Le modèle Noir au musée d’Orsay

Jusqu’au 26 juillet, l’exposition « Le modèle noir de Géricault à Matisse » retrace le point de vue des artistes sur la figure Noire à partir de la première abolition de l’esclavage de 1794. Entre avancées, retours en arrière, stéréotypes, cette exposition importante nous emmène à la rencontre de ces modèles qui n’avaient jusqu’alors pas de nom, nous plonge dans leur histoire et nous fait redécouvrir des œuvres avec un regard nouveau.

 

Nous commençons au XIXème siècle par Le radeau de la Méduse de Géricault, défenseur de l’abolition de l’esclavage et qui représente parmi les naufragés trois figures noires. Nous rencontrons ainsi Joseph, modèle, ici au sommet du tableau. Né à Haïti à la fin du XVIIIème siècle, il rejoint Paris où il est d’abord acrobate. Repéré par Géricault, il devient modèle et travaillera notamment pour Chassériau, Brune, et posera à l’Ecole des Beaux-Arts.

 

Et puis de salle en salle, nous parcourons les époques : l’abolition de l’esclavage en 1848, la période coloniale, les années folles à Paris, les deux guerres mondiales, la voix de la Négritude portée notamment par Aimé Césaire qui définira ce mouvement comme étant « la simple reconnaissance du fait d’être noir… de l’acceptation de son destin, de son histoire, de sa culture ». L’exposition s’aventure aussi sur le terrain de la littérature où nous découvrons entre autres Jeanne Duval, muse et maîtresse de Charles Baudelaire, et dans le monde du spectacle avec le clown Chocolat, esclave né à Cuba, ou la grande Joséphine Baker. Et à travers ces représentations : des avancées, des régressions, le racisme, des figures fantasmées ou stéréotypées.

 

Le point d’orgue de l’exposition est sans doute l’Olympia de Manet qui provoqua le scandale au Salon de 1865 à cause de la nudité de la courtisane. Mais surtout, le tableau marque une rupture, et offre un nouveau regard sur la réalité. Selon Denise Murrell, docteure en histoire de l’art, toute la modernité de ce tableau se trouve dans la représentation de la figure noire. Pour elle, cette œuvre de Manet est la première représentation dans laquelle la femme noire est l’égale de la femme blanche. Stéphane Guégan, un des commissaires de l’exposition précise dans Connaissance des Arts : « Je rejoins Denise Murrell dans le constat de l’inhabituelle dignité de cette servante noire. Manet ne l’a ni folklorisée ni sexualisée. Ella a gagné le droit d’être banale, ordinaire, empreinte de cette magistrale retenue qu’on connaît au peintre ». Ce tableau inspirera de nombreux artistes tels que Frédéric Bazille ou Cézanne dans Une moderne Olympia. Cette dualité entre figure noire et figure blanche est notamment mise en exergue à la fin de l’exposition, où nous découvrons l’œuvre contemporaine de Larry Rivers, qui propose dans I Like Olympia in Black Face une vision inversée : la femme noire y est tantôt courtisane, tantôt servante.

 

A travers cette passionnante exposition, le musée d’Orsay cherche à appréhender les œuvres sous un nouvel angle, aller à la rencontre des modèles, et découvrir, selon Stéphane Guégan, leur « rôle dans le processus créateur » et « la réalité des rapports entre les artistes et leurs modèles ». Bref, courez au Musée d’Orsay !

 

black face
Larry Rivers, I Like Olympia in Black Face, 1970, huile sur bois, toile plastifiée, plastique et Plexiglas, 182 x 194 x 100 cm, Paris, Centre Pompidou, Musée national d’art moderne

 

« Le Modèle Noir de Géricault à Matisse », jusqu’au 21 juillet 2019, Musée d’Orsay – gratuit jusqu’à 26 ans

 

 

A.B

 

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