriental, 1909, 70×97,5 cm, huile, gouache et aquarelle sur carton, Munich, Städtische Galerie im Lenbachhaus und Kunstbau :

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            A l’aube du XXème siècle, alors que l’orientalisme connaît ses dernières heures, l’avant-gardiste Vassily Kandinsky s’engage dans un long périple dans lequel il va découvrir la Tunisie. Quelques années plus tard, il fait appel à sa mémoire pour peindre l’Oriental, en témoignent les lignes épurées telles des souvenirs qui s’effacent. On distingue toujours les formes et les couleurs orientales. Ainsi, les turbans valsent aux côtés des minarets. Cependant, l’Orient s’éloigne. La simplicité du trait, le refus du détail et l’éclatement des couleurs marquent alors les prémices de l’abstraction.

 

L’Orient des peintres, du rêve à la lumière, du 7 mars 2019 au 21 juillet 2019, Musée Marmottan Monet, 2 rue Louis Boilly, 75016 Paris – Plein tarif : 12 euros ; tarif étudiant : 8,50 euros

Alice BASKURT

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