Le daim : un étrange chocolat au goût doux-amer

Le scénario est simple, peut-être trop simple.  Georges (Jean Dujardin), personnage principal de l’intrigue dont le passé est intentionnellement omis, fait l’acquisition d’un blouson en daim, lui donnant un « style de malade ». Reclus dans un hôtel perdu dans les montagnes, il fait la promesse à son énigmatique blouson de devenir le seul à porter tel vêtement. Voilà le synopsis de notre film, dont l’absurdité s’avère déjà incontestable.

L’aventure devrait à priori s’avérer désopilante, et pourtant, peu de sourires sont esquissés durant cette grosse heure. Loin d’être une simple comédie populaire, ce projet cinématographique semble vouloir s’inscrire dans la lignée d’autres films sans queue ni tête comme The Big Lebowski, les Monty Python ou encore la célébrissime Cité de la peur.

En réalité, il convient de voir plus loin que ce que Quentin Dupieux veut directement montrer à l’écran. Certes, l’histoire n’a rien de croustillant en elle-même, mais elle met en scène un personnage sûr de lui, absolument confiant, et dont l’inexplicable quête fait ressortir les sombres failles de l’espèce humaine voulant accomplir sa destinée peu importe le prix à payer. Entre mensonges et escroqueries, la volonté de Georges semble inexpugnable, allant jusqu’à même commettre l’irréparable à différentes reprises, sans même éprouver quelconque remords.

Par ailleurs, si le quadragénaire est le maillon principal de ce film, impossible d’oublier le rôle joué par ce blouson donnant à Georges une allure de cow-boy de western. Non ce blouson ne parle pas ; il ne bouge pas non plus. Et pourtant, humanisé grâce à des plans exclusivement resserrés sur lui, il semble envahir les pensées d’un personnage torturé et dont la schizophrénie fait parler son accoutrement. Véritable esclave de ses frusques, notre héros œuvre pour réaliser son rêve, ou celui de son blouson, quitte à délibérément violer les bonnes mœurs et morales.

En outre, les éléments extérieurs à l’intrigue donnent un aspect dramatique à ce film. Que ce soit par l’utilisation ingénieuse de percussions dignes des plus grands thrillers et films à suspense, ainsi que d’images hivernales bercées de silences assourdissants, le réalisateur français comble le vide laissé par un script excessivement minimaliste.

Mais alors, que dire de ce film? Cette réalisation cinématographique se révèle-t-elle être un chef d’œuvre indescriptible en raison de son absurdité axiomatique, ou bien constitue-t-elle en réalité un pari raté parce que la magie n’opère pas?

Si la réponse est difficile à donner, et dépend de la sensibilité du spectateur, il est en tout cas indéniable de rendre hommage à la prestation de Jean Dujardin. Quasiment livré à lui-même, son jeu d’acteur montre pourquoi il fait partie du gratin du cinéma français. En incarnant ce personnage intriguant, il prouve qu’il sait occuper l’espace à lui tout seul, alternant entre la fébrilité d’un homme soumis à une force mystique émanant de son costume d’apparat, et l’ineffable despotisme d’un blouson dont la suprématie ressort également de la bouche de l’acteur français.

Si Jean Dujardin fait de ce film un « succès », il devient légitime de se demander si sa seule prestation peut justifier que l’on loue un tel scenario, car à première vue, en exagérant sciemment, à l’issue de la séance, quiconque peut penser être en mesure de réaliser ce long-métrage tant le budget semble minime et la prise d’images dépourvue de grande technicité. Sans l’acteur oscarisé, le film n’aurait sans nul doute pas la même saveur, ressemblant tantôt à un film amateur moyen, et à un chef d’œuvre incompris à d’autres moments.

Il paraît, difficile de ranger ce film dans une catégorie, ni même de noter objectivement ce film tant l’appréciation différera selon le public. Cependant, on saluera la prestation de Jean Dujardin qui sauve peut-être un scénario volontairement à court d’idées.

Le Daim (2019) de Quentin Dupieux, avec Jean Dujardin et Adèle Haenel

 

 

Le Rifou

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