Dans un voyage en absurdie : l’île de la Rose

Disclaimer 1 : Bien que rédigé après avoir vu l’adaptation cinématographique de cette affaire, les lignes suivantes ne sont en aucun cas une critique du film, mais bien au contraire une analyse du fond de ce fait divers et de ses conséquences juridique 

Disclaimer 2 : Il s’agit de la construction d’une île “un peu particulière” sur les eaux internationales. Une plateforme tout en métal abritant une micro-nation : la République espérantiste de l’île de la Rose. 

Nous sommes en 1968, toute La botte est gouvernée par la Democrazia Cristiana… Toute ? Pas tout à fait ! Alors que l’ensemble des étudiants européens battent le pavé pour obtenir gain de cause, en Italie, une poignée d’étudiants résiste encore et toujours à la tentation anarchiste. Et la vie n’est pas facile pour la ribambelle d’ingénieurs fraîchement diplômés des camps retranchés de Forli dans l’Adriatique. 

C’est bien sur ce petit bout d’Italie que constitue la ville de Rimini qu’une idée folle… ou plutôt digne du génie va germer dans l’esprit de l’ingénieur Giorgio Rosa. Cet ingénieur, quelque peu raté, las d’être perçu comme un perdant par son entourage du fait de l’absurdité des inventions qu’il met sur pied va s’engager dans une folle entreprise. Construire de toutes pièces une île à six milles nautiques et 500 mètres de sa ville natale et y concevoir la société dont il a toujours rêvé.

Idéaliste ou opportuniste ? 

L’Académie définit l’idéaliste comme celui qui a foi en un idéal et s’efforce d’y conformer son action, ou encore une personne qui méconnaît les contraintes de la réalité. Inversement, l’opportuniste incarne celui qui sait utiliser les circonstances à son avantage. Mais alors, à quelle catégorie appartient Giorgio Rosa ? Opportuniste ou Idéaliste ? Idéaliste ou opportuniste ? Un peu des deux sans doute. S’il n’a jamais caché les prétentions fiscales de son épopée insulaire, on ne peut pas ignorer que sa démarche revêt quelque chose d’idéaliste. S’autoproclamer Président d’une plateforme, ou plutôt d’une île, construite sur d’immenses tiges de métal plantées en pleine mer présente inexorablement toutes les caractéristiques d’un idéal. C’est là, toute la prouesse de Giorgio Rosa, président de la République espérantiste de l’île de la Rose. Il y a bien une forme d’idéalisme ne serait-ce que dans le contexte dans lequel se situe la réalisation de ce projet. Les seventies : la parenthèse enchantée. On peut donc tout à fait penser qu’au-delà des considérations économiques, Giorgio Rosa souhaitait réellement fonder une République dépourvue de toutes contraintes, ou la lourdeur bureaucratique serait absente. Là encore les détracteurs privilégieront les invectives de types : une République aux mœurs légères sous prétexte qu’elle abrite un bar à ciel ouvert et que ses occupants sont relativement jeunes ; un Eldorado fiscal prêt à domicilier tous les investisseurs véreux du vieux Continent.  

Malgré l’ensemble de l’opinion de la presse italienne à cette époque, l’avis du gouvernement pour la destruction de l’île de la Rose, je choisis de voir dans cette histoire une forme d’idéalisme. Véritablement, Monsieur Rosa a su s’affranchir de ce qui était considéré comme une île par l’ensemble de la communauté internationale à savoir une étendue de terre entourée de mer. Il souhaitait construire une île, il l’a fait. Peut-être pas de façon orthodoxe, mais il l’a fait. Il souhaitait régir une nation, il l’a fait. Une micro-nation certes, mais cela reste une nation avec une langue – l’espéranto ; une monnaie – la lyre espérantiste ; un timbre et un drapeau. 

La portée juridique d’une utopie  

La République espérantiste de l’île de la Rose a disparu en 1969, engloutie par une tempête après plusieurs tentatives de destruction de la part des autorités italiennes. Cette plateforme de 400 mètres carrés construite à douze kilomètres de Rimini dans les eaux internationales a eu un impact inattendu sur le droit international. Outre le fait que les autorités italiennes ont considéré qu’elle portait atteinte à la souveraineté nationale (on peut se demander en quoi une île de 400 mètres carrés constituée d’un bar peut réellement poser comme trouble à l’intégrité du territoire national) elle va pousser l’Organisation des Nations Unies à modifier sa législation. 

Ainsi après que le Conseil de l’Europe a déclaré ne pas pouvoir statuer sur le litige opposant l’Italie à la République espérantiste, l’ONU va élever la limite des eaux nationales. Désormais elle n’est plus de six mais de douze milles nautiques, soit environ 22 kilomètres. 

Cette histoire a fait l’objet d’une adaptation à retrouver sur vos écrans : l’Incroyable histoire de l’île de la Rose. De quoi vivre la dolce farniente le temps de quelques heures au moins. 

Inès.

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