Paris survivra

18H43 : les premières étincelles.
19H00 : le début du brasier.
20H30 : la flèche est tombée, le toit a disparu, l’édifice menace de s’écrouler, de disparaître et avec lui une partie de l’âme de Paris.

A travers ces flammes, ce sont nos histoires, nos aventures, nos idées qui disparaissent. A travers cette fumée, ce sont nos rêveries, nos souvenirs diurnes et nocturnes qui s’évaporent.

Désormais, c’est certain, rien ne sera comme avant.

 

Quelle étrange sensation que celle de voir brûler celle qui a résisté. Du plus profane au plus religieux, jamais l’humain ne l’avait faite vaciller. Du plus calme au plus tumultueux, la nature elle-même ne semblait pas pouvoir la toucher. Le vent, les tempêtes, les guerres, les révolutions ne l’avaient pas ébranlée.

Quand tout allait mal, que l’humeur déclinait, malgré tout, il y avait Paris. Quand tout changeait autour de soi, que l’humain disparaissait, malgré tout, elle était là, immortelle. La main sur l’épaule, elle nous faisait comprendre qu’avec elle, on ne serait jamais vraiment seul et qu’avec Paris l’inamovible à ses côtés, tout était surmontable.

Il suffisait, dans la nuit, de s’asseoir, seul, près de son ombre, « Pour me refaire au grand et me rélargir l’âme ». Alors le temps s’arrêtait presque, avec elle, tout allait mieux. Un amour éternel et inconditionnel.

 

Quelle étrange sensation que celle de voir brûler celle qu’on aime sans ne pouvoir agir. Attendre et la voir disparaître sans pouvoir lui rendre ce qu’elle nous a apporté.

Soudain, alors qu’intimement convaincu qu’on était presque seul à avoir ce lien si précieux, comme un appel venu d’outre-tombe, des milliers sortent, regardent, espèrent, prient, écrivent, se recueillent, inextricablement attirés par celle qu’ils ont aimée. Dans la nuit flamboyante, Paris s’éveille.

 

« Mais, dans quelque mille ans, le Temps fera broncher

Comme un loup fait un bœuf, cette carcasse lourde,

Tordra ses nerfs de fer, et puis d’une dent sourde

Rongera tristement ses vieux os de rocher ! »

 

Un jour peut-être, quand les hommes ne seront plus.
Paris la légendaire soutiendra ses hommes aussi longtemps que ses hommes la soutiendront. Elle, vous, nous, c’est cela Paris.

 

3H40 : le feu est maîtrisé.
4H00 : l’incendie est éteint.
9H00 : le jour réapparaît.

 

Pour nos enfants, nos petits-enfants, elle sera reconstruite.

Si, grâce à elle, Paris survécut si longtemps ; grâce à Paris, elle survira pour toujours.

 

 

Un Parisien

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