Les sunlights des tropiques, ou le Prométhée moderne

Que faisiez-vous le 27 avril 1985 ? Vous ne savez pas ? Vous ne vous rappelez pas ? Etiez-vous né déjà ? Ne nous mentons pas. Au regard de la moyenne d’âge de notre lectorat, vous n’étiez probablement pas né, ni même prévu encore. Peu importe. Car si vous n’étiez pas de ce monde, le monde, lui, voyait naitre le plus grand tube des 50 dernières années.

Replongeons-nous dans notre passé. Dans quelle société vivons-nous en 1985 ? Nelson Mandela est toujours en prison. Au Brésil, d’immenses manifestations populaires obligent le général João Figueiredo à rendre le pouvoir. Un tremblement de terre de 7,8 sur l’échelle de Richter dévaste la cote de Valparaiso et Santiago au Chili. Marc Chagall meurt. Mikhaïl Gorbatchev arrive au pouvoir en URSS, dans une guerre froide qui met les nerfs à rude épreuve et qui n’en finit plus. En d’autres termes, le monde halète.

«  Je n’en pouvais plus de cette pression. J’avais besoin de me détendre, de respirer. »

François Mitterrand

Et c’est Gilbert Montagné qui vient lui donner un second souffle. Si Peter et Sloane chantaient Besoin de rien, envie de toi la même année, en réalité, les tensions montent. Les Français ont le blues. Nous faisons face, non pas au fameux creux de la vague, mais à un véritable abysse musical, duquel Gilbert finit par nous sortir par quelques notes de musique. Car oui, Besoin de toi, envie de toi, Gilbert.

Et Gilbert ne déçoit pas. Au contraire, Gilbert régale. Par son titre co-écrit avec Dario Farina et Didier Barbelivien, il semble nous transmettre le feu, la passion, volant la musique sacrée de l’Olympe pour en faire don aux humains, à nous, simples mortels. Oui, Gilbert est titanesque.

Dès les premières notes, nous savons à quoi/qui nous avons affaire. Cet air solaire laisse les enfants et les adultes rêver. Nous avons envie d’une noix de coco, d’un jus de papaye, d’un ananas et d’un parasol. Le désir de vivre sous l’équateur du Brésil, entre Cuba et Manille. Aussi, nous avons besoin d’amour. Et Gilbert nous en procure.

« Entre 1970 et 1985, la fréquence transversale du divorce aura ainsi été multipliée par 2,5, passant de 12 à 30 divorces pour 100 mariages. »

Wilt Ipedia

Vous l’aurez compris. Dès 1985, l’amour reprend ses droits, et sa place de choix dans le paysage français. Remède à la flambée des divorces, il faut saluer le travail du visionnaire Gilbert. Des montagnes à la plage, ce titre nous fait voyager. Non seulement, met-il du soleil sur notre peau, mais comme l’impression d’avoir, dans le cœur, un bongo, et dans la tête, un oiseau.

Derrière ses lunettes de rock star, Gilbert veille sur nous. Il sauvegarde notre bonheur et protège nos joies. Interrogé sur l’influence que l’artiste a eue sur lui, François*1, étudiant en journalisme, témoigne :

«  Il a changé ma vie. J’étais isolé, enfermé, renfermé. Je refusais l’aide que l’on m’apportait. J’étais devenu aigri, pessimiste. J’ai eu des pensées noires. Mais tout cela est derrière moi maintenant depuis que j’écoute et que je vis sous ‘Les sunlights des tropiques’. Désormais, je croque la vie à pleines dents. Gilbert est mon maitre à penser. Grâce à lui, j’ai notamment appris que l’amour se racontait en musique. »

C’est la vie de toute une génération qui a changé après ce titre. Inutile de nier l’impact de Gilbert sur le quotidien de millions de français (et d’internationaux) : Baby Boom, Nouvelles 30 Glorieuses, croissance économique, baisse du chômage et hausse du bonheur national brut.

Gilbert, en un titre, c’est Les sunlights des tropiques.

Les sunlights des tropiques, en un mot, c’est que de l’amour.

Aimons l’océan Pacifique, aimons la terre, aimons la vie, et aimons-nous. Car oui, sous les sunlights des tropiques, toi et moi, on va s’aimer.

BONUS : LES MEILLEURES REPRISES DES SUNLIGHTS DES TROPIQUES

Julien Doré – Les sunlights des tropiques (France Inter)

Sans aucun doute, la meilleure version après celle de Gilbert. La plus douce. La plus poétique. Accompagné de son seul piano, Julien Doré vient donner une nouvelle vie à ce titre endiablé. Julien ne chante pas, il murmure à nos oreilles. Et nous écoutons, muets, amoureux de l’amour, d’une voix, d’un timbre. Du velours dans un gant de soie. Ou de la soie dans un gant de velours.

Le tube n’a pas besoin d’être dépoussiéré, et pourtant, c’est comme si nous avions des poussières dans les yeux. Masterclass.

Tropical Family – Les sunlights des tropiques

La Tropical Family vient ajouter sa touche insulaire pour reprendre ce titre mythique, pour le plus grand plaisir des DOM-TOM, que nous saluons !

Pas Sages – Les sunlights des tropiques (Session confinement)

C’est vrai qu’il faut être assez indiscipliné, turbulent, voire sot, pour oser reprendre un tel chef-d’œuvre. Pourtant, la magie semble opérer, malgré le nombre timide de vues sur leur version groove

Janie – Les sunlights des tropiques (Karaoké 13)

Une version davantage pour les 2000 et plus. Auto-tune, fond vert, duo. Tout est réuni pour plaire aux plus jeunes. Nous ne pouvons nous empêcher d’avoir un pincement au cœur en écoutant une version aussi éloignée de l’originale, mais Gilbert appréciera l’hommage.

1 *Le nom de l’étudiant n’a été modifié, malgré sa demande. On fait ce qu’on veut.

Rayan Rifai

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