Poussez-vous !

Ce soir nous te proposons de voyager. Embarque avec nous pour une aventure des plus exotiques : dix-sept minutes dans le métro. Tu ne seras pas déçu.

Nous sommes un mardi, l’heure de pointe bat son plein. Tous les passagers adoptent le rituel de courtoisie habituel, sauf toi. Toi, tu décides que c’est le moment propice pour être flemmard et ne céder à rien face à la souffrance – la torture – de nous autres parisiens.

Ta première incivilité commence dès ta montée dans le wagon. Pourquoi t’obstines-tu à vouloir y entrer sans nous en laisser sortir ? En voilà une manie contreproductive. Non seulement tu ralentis ta propre montée, mais en plus tu fous le stress à tout le monde quand le chauffeur, blasé par ton comportement, enclenche le bruit alarmant de la fermeture des portes.

Ensuite, et si tu te reconnais, tu es vraiment la pire des raclures : le mec qui ne veut pas sortir du train à la station pour laisser descendre. Clairement, tu n’as pas fait un tour sur la 13 à 8h30 parce qu’on ne t’aurait pas laissé le choix que de tomber entre les rails. A cause de toi, mes écouteurs giflent un pauvre passager avant de se coincer dans le poster de l’exposé d’espagnol du lycéen angoissé. Bref, ils sont cassés et tu dois m’en racheter.

Tu es probablement la même personne à ne pas se serrer pour faire de la place à ceux qui veulent monter. Tu as facilement de quoi mettre une personne et demie derrière toi, mais non, tu as trop peur de ne pas réussir à descendre à la prochaine station. Un pauvre mec a la joue collée à la vitre crasseuse du métro avec ton sac qui lui rentre dans la cuisse et des innocents, forcés d’être pressés contre le bassin d’une jeune femme, se font embarquer par la brigade anti-frotteurs de la RATP.

Si je te dois une chose, c’est le plaisir d’assister aux embrouilles que ta mauvaise conduite a initiées. Ce moment où je vois la goutte de sueur sur le front d’une dame que tu bloques qui, bousculée pour la sixième fois, essaye vainement de sortir. Le mec derrière la pousse et sort un « PAAAARDON ! » Commence alors la dispute à la française du « oui, bah vous voyez bien que j’essaye d’avancer, pas besoin de pousser rooooh. » Avec un peu de chance, ils finissent par s’insulter, m’obligeant alors à dissimuler mon sourire en coin. Moi j’en rigole, mais toi tu dois savoir que tu viens de gâcher le prochain quart d’heure de leur journée et que tu en es l’unique responsable.

Sache que je te méprise. Ton prix de consolation est de savoir que suite à cet article, je suis obligée de ne plus jamais manquer à ces règles de bonnes courtoisies, même par inattention. Mais bon, après tout, si Greta peut prendre un bateau jusqu’au sommet de l’ONU et rapatrier ses skippers en avion, alors moi je peux me lever de mon siège quand il y a foule mais rester assise quand une personne âgée débarque.

Finissons sur un fantasme, celui du jour où tous les parisiens seraient bienveillants et agréables, une baguette à la main, un sourire sur les lèvres et la farine du crouton sur la joue. Ce jour-là, tu seras ostracisé et moi soulagée.

 

Lucile

 

photographie : Romain Laurent

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