La Machine de Turing au Théâtre Michel

Qui est Alan Turing ? C’est ce que tente de nous expliquer Bruno Soles dans ce théâtre intimiste qu’est le Théâtre Michel. On y découvre le destin extraordinaire d’un homosexuel bègue dont la machine – l’ami – a vaincu l’Enigma.

Arrivant après l’œuvre cinématographique de 2014, l’Imitation Game de Marten Tyldum, la pièce a cet avantage sur le film qu’elle parvient à glisser de l’humour dans cette histoire tragique tout en nous rapprochant du mathématicien.

La salle joue également un rôle dans le récit de la vie du mathématicien, le public se trouve si près de la scène qu’il se sent inclus dans les échanges entre acteurs. Le réalisateur parvient ainsi à partager – et non raconter – avec une extrême simplicité de moyens. Deux duos de comédiens reprennent à tour de rôle les personnages, deux acteurs sur les planches, pas de changement de décor, 90 minutes de représentation : cela suffit à nous transmettre la vie d’Alan Turing. Les spectateurs quittent les lieux avec un profond sentiment d’injustice pour ce génie réhabilité il y a seulement six ans.

La pièce ne se contente cependant pas d’être une simple biographie. Elle nous fait traverser les différentes époques avec une approche singulière. L’enquête policière du sergent Ross se transforme ainsi en course contre la montre entre le contre-espionnage britannique et l’Enigma. Le théâtre devient ensuite une salle de conférence, puis un tribunal, sans jamais nécessiter de pause ou de nouveau décor. Le réalisateur parvient à communiquer, en plus de son histoire, les idées d’Alan Turing, défendant son amour pour les hommes puis pour les mathématiques. Les interrogations du savant en 1952 restent d’ailleurs d’actualité. « Les machines peuvent-elles penser ? » demande-t-il à la salle. Les arguments qu’il avance sont aussi vrais aujourd’hui qu’il y a plus de cinquante ans.

La scène finale achève de nous rapprocher de Turing, les personnages devenant des utilisateurs Apple lambda. C’est une lettre d’amour adressée aux mathématiques autant qu’à l’œuvre du cryptographe. On en ressort ému, possiblement indigné et certainement intrigué par les outils dont nous nous servons tous les jours, outils pour lesquels il nous faut remercier Alan Turing.

 

A.N.

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