L’amitié fille-garçon, fiction ou réalité ?

(La rédactrice se place ici dans le cadre de relations entre mâles et femelles hétérosexuels cisgenres. Si vous voulez soulever la question du reste du monde je vous y invite volontiers, ça m’intéresse beaucoup. Si vous considérez qu’il s’agit d’une réduction conservatrice et non représentative du sujet, je vous prie de m’excuser. Bonne lecture)

Question qui revient assez régulièrement et qui pourtant ne semble jamais faire consensus : l’amitié entre filles et garçons existe-t-elle ? Pour la génération de nos parents, la réponse générale tourne autour du « non ». Les personnes interrogées ne nient pas être amies avec le sexe opposé mais ont du mal à croire à une relation dénuée de tout désir entre deux jeunes hétéros, célibataires ou non. D’où les trop nombreuses remarques que rencontrent beaucoup lorsque surgit en société un prénom de l’autre sexe. Généralement accompagnées d’un clin d’œil et d’un sourire en coin, elles ont cependant le mérite de permettre d’ouvrir le débat, la génération actuelle étant de manière globale beaucoup plus encline à reconnaître l’existence d’une possible amitié entre les deux sexes. Elle semble en effet moins troublée par la proximité fille/garçon que la précédente, bien que le concept d’amitié entre les sexes reste très clivant. 

L’amitié entre fille et garçon semble causer moins de problèmes de manière générale lorsque qu’au moins l’un des deux concernés est en couple, le postulat général étant que si on se trouve dans un couple sain, on ne souhaite pas tromper son partenaire (la rédactrice se place dans une approche monogamiste de la question et présente ses plus sincères excuses au défenseurs du polyamour et du couple libre). Le couple établit une sorte de barrière de sécurité qui permet de développer plus facilement l’amitié entre deux individus, toute ambiguïté étant en principe retirée. Il ne s’agit pas ici de discuter de la jalousie qui peut naître face à ces relations, celle-ci étant propre (ou pas) aux couples concernés, mais plutôt de s’intéresser à la sincérité de la relation qui peut venir à s’établir. Homme ou femme, on est plus en confiance dans une relation avec l’autre sexe lorsqu’il existe ce garde-fou social qu’est le couple. Les questions disparaissent car la situation est claire, la nature de la relation s’imposant de fait. 

Le célibat ne permet pas une telle sérénité. Quelle que soit la nature de la relation recherchée, il n’existe plus ce filet de sécurité que créait le couple. L’amitié peut elle se développer ou une ambiguïté va-t-elle nécessairement s’imposer ? Une réponse récurrente est de considérer que l’amitié fille/garçon existait avec mesure. On établit en effet rapidement une différence entre ‘potes’ ou connaissances, et véritables amis. Certains considèrent qu’au-delà de simples « potes »  il est impossible de maintenir une relation saine. Quel intérêt en effet de rester simples amis ? Comment gérer la jalousie ? Quid de nos terrifiantes hormones ? La plupart des séries, films, romans et autres abondent dans ce sens, trop de proximité cachant nécessairement des sentiments amoureux refoulés. Les exemples sont cependant nombreux au quotidien de relations inter-sexes ne posant de problème à aucune des deux parties, aussi proches soient elles. Qu’en conclure alors ? L’amitié est donc possible, mais doit-elle nécessairement apparaître entre deux personnes qui ne peuvent pas se mettre ensemble ? Ou entre deux personnes qui ne s’attirent pas ? 

L’attirance est un concept difficile à définir mais il est difficile d’imaginer qu’on puisse être ami avec quelqu’un qui ne nous attire absolument pas intellectuellement ou même physiquement. Il faut cependant savoir distinguer attirance et amour, deux notions trop souvent confondues. Cette attirance est le ciment de toute relation durable, en amitié comme en amour.  L’amitié, sincère, profonde, suppose un respect, une confiance et oui, naturellement, une attirance pour l’autre personne. Un rapide sondage auprès de la rédaction a semblé confirmer cet avis. Nos amis, quelque soit leur sexe sont de manière générale des personnes qui nous plaisent. C’est un phénomène assez logique. Nous allons vers ce qui nous attire et ce, dans tous les domaines. Le social n’y échappe pas. 

Il n’y a pas là d’opposition fondamentale avec l’idée d’amitié, la retenue et la raison étant censées être le propre de l’Homme. Nous sommes des êtres sexués mais également pensants et en capacité de résister à l’envie de se jeter sur tous les individus que l’on jugerait « baisables ». Savoir se détacher d’une simple attirance physique, prendre du recul sur ce que nous souhaitons vraiment est non seulement possible, mais surtout nécessaire au développement et à la préservation de relations. Un individu considérant que le désir signifie automatiquement la fin d’une amitié aura en effet du mal à nouer des relations amicales avec le sexe opposé de même qu’un individu plaçant ses désirs immédiats au dessus de la préservation de ses relations aura également du mal à croire qu’une amitié entre les deux sexes est possible. De façon plus crue, il s’agit de la différence entre penser avec sa tête ou sa bite. (La rédactrice n’a pas trouvé d’expression équivalente pour le gent féminine pour illustrer le propos, déso.)

Il n’y a pas de réponse universelle à la question « l’amitié entre fille et garçon est-elle possible ? » car elle se résout au cas par cas, certaines personnes ne parvenant pas à faire abstraction du sexe, ou à prendre le recul nécessaire par rapport à lui. Il est évident que si le critère d’homme ou de femme prime sur tous les autres à leurs yeux, elles ne peuvent pas construire une relation avec un membre du sexe opposé sans que celle-ci ne soit vouée à se transformer en relation amoureuse ou à une relation ambiguë qui ne permet finalement ni la sincérité, ni l’aisance que doit apporter une amitié véritable. 

Il y a cependant une réponse mathématique à la question de « l’amitié entre fille-garçon existe-t-elle ? » car du moment qu’il existe un duo homme/femme amis qui se considèrent comme amis, qu’ils soient proches ou non, qu’ils soient en couple ou non, cette amitié existe. Ces amitiés sont non seulement aussi nombreuses que diversifiées, mais elles apportent énormément. Il serait parfaitement ridicule d’essayer de faire croire qu’une amitié fille/fille ou garçon/garçon est semblable à celle qu’on peut trouver entres membres du sexe opposé tout simplement car filles et garçons sont différents. Au-delà des arguments de construction sociale, le fait est qu’hommes et femmes sont opposés sur certains points. Expérimenter une amitié avec le sexe opposé permet de trouver une riche complicité ou une complémentarité. Il revient à chacun de savoir s’il/elle est capable ou non de se détacher de l’idée basique de mâle et femelle. 

 

Adèle

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