Expérience éthylique.

Un fond musical avant de se servir quelque chose ? 

Chers lecteurs, chers buveurs, chers abstinents, 

Par ces lignes je souhaite vous livrer un discours ainsi qu’une expérience. Il s’agit ici véritablement de livrer, car il est probable que l’aventure ne vous grandisse pas plus qu’elle ne vous émeuve, en revanche, elle est pour moi une épopée solitaire à la démarche quasi scientifique. 

Je compte vous parler d’alcool, jusqu’ici tout est dans le titre, mais cherchant à masquer la médiocrité du propos et vous rendre otage de ces lignes, j’ai décidé d’ajouter une douceur au travail solitaire de celui qui écrit. 

En effet, je compte boire en écrivant ces lignes, quoi, je ne sais pas, combien, je ne sais pas non plus, mais en tout cas, vous en serez témoin, en temps réel, enfin à l’échelle de votre temps et du mien, de ce qui fut ingéré devant ce petit ordinateur luminescent. 

– Pour l’instant, une petite bouteille de 25 cl de Leffe « Triple Blonde » tapisse mon estomac, sa petite sœur vous accompagne au travers de ce paragraphe – 

Si l’on veut rester dans un premier temps terre à terre, l’alcool tel que l’on va en parler, est une boisson contenant de l’éthanol, selon une proportion qui peut volontiers varier en fonction de ce qu’on boit. Dès lors l’alcool, ça se boit, ça s’ingère, ça se liquide. 

Il faut avec une certaine habileté qui échappe souvent aux nouveaux nés : ouvrir son bec et déglutir avec régularité un liquide que nous y versons. Un peu comme de l’eau certes, qu’on retrouve d’ailleurs en quantité importante dans l’alcool ! Mais elle fait souvent parent pauvre du processus, l’alcool nous déshydraterait, et plus encore, il serait mauvais pour la santé. Alors qu’avec nos 70% d’eau dans le corps, on se rapproche plus du contenu de la bouteille qu’on voudrait bien le croire. 

Viens donc la première question, pourquoi boit-on ? 

Peut-être parce que c’est bon ? 

L’alcool c’est d’abord un goût, vous en conviendrez, 

Un goût c’est certain, un bon goût c’est variable. Les alcools, quels qu’ils soient, sont marqués par une irrégularité assez unique dans le monde de la boisson, de sorte qu’entre deux vins, on passe aisément de la lie infecte au nectar des dieux. Et c’est une règle assez générale, aucun alcool n’échappe à cette douce symétrie de la merde et du génie. 

Ainsi, il est statistique que l’on boive de la pisse, qui ne nous plait pas tant à la papille. On reviendra donc plus tard sur pourquoi nous faisons fi de cette aversion. 

 – La troisième s’ouvre, avec cette mousse insolente qui cherche à s’échapper de sa verrerie – 

J’accorderai néanmoins ce paragraphe, telle une dédicace à tous ces délicieux alcools qui ont croisé ma route, ces alcools qui faisaient fruit de leurs ingrédients, qui demeuraient en bouche, qui recelaient de plantes innombrables comme autant de caresses aux papilles. Ces alcools, on les boit, parfois sans soif, juste parce qu’ils sont bons. 

Mais, quoi qu’en dise les publicités les plus arrogantes, ils ne sont pas légions. 

Alors, comme le disait notre cher Paul Volfoni, il n’y a pas seulement de la pomme, il y a autre chose. L’alcool décèle une chose supplémentaire qui nous anime ; le monde entier ne consomme pas du jus de pomme, alors que pourtant, c’est excellent. 

Un autre grand nous disait : « Dis-toi bien que si quelque chose devait me manquer, ce ne serait plus le vin, ce serait l’ivresse! » 

Evidemment, et on s’étonne d’y venir seulement maintenant, l’alcool c’est une sensation, une euphorie, et plus encore c’est un « désinhibant ». 

L’alcool c’est une musique qui martèle petit à petit un mur plutôt fragile de politesse, de réserve, de recul, de réflexion souvent aussi. 

Mais n’ayant pas la capacité de décrypter les mécanismes sociologiques, scientifiques et historiques subtils de l’alcool chez les sapiens, je me concentrerai sur mon cas personnel afin de faire œuvre d’humilité.  

L’alcool, se cristallisa d’abord dans le verre des autres, c’est un nectar brillant auquel on ne peut pas toucher, réservé aux adultes, qui, quand l’heure tourne suffisamment pour éloigner les âmes infantiles, se déverse dans les gorges festives des exemples dépiedestalisés. Quand on est enfant, l’alcool est le partage des grands, le privilège du temps qui passe, un privilège qui semble ravir, et qu’évidemment un enfant souhaite partager. 

C’est une foule qui se met à danser, qui fut jadis tronc, et qui devient roseau au fil d’une musique encore jamais entendue, c’est un spectacle unique pour des yeux vierges qui n’ont vu que la douceur monotone du quotidien. 

Alors quand le temps fut venu, un parent se laisse aller à une petite goutte de poison dans le gosier de sa progéniture. « Juste les lèvres ». 

Comme un baiser, amer, on trempe les lèvres dans le liquide, on a rien bu, mais on a goûté au geste de la fête. On se couche, ivre des futures ivresses. 

– Un délicieux cocktail à base de gin vient se mêler à la fête en solitaire – 

Puis, l’alcool s’invite aux soirées des adolescents, il est d’un gout immonde, d’une euphorie profonde mais soudaine, il est souvent un retour à la nature pour le grand enfant qui découvre le plaisir de dormir sur l’herbe. 

Ensuite l’alcool prend cette forme chimérique, il devient indispensable, en tout cas omniprésent, il est commun et accepté, rares sont les soirées sans qu’il pointe le bout de son nez. 

Dans la famille, 

On coupe les oignons avec maman, le beurre fond, je me dirige vers l’enceinte, la moitié du verre en main, l’autre a déjà embrumé les yeux, les Offsprings embaument la pièce aux côtés des oignons, mère et fils s’attèlent à une tâche commune, rien n’est différent, tout est pareil, mais on glisse dans le temps sans y réfléchir avec le goût sucré au bout de la langue. 

Un autre jour, la table se vide, les chaises grincent, jonchent encore la nappe tachée des couverts usagés, agencés comme des mikados graissés. Les invités se lèvent difficilement, maladroitement face au témoin de leur état. Ces verres vides, ou presque, de leur boisson dorée. L’alcool a coulé à flots ce soir,  c’était un repas de famille. Une insulte jaillit comme une goutte mal versée, les esprits se froissent, les verres seront à jamais brisés. 

Les amis, 

Il est une douce candeur, des amis attablés qui ont bien mangé, mais pas encore « assez bu », on partage avec une surenchère sympathique des alcools bien trop variés, chacun parle bien trop fort, mais il est sûr d’avoir été écouté. On finit par se dire ce qu’on voulait se dire, ou ce qu’on ne voulait pas dire. On s’accolade avec ferveur en espérant que la chaleur de nos corps termine le discours qu’on débutait, afin que l’imperfection de nos mots n’écorche pas la pureté de l’ivresse. 

– Je vous informe que Lee Moses chante dans mes oreilles, un moment de pure grâce – 

« Quand-est ce qu’on prend un verre » ? Je viens à l’instant d’invectiver des amis de ce message d’une monotonie consommée. Pourtant il est sincère, et surtout il promet un moment, non pas que nous ne pourrions-nous aimer sans alcool, mais on ne serait pas ce « on » sans un verre. 

– Le gin infuse en mes veines et le temps n’est plus au mensonge. –

En 2018 des archéologues ont mis au jour dans la caverne de Raqefet au sud d’Israël, un lieu de sépulture attestant de la production de boisson fermentée alcoolisée, il y a 13 000 ans de cela, la littérature antique n’aura quant à elle, jamais cessé d’évoquer les divers cultes qui impliquaient la présence d’alcool, afin d’apporter un certain mysticisme aux prêches. 

L’alcool est … 

– J’attaque un verre de la même chose, du gin, un alcool délicieux, j’espère que vous saviez qu’il s’agissait de baie de genièvre. – 

L’alcool est consubstantiel à l’homme. 

La sacrosainte Organisation mondiale de la santé, classe l’alcool parmi les stupéfiants, elle a sans doute raison, elle dit également, qu’il ne faut pas en boire plus de « deux verres par  jour et pas tous les jours ». On passera sur la notion de « verre » par l’OMS, mais on s’interrogera par contre sur l’importance de l’alcool. 

D’abord, l’alcool a été consommé sur tous les continents, il est presque une réaction logique de nos processus alimentaires, il n’y a qu’un pas jusqu’à dire que l’alcool est venu à nous. 

Mais il est troublant de constater, à quel point, on sent, comme votre dévoué le ressent en écrivant ces lignes, une aisance à s’exprimer sans barrière, sans borne, et à quelque part, atteindre une forme plus absolue de nous-même. 

L’Homme digère l’alcool comme il en crée, on s’extasie des dauphins qui, en signe d’intelligence se droguent au poisson-globe, mais on condamne l’Homme qui a en trouvé en la macération un paradis artificiel. 

C’est faire feu de tout bois, c’est faire ivresse de toute pourriture, l’Homme s’alcoolise. 

Mais à quoi bon ? 

– Je chantonne avec une touchante sincérité Angie des Rolling Stones – 

Vous savez, j’aimerais mettre toute mon âme dans ce texte. 

J’aimerais vous expliquer avec les tripes, ô combien l’alcool a pu révéler des trésors humains, ô combien ma vie n’aurait pas été la même sans alcool, ô combien je ne peux écrire sans l’alcool, mais je pense ne pas avoir la capacité, ou alors je ne suis pas suffisamment alcoolisé. 

Et puis, comment l’oublier, l’alcool c’est une natalité, c’est une aspiration vers la bouche de l’être aimé. On dit souvent, qu’une personne est plus belle, quand celui qui la regarde est alcoolisé. Est-elle plus belle parce qu’elle-même est alcoolisée ? Est-elle plus belle parce que la perception est déformée ? Ou l’est-elle parce qu’elle sut se débarrasser dans le liquide alcoolisé des multiples plombs de la société ? 

Finalement, l’alcool est à la fois une exaltation du genre humain, en bon ou en mauvais, et un comme disaient les Marchesseau, l’alcool fait figure de lubrifiant social. 

– Putain j’ai fini mon verre – 

– Putain de glaçons – 

– J’entame un autre verre de gin, mais il s’est ajouté un corps étranger versé, que j’aurais bien peine à identifier – 

– Johnny, Johnny de Jeanne Mas c’est quelque chose – 

– J’entame un fameux verre de white russian, les connaisseurs auront reconnu, mais les attentifs auront capté une certaine lenteur à l’écriture – 

L’alcool est une torpeur des âmes qui leur apporte une profondeur. L’alcool est propre à l’être humain et le révèle au grand jour, en tant qu’individu, en tant que société. Il est alors comme la pièce manquante du puzzle, qui se détache indéfiniment quand le jour se lève. Au petit matin, le genre humain a la gueule de bois, il est un jouet incomplet. 

« Si je buvais moins, je serais un autre homme, et j’y tiens pas ». 

Mes chers lecteurs, j’aimerais avoir tant de choses à vous dire, tant de choses à vous livrer, mais je ne suis que ce que j’écris, un homme ivre. 

Imaginez-vous, une plage, à 200 mètres brille une lumière chaude. Vous vous en approchez de plus en plus vite, autour d’un feu, un groupe d’hommes et de femmes, habités par le feu qu’ils ont accueilli, dansent avec une énergie d’outre-tombe, une envie de déchaîner les éléments comme les leurs qui ne survivrait pas au lendemain, une envie d’envoler le sable fou, pour qu’il vienne caresser des joues roses, une envie de faire des fautes. 

Une folle envie de foncer dans la mer agitée au ciel noir, une envie de sentir ce qu’on ne devait pas sentir. 

– Je prends un autre verre je ne sais pas ce qu’il y a dedans. – 

Le problème à ce moment précis, c’est qu’on a envie de crier ce qu’on ressent, dommage je suis tout seul, je tâcherai néanmoins de m’aider musicalement : 

Je ressens moins la douleur.

Mais pour moi l’alcool ne doit être renié d’autant plus pour ce qu’il a accompli, aujourd’hui, l’alcool est une douce symphonie humaine, elle est un petit spectacle quotidien, en de multiples endroits, il est un partage d’histoires qui ne peuvent se dire qu’avec de l’alcool. Il est une partie de la société, à laquelle on n’accède qu’à travers les yeux de la bouteille. 

J’ai envie de briller dans mon torrent d’alcool, j’ai envie que les battements de mon cœur insufflent à ceux avec qui je danse, je veux juste partager mon humanité, force est de constater que j’ai envie de boire.  

Victime

Des substances de ce monde 

Je n’ai jamais eu autant envie 

De conquérir les substrats lointains

De m’envoler avec le temps de l’autre qu’on devinait, avec le temps de ceux qui taillent une de ces gueules. Parce que peut être qu’avec le temps, on n’aime plus. 

Pour m’en échapper 

Et moi avec 

– Je me ressers un verre mais la suite ne vous intéresse sûrement pas – 

– Au fond, vous savez, pourquoi vous buvez –

– Je vous épargne le karaoké – 

– Je ne me suis pas relu –

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