Et l’un de nous deux s’en ira

En publiant L’un de nous deux il y a dix ans, Jean-Noël Jeanneney trouva une voie autrement académique que le cours magistral pour transmettre sa matière et raconter une frange de l’histoire. Sous la direction de Jean-Claude Idée, Christophe Barbier et Emmanuel Dechartre raviveront le souvenir de la captivité de leurs personnages dans une maison en marge de Bunchenwald, en salle du Petit Montparnasse.

Après avoir été faits prisonniers, Simon (Simon Willame) informe Léon Blum (Emmanuel Dechatre) et Georges Mandel (Christophe Barbier) de l’assassinat de Philippe Henriot, fervent collaborationniste et milicien propagandiste du Führer pour Radio Paris. Dès lors, les deux politiques craignent représailles sanguinaires de la part de leurs bourreaux.

Dans la peur du joug de l’ombre planant au-dessus d’eux, l’urgence de la confession transformera l’échange jusqu’ici retenu en déclarations crescendo vivaces et intimistes. Le fidèle de Jaurès et le proche de Clemenceau se dévêtissent lentement et se livrent sur leurs aspirations et choix stratégiques les ayant menés jusque dans cette maison. Au travers de la transmission de leurs faits d’armes politiques passés, l’expression de leurs crainte et désespoir éclairera peu à peu les deux captifs d’une lucidité permettant à chacun de s’exprimer sur la guerre et la République, et cela sans concession.

Le temps se dilue, la discussion se fait pressante, la peur se lit de plus en plus chez l’ancien Ministre des colonies et chez le chef du Front Populaire. Conscients de l’issue fatale qui leur est réservée, la passion s’impose progressivement, et les deux captifs transcendent leur dernière entrevue, à l’abris des regards et dans la pudeur que l’un d’entre eux emportera avec lui dans l’au-delà, et l’autre par-dessus la mort.

Si Jean-Noel Jeanneney eut pour idée de transmettre un épisode historique peut-être méconnu, Christophe Barbier et Emmanuel Dechartre réussissent à nous faire revivre le dernier témoignage de deux hommes dont la confession redoubla de vérité. Simon arrive. L’un de nous deux fait dos au public.

 

 

Axelle Konini

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