HORS NORMES : QUAND L’AUTISME SORT DE SON MUTISME

Les premières images nous laissent d’abord une étrange impression. On voit une jeune femme atteinte d’autisme courir dans les rues de Paris, bousculer les passants avant de finir plaquée au sol par deux hommes. C’est alors un certain inconfort qui s’empare du spectateur. Mettre à l’écran une maladie aussi incomprise que l’autisme est loin d’être évident. C’est le pari qu’a tenté le célèbre duo de réalisateurs, composé d’Eric Toledano et d’Olivier Nakache. Comme souvent, c’est réussi.

C’est en observant l’action quotidienne des associations Le silence des justes et le Relai de l’Île de France que les réalisateurs, sans doute touchés par ce qu’ils ont observé, ont décidé d’en faire un film. Comme pour Intouchables, c’est dans les films inspirés d’une histoire vraie que le talent du duo s’exprime pleinement, tant il arrive à respecter les faits originaux tout en ajoutant du corps au récit.

Pourtant, à la lecture du synopsis, difficile de comprendre les enjeux de ce film. En effet, les codes traditionnels cinématographiques semblent renversés, en l’absence de véritable quête d’un « héros », à la recherche d’un amour/trésor/destin. Ici, il s’agirait davantage de suivre le parcours conjoint de personnes autistes délaissées par la société et de leurs jeunes accompagnateurs issus de quartiers difficile. A travers notamment le regard de Valentin (cas sévère d’autisme) ou celui de Dylan qui l’encadre, nous voici plongé dans un monde qui nous est généralement inconnu, d’où un certain mal-être ambiant initial au moment de voir la gravité de la maladie de ces gens, dont la vie paraît infiniment plus compliquée que la nôtre.

Avec une promotion réussie, que ce soit par la force de la bande-annonce, ou par des affiches simplistes, conjuguée à la réputation qui n’est plus à faire des réalisateurs et à laquelle s’ajoutent une bande-originale, incroyable mélange de puissance et de douceur (Bloodflow de Grandbrothers), et un casting intéressant, on obtient un film qui suscite grandement l’intérêt de la foule, curieuse de mieux comprendre l’univers autistique.

Le duo tirant les ficelles de l’intrigue met en scène un autre duo, celui composé de Vincent Cassel (Bruno) et de Reda Kateb (Malik). Si le génie du premier (La haine, Mesrine, Juste la fin du monde) n’est plus à prouver, le second (Hippocrate, Le champ du loup) gagne de plus en plus de galons, s’inscrivant depuis déjà quelques années comme une des figures incontournables du nouveau cinéma français. En outre, les apparitions d’autres acteurs comme celle du comédien Alban Ivanov ou celle  de la jeune actrice Lyna Khoudri que l’on peut actuellement apprécier dans le bouleversant Papicha (de Mounia Meddour), apportent de la légèreté à ce film sérieux.

Si l’on ne retrouve pas les épiques péripéties habituelles de l’héros moderne, ce succès visuel ne révolutionne rien. À l’instar d’Intouchables, on retrouve des personnages au grand cœur, cherchant à faciliter/changer la vie de gens handicapés.

Cependant, à la différence du succès de 2011, Hors normes se veut  moralisateur, portant un regard critique de la société dans laquelle nous vivons.

hors normes 2

« C’est quand même particulier l’autisme. Plus le cas est complexe, plus vous restez cloitré chez vous sans prise en charge. »

Prononcée par un médecin qui s’occupe de patients autistes, cette réplique présente tout l’aspect accusateur du film : on observe un dénigrement des mœurs des institutions et des organismes de santé, qui, fait avéré, « sélectionnent » leurs patients, délaissant certains cas d’autismes jugés « trop complexes ». Devant le manque d’effectif médical et la surpopulation des centres hospitaliers notamment, certains malades, aux perspectives d’évolution quasi inexistantes, se voient refuser un accès à des soins spécialisés, échouant alors dans les bras de leurs parents désespérés, image symbolisée par les pensées suicidaires de la mère d’un des jeunes autistes; tandis que d’autres, ne bénéficiant guère d’un meilleur traitement, sont bourrés de sédatifs, sanglés, attachés, parce qu’ils représentent un danger pour eux-mêmes ou pour les autres.

C’est dans ce contexte qu’interviennent les deux associations précitées et représentées à l’écran sous d’autres noms, permettant d’une part, la réinsertion de jeunes issus de milieux défavorisées et à qui on donne l’opportunité de changer leurs vies ; d’autre part, prenant en charge des enfants (quelques adultes également) autistes, que personne ne peut – ou ne souhaite – prendre.

Horrifié, affligé, et indubitablement attristé par l’abandon volontaire et conscient de ces êtres, le spectateur retient justement le caractère qui nous lie tous, peu importent la situation sociale, la couleur de peau, ou la maladie : le caractère humain. Nous sommes des hommes, et c’est ce que ce film semble nous montrer. C’est une leçon d’humanité qu’il se propose de donner, puisqu’on en ressort grandit, plus bienveillant qu’on ne l’a jamais été, et en exagérant délibérément, avec l’envie d’aider son prochain.

Enfin, si certaines personnes ont dénoncé la mauvaise image donnée de l’autisme qui renforcerait l’exclusion et les préjugés à leur encontre, ainsi qu’une éventuelle instrumentalisation de la maladie, qui serait uniquement utilisée pour toucher les gens et non pour permettre la compréhension de la pathologie, plus de donner une supposée mauvaise image donnée de l’autisme, ces avis marginaux ne paraissent pas réellement pertinents. Au contraire, ce film pourrait changer les mentalités vis-à-vis des personnes atteintes d’autisme, montrant des réalités que l’on refuse de voir. En tout cas, il fait sortir cette maladie du silence audiovisuel.

Pour plus d’informations sur les associations Le silence des justes et le Relai de l’Île de France, consultez les sites suivants :

N’hésitez pas à faire un don afin d’aider ces associations à faciliter la vie de personnes atteintes d’autisme.

 

RR

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