La descente au duplex

              Il est 21h lorsque vous sortez d’ASSAS. Vous et vos sages camarades estimez qu’il est trop tard pour travailler ; par conséquent vous décidez d’aller prendre un verre pour vous détendre parce qu’en tant qu’étudiante de Paris II, vous le valez bien. La soirée tourne à votre désavantage lorsque vous choisissez de poursuivre ce verre sur les pistes de danse parisiennes. Une impasse s’impose alors à vous : où sortir un lundi soir dans la capitale ? Recalée du Matignon parce que vous ne portiez pas d’escarpins, vous déambulez sur les Champs-Élysées en traînant vos baskets lorsqu’une ultime solution s’offre à vous : ce soir, ce sera la descente au Duplex.

              Après avoir déboursé 15 euros et blâmé votre amie qui n’avait pas le sans-contact ; l’un des videurs qui vous dévisageait depuis dix minutes vous parle d’une «surprise» en vous tendant un ticket. « Too bad » vous avez loupé l’entrée gratuite pour les filles avant 2h ; mais ne vous inquiétez-pas, la boîte veillera à respecter ses engagements sexistes :   « une bouteille de mousseux pour les trois nénettes ! ». Estimez-vous heureuses mesdemoiselles !

               A votre montre, il est 2h32 lorsque vous déboulez sur la piste et vous retrouvez sans défense entre les néons aveuglants et les enceintes vibrantes au cœur de la boîte. Vous vous déhanchez sur Pookie tandis que DJ Michel et son ventre imposant animent la soirée d’un geste répétitif de la main tout en anticipant Despacito. L’alcool vous aide à vous contenter d’une musique commerciale sur laquelle vous dansez avec vos amies lorsque des mains baladeuses tentent de se poser sur vos hanches. Après plusieurs expériences similaires avec différents « Kevin » et un certain nombre de refus réitérés, vous fuyez vers les toilettes tandis que Karim vous apostrophe, « vous la jolie minette ».

              Vous vous pensez saine et sauve dans les toilettes des ladies jusqu’à ce qu’une forte odeur de javel vous monte au nez et que vous sentiez une substance aqueuse se glisser entre vos orteils. En baissant la tête vous réalisez que vous êtes en train de patauger dans des flaques de produits ménagers déversés à coup de seaux par l’un des employés. La porte des toilettes fermée, positionnée sur la pointe des pieds au dessus de la cuvette que vous avez recouverte de papier ; vous entendez les vomissements de votre voisine et le soupir d’exaspération du pauvre homme attendant de déverser une fois de plus des torrents de désinfectant.

            C’est avec précipitation que vous sortez du marécage pour rejoindre vos amies et les fastidieux jeunes gens en quête de compagnie. Sur votre chemin pour le fumoir vous croisez la serveuse Priscilla et son incontournable piercing à hauteur du nombril, situé tout juste sous un crop-top fluorescent.

             Parvenue dans le brouillard nicotéineux, vous vous débattez contre les mains des assaillants qui tentent de vous atteindre par toutes sortes de moyens. Ignorant les remarques lourdingues qui fusent autour de vous, vous décrochez votre téléphone, toujours en quête de vos compatriotes. Alors que vous essayez d’intercepter des morceaux de phrases émises par la voix entrecoupée de votre amie au bout du fil, vous sentez que quelqu’un vous tire la manche avec insistance. Malgré plusieurs regards assassins et très signifiants, le jeune homme poursuit son geste, tel un enfant réclamant l’attention de ses parents. « Hé, hé, oh, je te parle ! » : vous vous dégagez de son emprise en lui assénant quelques injures au passage.

               C’en est trop. Vous sortez de l’antre maudite en fouillant dans vos poches pour retrouver le ticket du vestiaire. C’est dans un Uber à 6h du matin que vous pensez, songeuse, au cours qui commence dans trois petites heures et qu’en tant qu’honorable étudiante d’ASSAS vous ne manquerez pas de louper. Alors que vous remontez les bords de la Seine d’un regard vitreux, un constat irréfutable s’impose à vous : c’était une mauvaise idée de sortir un lundi soir, une bien pire encore de boire autant, mais que dire alors du Duplex ?

               Préférez un modeste petit bar au faux prestige de cet établissement surcoté des Champs ; fuyez la population douteuse et mal-attentionnée de ce sous-sol humide ; évitez ce terrain de chasse pour les experts en «beaufessie» ; ou bien buvez. Beaucoup.

L.H

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