Le camping, c’est de la merde

C’est Julien qui lance l’idée brillante. « Il fait beau, il fait chaud, on a un week-end et on est tous dispos, venez on fait une rando et on passe la nuit dans la forêt ! » Bizarrement, tout le monde est motivé. Je ne réagis pas vraiment parce que, connaissant le groupe, ça ne se fera jamais. Sauf qu’ils sont vraiment motivés ce coup-ci. L’oncle de Julien a deux tentes, il passe les chercher la semaine prochaine, il en manque juste une ! Marie a des duvets, elle va les ramener. Charles voulait essayer la pêche, c’est le moment idéal. Nadège, sa copine, est ravie parce qu’elle a besoin de se ressourcer. Et c’est comme ça que le vendredi soir je me retrouve à hyperventiler dans mon lit à l’idée du départ à l’aube. On se calme, nous sommes tous adultes, et on s’est bien organisé cette fois non ? Julien et Antoine s’occupent des tentes, Marie et moi des duvets et couvertures, Charles a trouvé un super spot sur Google Maps, Nadège et Simon s’occupent de la bouffe. Je souffle et me laisse happer par l’enthousiasme général, ça va être chouette.

Arrivée 6h22 à la gare RER, petit souci technique. Antoine est en retard. En plus il faut réorganiser les sacs, parce que certains sont trop lourds, sauf que Nadège a ramené un tote bag et Charles un simple Eastpak avec sa canne à pêche. Charles n’a « pas pensé » que ça pourrait être trop petit, et Nadège, elle, veut bien faire des efforts, mais les gros sacs Quechua c’est moche. Antoine n’arrive toujours pas, la pression monte. Ça crie, est-ce qu’on devrait retourner chez nous chercher des sacs ? Est ce qu’on attend Antoine ? Julien, éternel optimiste, qui a d’ailleurs eu la brillante idée de prendre sa guitare, nous rassure. Si on a réussi à arriver jusqu’à la gare, on doit pouvoir tenir la rando, on portera les sacs les plus lourds à tour de rôle. Et Antoine, il nous rejoindra. Il a raison, on se calme, on repart. 

Pendant le trajet, le mot d’ordre est bonne humeur. Ça chante, ça tape des mains, je me sens retourner aux jolies colonies de vacances. Julien joue du Tryo. Je me dis que je devrais réécouter ce groupe, c’était vachement sympa quand même. On reçoit un message d’Antoine, il vient de se lever, il nous propose d’avancer, on lui enverra notre position une fois installés.

Arrivée à la gare de B… à 8h12, Charles prend la tête du groupe. On décide de prendre un petit casse croûte. Simon propose des BNs, que tout le monde accepte. Nadège propose des biscuits Bjorg à l’arôme de citron, que tout le monde décline. Charles nous fait traverser le pittoresque village de B… ; passer par un charmant petit pont, longer de magnifiques champs de tournesols. On partage les bons souvenirs, les anecdotes burlesques, c’est le paradis. A un moment donné, Julien reprend la guitare. Ah ! c’est encore du Tryo ?

11h26, les ennuis commencent. Apparemment le chemin que propose Charles implique de traverser une nationale. Grand débat au sein du groupe, finalement on décide que la vie c’est aussi de prendre des risques. Nadège a beaucoup de citations à ce sujet, Simon la prie de bien vouloir la fermer et on se prépare. Terrifiant sprint sur l’asphalte avec mon fardeau sur le dos effectué, je décide de m’opposer fermement à ce qu’on réitère l’expérience au retour. Tout le monde est plutôt d’accord, Julien a failli lâcher sa guitare et Nadège son tote bag. Charles se plie à la pression générale et promet qu’on cherchera une solution demain. 

Charles nous entraîne ensuite dans la forêt, et nous nous éloignons bien rapidement de toute trace de passage de l’homme ainsi que du doux bercement que nous offrait la nationale que je viens vite à regretter. Il est bientôt 14h et le petit casse croûte semble désormais bien loin. Nous avons faim, mais hors de question de s’arrêter dans les fourrés inhospitaliers. Adieu pantalon et chaussettes, on se sera bien amusé ensemble. Chacun a adopté une technique différente pour braver la jungle d’île de France. Charles taille son chemin à grands coups de bâton. Nadège, maligne, suit ses pas et parvient à éviter le gros des obstacles. Marie n’a pas cette chance. Venue en short, ses jambes sont cruellement tailladées par les sous-bois, et je ressens un pincement au cœur pour son petit pull, acheté en friperie, qui ne survivra très probablement pas à la traversée. Julien utilise ingénieusement son étui à guitare pour repousser l’ennemi, mais manque d’assommer Simon qui le suit à grande peine en fermant la marche, et dont le langage évolue aussi rapidement que les blancs mollets de Marie se couvrent d’égratignures. « Bon on arrive quand ? » ; « Eh vous aviez pas dit 1h depuis la route ? » ; « Putain Charles on va où là ? » ; « Non mais seri-TA MERE LA BRANCHE ! OH CHARLES TU NOUS FAIS QUOI LA ? » 

Charles, réceptif à la demande du peuple, presse le pas. C’est ainsi que vers 15h, nous arrivons sur les berges d’une charmante rivière. Trop épuisés pour apprécier la beauté du lieu, la troupe s’affale sur l’herbe. La motion de sortir les sandwichs est adoptée à l’unanimité, et tout ce beau monde se jette sur sa pitance tandis que Julien, sourire aux lèvres, nous offre un petit morceau de Tryo pour accompagner le repas. 

L’après-midi passe sans trop de problèmes, les tensions disparaissent. Charles s’installe pour pêcher et Nadège tente d’initier Julien et Simon au yoga. Julien maîtrise presque le salut au soleil quand Charles sort sa première prise : un bidon en plastique vieux rose. Une observation plus précise des berges nous apprend que le cours d’eau est assez crade en fait. Plus question pour Nadège de se baigner. Je la suis sur ce coup là. Les garçons décident tout de même de faire trempette, sans trop d’enthousiasme notais-je cependant. Quand ils reviennent, Marie demande à Simon s’il peut lui passer l’eau. Il lui tend la bouteille mais lui demande de ne pas tout prendre car il n’y en a plus beaucoup. 

« Comment ça plus beaucoup ? T’as bien pris d’autres bouteilles non ? »

« Bah j’ai qu’un litre, prends dans la tienne »

« Quoi « la mienne »?! C’est toi qui devait prendre les bouteilles ! »

Panique générale quand on réalise qu’un malentendu a eu lieu quand à l’eau. Simon certifie qu’il devait prendre « la bouffe », conversations messengers à l’appui. Nadège, qui a de son côté plusieurs bouteilles d’eau aromatisée qui menacent de faire craquer son tote bag, le soutient faiblement malgré tout « c’était pas clair aussi… ». Inventaire rapide des sacs, ma petite bouteille et celle de Marie, prises en bonus ce matin, ont été vidées le midi. Julien a encore une moitié de gourde « mais j’ai eu la mono y 4 mois » et chez Nadège, deux bouteilles et demie d’eau à la fleur d’oranger. Julien propose de s’hydrater dans la rivière, mais l’émergence assez peu fortuite de ce que pourrait être une ancienne éponge à la surface lui fait perdre son sourire éclatant. Fini les conneries, on va se rationner. 

Pour se calmer on installe les tentes. Mais nouveau débat, qui dort où ? Charles et Nadège maintiennent qu’en tant que couple il est normal qu’ils aient une tente à eux. L’idée de partager leur couche maritale ne m’attire pas spécialement, mais celle de me serrer avec trois autres personnes encore moins. Finalement un accord sur une tente pour les filles et une pour les garçons tombe, en attendant qu’Antoine arrive et qu’on puisse s’organiser. La présence de ce dernier semble de plus en plus improbable considérant le fait qu’il ne répond plus aux messages depuis 17h, à moins que ce ne soit le réseau qui déconne. « Mais vous inquiétez pas, je lui avais tout indiqué » nous rassure Charles. 

Repas du soir morose. Chaque bouchée du boulgour sec de Nadège nous rappelle que nous manquons d’eau. Julien pense qu’en mangeant d’abord les légumes crus qu’elle avait ramené en accompagnement, on pourra s’hydrater. C’est désespérément que Simon et moi même le suivons. Ça ne marche pas. Marie s’attire les foudres du groupe quand elle demande si elle peut se rincer les jambes – c’est vrai que c’est pas beau à voir. Elle se venge quelques instants plus tard en indiquant à Julien qui sortait sa guitare que Tryo ça casse les couilles à tout le monde en fait. Personne ne vient défendre Julien qui part s’isoler. Je crois qu’il pleure. Mais bon elle n’a pas tort aussi. 

La nuit est déjà tombée quand des mouvements autour du camp nous effraient. Simon a passé la dernière demi-heure à parler de Nordahl Lelandais, sujet qui a dérivé sur les films d’horreur. Soulagement général quand on réalise que ce n’est qu’Antoine. Il n’avait presque plus de batterie, d’où son silence. On lui demande s’il a de l’eau. « C’était pas Simon et Nadège ça ? », le ton monte à nouveau. Il apporte cependant avec lui une tente, annonce-t-il tout sourire. 

Et c’est toujours tout sourire qu’il sort de son sac une tente de plage Décathlon qui se déplie quand il la lance. Le froid qui s’installe nous convainc de le laisser seul dans sa tente qui n’offre que peu de protection. Il ne comprend pas ce refus et semble se vexer. Son agacement augmente d’autant plus quand il réalise qu’on est crevé et qu’on veut aller dormir. Seul Julien accepte de lui tenir compagnie, et on s’endort alors qu’Antoine s’extasie devant du Tryo. 

Le petit déjeuner essentiellement composé d’eau aromatisée passé, c’est l’heure de partir. Quelle n’est pas la surprise d’Antoine de nous voir nous diriger dans les sous-bois. « Vous avez pas pris le chemin ? » Charles est catégorique, il n’y a pas de chemin de forêt qui mène ici. Antoine nous surprend tous en nous guidant à un petit sentier de terre à 20 mètres de là. Il mène en effet à la nationale. L’arrivée dans le jardin d’une charmante maison nous indique vite pourquoi nous n’avons pas vu le chantier sur maps : nous étions sur une propriété privée. 

Trois jours plus tard, Marie poste sur insta un ensemble de photos sur lesquelles, par un effet miraculeux, nous apparaissons tous souriants. Je pense que c’est le #memories qui me fait vriller. Le camping, c’est vraiment de la merde.

 

Adèle

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