La baleine à bosse ou le « cétacé altruiste »

A bas la haine, place à l’altruisme

En 2016, Robert Pitman et son équipe de chercheurs et biologistes marins ont publié dans Marine  Mammal Science leur étude permettant de mettre en lumière un caractère empathique et altruiste chez  la baleine à bosse (Megaptera novaeangliae), une étude effectuée sur 115 cas observés. 

Dans son ouvrage Fraternité : Une nouvelle utopie, Jacques Attali déclare que  « La Fraternité consiste à trouver du plaisir au bonheur de tout ce qui a vécu, vit ou vivra. Un altruisme universel qui s’adresse à l’autre et à tous les autres. ». Par ces mots, Jacques Attali semblerait décrire directement le comportement protecteur des baleines à bosse envers les autres animaux de l’océan. Néanmoins, faut-il s’arrêter à ce constat ? 

Une centaine d’observations ont permis de lever le voile sur ce comportement longtemps méconnu des baleines à bosse, cette tendance à venir en aide non pas seulement à leurs congénères mais aussi à d’autres espèces lorsqu’elles sont menacées par un orque (Ornicus orca). Ainsi, des baleineaux, des poissons mais aussi des phoques ont pu voir leur vie sauvée par le mammifère. Néanmoins, cet acte ne semble pas sans danger pour la baleine. Bien que cette dernière ne soit attaquée que dans 11% des cas par un orque, cela débouche dans 85% des cas sur une attaque ciblant son baleineau. Ce comportement semble donc totalement altruiste, dépourvu de tout bénéfice, mais comment en être persuadé ? 

Sur ce sujet-là, les avis divergent. Pour d’autres chercheurs, ce comportement  particulier ne serait qu’une technique de dissuasion dans le but de montrer aux  épaulards qu’ils n’ont pas intérêt à attaquer leurs baleineaux. Alors, la possibilité de  voir en la baleine à bosse un animal amical, protecteur et empathique tomberait à  l’eau… De fait, comment caractériser ce comportement ? 

En appliquant la théorie aristotélicienne de l’amitié au cétacé, il semblerait que ce dernier ne puisse avoir une relation d’amitié motivée par le plaisir ou la vertu envers les autres locataires de l’océan auxquels il lui arrive de venir en aide. En effet, la baleine à bosse envisagerait cette protection amicale comme une pure relation d’utilité, lui permettant de garantir la perpétuation de son espèce. De plus,  la baleine à bosse pourrait être perçue comme un véritable animal-harceleur, ses victimes étant les orques. Nous nous tiendrions alors bien loin d’une caractérisation  altruiste de ce mammifère marin. 

Néanmoins, le témoignage de Nan Hauser, biologiste marine engagée dans  l’étude des baleines permet de relativiser le propos précédent envisageant une haine possible de la Megaptera novaeangliae envers les épaulards. Durant une de ses observations, la biologiste a plongé avec une baleine à bosse proche des îles Cook dans le Pacifique. Cette dernière revient sur cette histoire incroyable. Le mammifère marin, à l’aide de son museau, l’aurait déplacée pendant plus de dix minutes et même soulevée sur son dos. Alors que Nan voyait son heure arriver, l’équipe se serait rendue compte que la baleine était en train de l’éloigner d’un requin tigre de trois mètres de long qui rodait dans les parages. Il reste à savoir si cet acte est exceptionnel ou s’il est régulièrement réitéré par le mammifère. Il est difficile de conclure en disant que la baleine puisse être un animal altruiste ou bien une harceleuse d’orque. Il semblerait que la réalité se situe entre les deux, et les pratiques du cétacé ne pourront être mieux cernées qu’à l’aide de nouvelles études comportementales à son sujet.

Valentin Valette

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