Les leçons à tirer de l’affaire Théo

Hier un nouveau rassemblement pour Théo s’est organisé, cette fois à Paris, place de la République. Les allégories de la Liberté, de l’Egalité et de la Fraternité, surplombées par Marianne, ont ainsi vu un parterre de citoyens réclamer la « Justice pour Théo ».

Tout le monde sait ce qui est arrivé à Théo. Chacun s’accorde pour dire que c’est affreux. Justice sera faite. L’IGPN (Inspection Générale de la Police Nationale) ne peut pas se cacher derrière « l’hypothèse de l’accident », digne d’un sketch des Inconnus. Ne riez pas, c’est bien ce qu’elle a fait dans un premier temps. Et pour combien d’affaires similaires l’a-t-elle fait ?

Bien sûr il y en a eu d’autres : Adama (1), Zyed et Bouna (2). « L’affaire Théo n’est pas seulement un fait divers, c’est un problème structurel de violences policières » (Président de SOS racisme, Dominique Sopo). Des violences que certains jugent nécessaires, notamment dans des quartiers « sensibles » (les guillemets sont nécessaires pour le « politiquement correct ») comme la Cité des 3000. Une nécessité cautionnée par une réalité.

Mais quelle est celle réalité ?

Les pompiers ne viennent plus éteindre les incendies. Les policiers sont obligés d’être à quatre pour patrouiller car ils ont trop peur de marcher seuls dans la rue. Le commissariat devient un havre de paix pour eux, notamment car il ne se trouvent pas dans ces quartiers. Ils ont abandonné les lieux, comme la Poste et quasiment tous les commerces. Les professeurs, seuls représentant de l’Etat encore présents, ont la peur au ventre en allant travailler. Ils se retrouvent à supplier les pompiers de venir examiner les élèves blessés ; puis d’aller les chercher à l’entrée de la cité pour éviter qu’ils se fassent caillasser. Ils naviguent entre les insultes et les yeux émerveillés des élèves.

Pourquoi ? Pourquoi ces lieux ont-ils été abandonnés ?

Brigitte Smadja, auteure de Il faut sauver Saïd (l’école des loisirs, col. Neuf, 2003), parle de cet abandon comme d’une « tragédie ». Personne ne prend ces français au sérieux. Certains, pour ne nommer personne, les qualifient de « français de papier », comme si leur âme même n’était pas teintée assez « bleu blanc rouge ».

Chacun est libre de considérer que ces gens ne méritent aucune aide. Mais c’est une considération que la République ne peut pas se permettre d’avoir, précisément parce qu’il s’agit de français. Des français qui vivent dans un univers emplis de violence, tant physique que moral. Des français pour lesquels « Liberté Egalité Fraternité » ne veut plus rien dire, car personne n’a été en mesure de donner à ces mots un réel sens.

Alors que faire ? Demander le désarmement des policiers comme l’ont fait les militants tels que l’Unef ou le NPA hier ? Interdir toute manifestation contre les policiers comme l’a fait Marine Le Pen ?

Figurez-vous que c’est Mokobé, le rappeur, qui a le discours le plus modéré : « Tout le monde peut avoir besoin de la police un jour. Il ne faut pas généraliser parce que quatre policiers ont dérapé. Il y a deux ans, ici même, la foule applaudissait gendarmes et policiers (NDLR : après les attentats de janvier 2015). Ceux qui ont fauté doivent être sanctionnés. Mais arrêtons de généraliser. »

Les policiers naviguent donc entre les insultes et les louanges. Nous ne pouvons leur retirer leurs pouvoirs, ou leurs armes, ils en ont besoin pour assurer notre sécurité.

Cette « Affaire Théo », ne doit pas être oubliée. Elle doit marquer une prise de conscience qui devrait dater de l’automne 2005, lorsque Zyed et Bouna sont morts sous les yeux de policiers passifs. Bien que la tâche soit ardue, il faut que les policiers deviennent, ou redeviennent, plus que des hommes et femmes avec un pistolet et une matraque.

Claire-Elise Peron

Notes : 1 : Amada Traoré était un jeune homme noir de 24 ans mort le 19 juillet 2016 dans un commissariat suite à une interpellation dont les circonstances n’ont toujours pas été éclaircies.

2 : Zyed Benna et Bouna Traoré étaient deux lycéens, morts électrocutés dans un transformateur EDF en essayant d’échapper à un contrôle d’identité le 27 octobre 2005. Les deux policiers présents ce jour-là sont poursuivis pour non-assistance à personne en danger sur la base de l’enregistrement de leurs radios.


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