Coronavirus et censure chinoise

Alors qu’en France, le ministre de la Santé rassure tant bien que mal la population sur les risques d’épidémie, en Chine, la question brûlante de la mainmise des pouvoirs publics sur l’information se pose.

Il y a un mois, Zhou Xianwang, le maire de Wuhan, avouait à la télévision chinoise que d’une part, les autorités chinoises ont transmis trop tard les informations concernant le coronavirus et d’autre part, qu’elles n’ont pas tiré les conséquences des informations dont elles disposaient. Selon lui, cette faute est due à l’organisation du pouvoir chinois puisqu’en tant que maire, il n’était pas en mesure de divulguer ces informations sans autorisation du gouvernement central.

L’organisation autoritaire du gouvernement chinois aurait-elle favorisé la propagation du virus ?

Le 30 décembre 2019, Li Wenliang, un ophtalmologue chinois de Wuhan, alerte ses collègues médecins de la présence d’un virus dangereux et d’une potentielle épidémie. Il n’est pas entendu. Au lieu de prendre les mesures s’imposant, les autorités chinoises lui font signer un document dans lequel il reconnaît avoir transmis de fausses informations et affirme comprendre qu’il sera puni s’il ne cesse pas ses activités illégales.

Quelques jours plus tard, l’ophtalmologue contracte le coronavirus. Un mois après, il en meurt.

Li Wenliang fait désormais figure de lanceur d’alerte posthume. De nombreux chinois lui rendent hommage tout en exprimant leur attachement à la liberté d’expression et au droit à l’information. Dans les rues de Wuhan, certains soufflent dans des sifflets, faisant ainsi référence au terme anglais « whistleblower » qui désigne les lanceurs d’alerte. D’autres, partagent des messages ou des photos sur leurs réseaux sociaux malgré la censure omniprésente.

Si un élan d’insoumission traverse les réseaux sociaux et la ville de Wuhan, ces quelques indisciplinés ne suffiront pas à déstabiliser le gouvernement chinois.

Certes, cette tragédie humaine dont le bilan ne cesse de s’alourdir pèse sur les autorités. Mais c’est aussi l’occasion pour le Parti communiste chinois d’étaler sa plus belle communication. Entre discours glorifiant l’efficacité de l’action des autorités, visite rassurante du Premier ministre à Wuhan et désignation de boucs-émissaires locaux, Xi Jinping a plus d’un tour dans son sac.

Son dernier tour de magie ? La disparition de Chen Qiushi. Cet ancien avocat chinois qui s’était déjà fait journaliste pendant les manifestations hongkongaises, s’est donné pour mission de documenter la gestion du virus et notamment la prise en charge des patients à Wuhan. Dans l’une de ses vidéos, il nous montre des cadavres à même le sol encombrant les couloirs d’un hôpital. Dans une autre, il dénonce le manque de masques et d’équipements de protection. Il y fait aussi part de ses inquiétudes pour sa vie et celle de ses proches car il se sent menacé par le Parti.  « Devant moi, le virus. Derrière moi, le pouvoir chinois », tels sont ces mots. Puis, il dit : « Allez-vous faire foutre, je n’ai pas peur de mourir. Tu crois que j’ai peur de toi, parti communiste ? ». Quelques jours après, il disparaît. Alors qu’il ne présentait aucun symptôme, on l’aurait placé en quarantaine forcée, dépourvu de tout moyen de communication.

Ainsi, le Parti semble avoir une part de responsabilité dans la progression du virus en tant qu’il n’a pas pris les mesures nécessaires en temps et en heure et n’a pas suffisamment alerté la population. Mais si cette attitude suscite de nombreuses critiques parmi les chinois, l’heure n’est pas à l’insurrection. Au contraire, cette épidémie mal contrôlée, mal documentée, peut être une aubaine pour le pouvoir central, qui en profite à la fois pour réaffirmer sa légitimité en se présentant comme le sauveur de la population en dépit des erreurs commises par les autorités locales, et pour faire taire ses détracteurs les plus virulents par une mise en quarantaine au nom du bien commun et de la santé publique.

 

Iris Chabriat

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