Le rationnel à l’épreuve du coronavirus

NDLR : Cet article est une contribution extérieure à la rédaction de La Pravd’Assas.


 

Pendant l’allocution du chef de l’Etat, lundi 13 avril, alors qu’il annonçait de nouvelles mesures de confinement et que le tout-venant familial y allait de sa petite réflexion, ma mère prit la parole pour la première fois : « son discours fait homélie, il aurait pu être prêtre le président ». C’est vrai, qu’il y a du prêtre voir de l’évêque dans le discours du chef de l’Etat, mais outre cette réflexion qui relève de l’observation de pure forme, sur le fond elle n’a pas tort, les personnalités publiques face à une crise que l’on ne comprend pas ont tendance à se transfigurer en leaders religieux. 

On assiste tout autant à une crise sanitaire qu’à une crise de foi. Alors que la science est plus que jamais sollicitée pour trouver un traitement et un vaccin, l’homme commun comme moi qui ne maîtrise pas les subtilités de la recherche et de la science se retrouve face au vide de l’incertitude. Un nouveau mal et pas de nouveau remède. Lors de la grande peste de Marseille, le peuple s’était tourné vers Notre Dame de la Garde, nos gourous et protecteurs ne sont plus couronnés d’étoiles mais portent des blouses ou des costumes, font le tour des plateaux de télévision et vantent leurs méthodes miracles ou critiquent les mesures prises et proposent des solutions. Ils se nomment Didier Raoult ou Karine Lacombe et rassemblent derrière eux une foule de fidèles, frôlant parfois l’hystérie collective, opposant parisiens à marseillais, système à anti-système, labos à peuple, comme si les virus se préoccupaient de ce genre de distinctions. 

 

On a vu apparaître des banderoles de soutien pour tel ou tel professeur, des messages de haine contre ceux qui s’opposaient. On a également entendu des déclarations de soutien de la part de personnalités publiques comme d’anciens footballeurs ou des hommes politiques (qui ne sont pas dans les boucles actuelles de la recherche). De nombreuses théories du complot sont apparues, la plupart expliquant qu’il existerait des traitements abordables que les  labos refuseraient de commercialiser et qu’un membre de la famille royale d’Angleterre a bénéficié d’un traitement expérimental secret.

Face aux flux d’informations poubelles ou pseudo-scientifiques sur fond de débat politique, prenons cinq minutes : éteignons n’importe quel média télévisé, BFMTV et LCI, respirons, fermons les yeux et acceptons une chose : nous n’avons aucun contrôle sur la situation, nous ne savons rien et ça nous va. Lâcher prise pour laisser le pays reprendre pied.

Un fois ce travail fait, replaçons raison et logique au cœur du débat. La médecine, la chimie et la biologie sont des sciences qui souhaitent tendre vers une vérité qui soit la plus proche de la réalité biologique possible, elles ne tolèrent ni les simples intuitions, ni les approximations. Il existe une méthode scientifique qui ne peut être manipulée comme on le souhaite, comme le voudraient certains chercheurs. L’intuition est en soi souvent un bon point de départ, elle doit se confronter aux barrages de la preuve. Sans recherche, la confiance en la science n’a aucune valeur. Elle n’est ni une base ou un résultat, ni un élément de preuve. La croyance étouffe le rationnel, jugule le débat scientifique et détourne de son but la science, la recherche d’une vérité biologique se rapprochant le plus de la vérité. 

Enfin, lien de corrélation ne veut pas dire lien de causalité, ce n’est pas parce que l’eau sucrée combinée avec du paracétamol fait tomber la fièvre que c’est le combiné des deux qui vous a guéri. Ce n’est pas parce que vous avez guéri du covid-19 en prenant de l’hydroxychloroquine (hors d’une étude ou dans une étude) que vous n’auriez pas guéri de la même façon sans ce traitement. Nous ne sommes ni médecins, ni chercheur, ne nous inventons pas ces compétences et évitons les professions de foi hasardeuses qui ont plus de place dans un lieu de culte que dans un hôpital.  

Écoutons notre président, testons toutes les méthodes mais rationnellement et scientifiquement. Ne croyons ni charlatans, ni vendeurs de miracles. Ce que relève cette crise, autant que la désorganisation de notre système de santé, c’est que l’Homme qui a peur déteste l’incertitude, il lui faut une réponse immédiate même imparfaite voir irrationnelle. Tournez-vous vers Bouddha, Allah, Krishna ou Jéhovah, choisissez même votre paire de puma, si vous le souhaitez, mais n’entravons pas la recherche par notre idéologie. Laissons les débats techniques à la communauté scientifique : pour qu’un médicament fonctionne il ne suffit pas d’y croire.   

 

Antoine Genet

 


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