La grippe bolchévique s’abat sur Paris

L’hiver n’est pas encore à son solstice que la grippe fait déjà son apparition d’une virulence rare. Aviaire ? Porcine ? Hélas ! Ce sera la grippe bolchévique. Après 1968, 1981 et 1995, l’année 2019 voit la résurgence d’une souche particulièrement vivace.

RATP, SNCF, écoles, urgences et j’en passe : la grippe se propage et ce n’est plus tenable. Ma situation personnelle n’en est qu’une modeste illustration.

Ce vendredi 6 décembre, je souhaite rejoindre le 92 rue d’Assas pour socialiser à la bibliothèque. Habitant de la rive droite, une seule solution s’offre à moi : le bus 84.

Arrivé à la station de bus, je suis confronté à un effroyable et désolant spectacle : aucun bus ne circule. Alors que certains de ses collègues relient Garges-lès-Gonesse à Sevran au péril de leur vie et pour le même salaire, le chauffeur de la paisible ligne 84 ose se plaindre et arrêter le travail !

L’application RATP me propose un itinéraire de remplacement : marcher jusqu’à Charles de Gaulle-Etoile, prendre le RER A puis le RER B à Châtelet-les-Halles jusqu’au jardin du Luxembourg.

Soyons clairs : en vingt ans d’existence, je n’ai pris le RER qu’une seule fois lorsque j’ai été sommé de me rendre au greffe du Tribunal de commerce de Nanterre pendant mon stage en cabinet. C’était en juillet dernier, il faisait quarante degrés et j’étais en costume. Après ce traumatisme, je me suis juré de ne plus jamais prendre ce moyen de transport si peu compatible avec l’idée de dignité humaine.

Alors que le maréchal Leclerc avait respecté le serment de Koufra en libérant Strasbourg le 23 novembre 1944, je respecte mon serment de la gare de Nanterre-Préfecture en ouvrant l’application Uber. L’Histoire le retiendra.

La loi de l’offre et de la demande a parlé : me rendre à Assas en Toyota Prius me coûtera soixante-cinq euros.

Nous restâmes bloqués une heure place de la Concorde puis boulevard Saint-Germain. Naufragé de la route, je pensais aux infortunés du radeau de La Méduse qui avaient subi mon sort il y a deux siècles. L’inquiétude me gagna en repensant aux actes de cannibalisme dépeints dans le célèbre tableau ; si mon chauffeur et moi restions bloqués là plusieurs jours, il me faudra lutter à mort pour survivre.

Mon angoisse s’est avérée légèrement excessive puisqu’après deux heures et demie de route, j’arrivais à Assas.

Alors que je me remettais péniblement de cette aventure, la grippe me frappa au cœur. La grève est reconduite ; certains syndicalistes extrémistes envisagent même de la poursuivre jusqu’à Noël. Si une telle annonce m’a presque fait défaillir, mon envie d’insoumission prit le dessus.

Il ne s’agit pas d’une insurrection politique, mais d’une révolte métaphysique comme le prônait Albert Camus. Face à l’absurde, je me dresse et m’oppose à la détérioration forcée de nos conditions de vie.

Voilà mon premier acte d’homme révolté : au nom des étudiants résidant rive droite et se trouvant dans l’impossibilité physique et morale de prendre le RER, je demande solennellement à l’Université Paris II Panthéon-Assas, de nous loger à l’hôtel Lutetia jusqu’à la fin des grèves.

Chers lecteurs soucieux de la préservation de la dignité humaine, soutenez mon initiative sur :

change.org/CollectifDesÉtudiantsOpprimésDeLaRiveDroite.fr

 

 

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