Huis Clos, l’Enfer à la Comédie Saint-Michel

Sous la direction d’Isabelle Erhart, Tibrizi Amari et Samantha Sanson se retrouvent cloîtrés dans la petite salle de la Comédie Saint-Michel. Coincés en Enfer, Garcin, journaliste, Inès, employée des Postes et Estelle, riche mondaine ne partagent rien hormis la mort. Ni bourreau, ni torture, excepté eux-mêmes. Retour sur une représentation chaotique.

 

Il est arrivé une chose surprenante cette représentation durant, à laquelle je ne fus jamais confrontée : un comédien lisait son texte sur scène. En effet, l’homme qui occupait le rôle du garçon d’étage, dont la présence est mineure dans la pièce, avait un porte-vue sous les yeux et jouait ainsi devant nos regards ébahis. On apprendra à la fin de la représentation que le comédien supposé incarner ce personnage était absent…et que l’un des spectateurs, lui même comédien, avait été engagé d’urgence afin de donner réplique à nos trois damnés. Belle pirouette pour la petite troupe, mais débuter une représentation ainsi est quelque peu troublant pour le spectateur et peine à le plonger dans celle-ci.

 

Passé cela, nos trois personnages apprennent à se connaître en Enfer. Tout de suite, le personnage d’Inès (Isabelle Erhart) est dérangeant, pour une raison d’abord technique : la très mauvaise diction de la comédienne, qui parle très vite, sans articuler et sans donner beaucoup de corps à ses répliques. Le second problème est inhérent à sa fonction de metteur en scène. Isabelle Erhart a inévitablement un temps d’avance sur ses camarades, et ce décalage, subtil ou non, est perturbant pour le spectateur, puisque la cohésion entre les trois personnages est ainsi difficile à saisir. Ce sera d’ailleurs le problème principal de cette représentation : la fluidité.

 

Alors que l’œuvre de Sartre nous plonge en tension, que l’étau se resserre autour des trois enterrés, les comédiens n’ont eu cesse de se précipiter dans leurs échanges, rendant la prestation chaotique et la compréhension compliquée. Un vacarme ambiant règne sur scène, où les comédiens ont principalement lancé leur répliques sans en écouter sincèrement le retour. Ce qui est dommage, puisque les comédiens ne tissent pas les liens qui lient leurs personnages en Enfer, cet Enfer sans bourreau excepté chacun pour l’autre. Cet enjeu crucial que Sartre a voulu mettre en exergue dans sa pièce n’est pas suffisamment perceptible durant la prestation. Tout va très vite, tout oscille entre euphorie et mollesse sans en trouver l’équilibre ni cristallisation du nœud qui renferme à jamais les trois personnages en Enfer.

 

En conclusion, Isabelle Erhart peine à nous faire ressentir ce que Sartre a voulu raconter. L’Enfer c’est les autres, excepté quand on oublie qu’ils existent sur scène.

 

 

Axelle Konini

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