Mourir peut attendre – un James Bond au cœur de l’espion

Tant attendu, le dernier James Bond de Daniel Craig ravit autant qu’il déçoit. Les nombreuses trouvailles de Cary Joji Fukunaga et de l’équipe de scénaristes, si géniales soient-elles, se perdent dans les détours du scénario.

Le mélange des codes du film d’auteur et du film d’action est l’éclair de génie apporté à la saga par ce volet. Depuis Skyfall, les développements psychologiques autour du personnage de Bond sont de mise. Assez léger dans Spectre, cet aspect du personnage est clairement mis au jour et James apparaît derrière le gilet par balle de Bond. 

L’ouverture du film à Matera en Italie est tout simplement sublime : le costume sable de l’espion mythique se mêle à merveille aux lumières du village. L’élégance est au rendez-vous et la réalisation sans défaut. On découvre alors un James Bond en quasi thérapie de couple aux côtés de Madeleine. Etonnant, ce développement n’est pas pour déplaire puisqu’il permet d’incarner la duplicité générique du film dans une scène mémorable : le mitraillage en règle de la DB5 à l’intérieur de laquelle le couple se déchire. James est paralysé par la trahison supposée de Madeleine. Léa Seydoux hurle à 007 de démarrer. Daniel Craig dévoile les nuances de son jeu d’acteur. Et les impacts des balles fragilisant peu à peu les vitres blindées à rythme régulier mettent au jour les failles de l’espion, dont l’instinct de survie cède dans l’amour déçu. La classique scène de poursuite en voiture entrecoupée d’échanges de tir devient le théâtre du bouillonnement sentimental du personnage. Les codes du film d’auteur s’invitent au cœur du film d’action. James finit par embrayer et faire mordre la poussière à ses adversaires : l’espion est sauf ! 

C’est donc un mélange des genres que l’on ne peut qu’applaudir. Ce mélange est au service du meilleur comme du pire. Le personnage devient humain sous les yeux du spectateur. L’homme se désolidarise de l’espion et l’acteur de la saga. C’est un James Bond hommage qui en voit naître un nouveau : James, le père de famille. Dans une scène de soumission inédite où James admet sa défaite face au méchant détenant une petite fille otage, Daniel Craig est encore magistral : il sème le doute entre l’agent stratège, prêt à dégainer son neuf millimètres, et l’homme devenu père qui se demande si les yeux bleus de cette petite fille sont bien les siens. Cette contradiction insoluble entre l’espion et le père s’incarne dans le sacrifice final du héros où les deux versants du personnages s’envolent dans une explosion au service des êtres aimés et de la nation. 

Là où le film corrompt sa thèse, c’est lorsque le mélange n’est plus subtil mais confus. Le scénario dont les dialogues restent bien écrits (on remercie la génialissime Phoebe Waller-Bridge de Fleabag) n’en finit plus de finir. Le film est long et multiplie inlassablement les intrigues. Si les méchants sont caricaturaux à souhait pour notre plus grand plaisir, ils sont trop nombreux et on s’y perd. Qui dirige qui ? Qui est important, qui ne l’est pas ? Aucune des compositions de leur personnage n’aboutit tant le temps qui leur est consacré est faible. De même, l’intrigue autour de la fille de Bond, née au cours d’une ellipse malheureuse, est polluée par les incohérences du scénario. Le thème central du scénario est également tristement rebattu : le génocide par propagation de virus. Entre tous ces rebondissements, le rythme de la série d’action hollywoodienne semble avoir atteint celui du cinéma. 

AC.

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